dim.

08

juin

2014

La sécession fiscale

achour mouloud barrez vous canal plus

Les riches s'en vont ; qui s'en étonnera ?

L'argent n'a pas de patrie, on le sait bien... Pourvu que le business vive... Combien sont-ils à partir, ces grands patrons, artistes, producteurs, les Arthur anonymes et autres Depardieu de l'ombre ? Nul ne sait vraiment. Les chiffres se contredisent souvent, péremptoires, glissés au détour d'un plateau média... 3500 par an ? Quelques centaines ?

L'hémorragie guette, dit-on.

Quoi de plus logique d'un point de vue strictement comptable ? La France est concurrencée sur le plan fiscal car la guerre économique est impitoyable. Ailleurs, on paye moins, ou du moins paye-t-on de manière différente : la Belgique n'a pas d'ISF, l'Italie de droits de succession, le Royaume-Uni, la Suisse, de régulation financière...

 

Les riches s'en vont donc... d'abord parce qu'ils le peuvent ; mais ils l'ont toujours pu... Non, l'argument n'est pas suffisant. S'ils partent, c'est bien parce qu'ils se sentent dorénavant légitimes à le faire....

Les créateurs de richesse, ce sont eux ; et ceux qui partent n'ont « pas le choix »... Aux sources de cette évolution, c'est notre rapport au partage qui s'est transformé. Les plus riches refusent de payer, certes, mais les pauvres en feraient-ils autrement s'ils le devenaient ?

 

En réalité, la société dans son ensemble est concernée... Pour expliquer cette sécession fiscale, il faut considérer les 3 bouleversements majeurs de ces dernières décennies qui l'ont rendue possible :

 

1. Le discrédit de l'Egalité

2. l'extension de la liberté financière

3. l'effacement de l'Etat souverain

 

L'école d'Athènes
L'école d'Athènes

Le discrédit de l'Egalité

Au fondement de la sécession, on trouve la fin du « se sentir semblable ». La sécession ne tombe jamais comme un cheveu sur la soupe : elle vient de loin, les motivations sont structurelles, profondes. Le « droit de faire ce que l'on veut » est aujourd'hui valable parce que l’Égalité ne l'est plus. Et c'est un droit qui vaut surtout en économie.

 

L'effondrement du bloc soviétique, du totalitarisme « de gauche », aura laissé la pensée contestataire du libéralisme économique orpheline d’Égalité pour de nombreuses années... Nous le ressentons encore aujourd'hui... La montée du chômage et donc la lutte accentuée entre les salariés ; ce gouffre qui s'étend entre vainqueurs et vaincus de la mondialisation, entre salariés « protégés », fonctionnaires, et d'autres exposés à l'anarchie du libre échange ; entre mobiles et immobiles...

La frustration est de tous les discours. Le constat est terrible : qu'il est difficile de défendre le partage quand chacun se sent lésé, dupé par son voisin, ses passe-droits, ses privilèges ; quand chacun tente de s'en sortir le mieux qu'il peut, de peur d'être un #pigeon, d'être un exclu, un chômeur, d'être celui qui paye pour les autres...

 

 

 

Comme il est difficile de défendre l'impôt, dans ces conditions... Qu'il est aisé, en revanche, d'anéantir toute possibilité de changement d'un simple revers de manche, d'un bon mot ou d'un article assassin, renvoyant impôt et totalitarisme dos à dos.

Qu'il est agréable de marier sans cesse La LIBERTE à celle de l'argent d'un tour de passe-passe cynique...

 

[extrait d'article]Les Echos

 

Certains à gauche comme à droite les accusent d’être de mauvais Français, voire des traîtres. En fait, il n’en est rien. Ce sont au contraire des résistants.
Des résistants à une France dont la fiscalité devient peu à peu digne de celle d’une démocratie populaire des anciens pays de l’Est.

 

Avec un impôt sur le revenu qui atteint 75 % auquel s’ajoute un ISF dont le plafonnement ne jouera pratiquement pas, un grand nombre de Français subissent une fiscalité qui prend tous les revenus d’une année plus une partie du patrimoine. Cela s’appelle un système fiscal totalitaire qui ressemble à celui de l’ancienne Allemagne de l’Est ou de la Pologne.

 

 

 


Les médias n'ont pas à forcer, la destruction sémantique de l’Égalité a eu lieu. Il n'y a plus qu'à bien choisir son vocabulaire : 

 

Oui, la Liberté a gagné. Chaque mot, chaque expression nous le rappelle ; le combat est trop inégal : « le poids des charges fiscales » ; « charges sociales » « régime de la terreur ». Comment dans ces conditions, ne pas ressentir, y compris en tant que salarié mal payé, toute la « lourdeur », toute cette « contrainte » qui pèse sur les individus ? Sur lui, sur moi... Et pour quel résultat ? Hein ? Les services publics ? Parlons-en... Des fonctionnaires... des gratte-papier...

Et pourtant, l’Égalité nous manque...

Ce que l'on constate partout dans le monde, c'est une redistribution considérable des richesses planétaires au bénéfice de milliers d'individus, au détriment le plus souvent de centaines de millions d'autres. C'est l'effondrement des taux d'imposition des États, une course interminable entre tous vers plus de concurrence et de compétitivité, dont la conséquence ne peut conduire qu'à l'accroissement des inégalités à l'intérieur de chaque état.

 

L'extansion infinie d'une liberté de classe : la liberté financière

Le spectacle qui se joue sous nos yeux est terrifiant et s'est déjà produit au XIXème siècle : d'un côté la Liberté des investisseurs de placer des capitaux partout sur Terre en fonction des opportunités et de la rentabilité ; de l'autre celle des travailleurs de se battre pour un emploi décent, concurrencés qu'ils sont par tant d'autres bougres.

 

 

 

« Le régime de la terreur »

 

 

 

Entre les deux, une divergence totale d'intérêts, de mode de vie ; une disparition progressive du sentiment d'être semblable, de vivre sur la même planète.

On le constate en France. Il existe un décalage grandissant entre la partie supérieure d'une certaine société médiatique, politique, culturelle bien dans son époque, bénéficiant d'opportunités de voyage, d'emploi, de promotion au sein du village-monde américanisé, et ceux pour qui le monde se limite définitivement à leur village.

Les gens nés quelque part, et contraint d'y rester.

Cette incompréhension n'est jamais plus exacerbée que lorsque la lutte des classes reprend ses droits historiques d'une façon qui ne correspond pas aux standards des gens intéressés au statu quo. Les libertés s'entrechoquent. Celle du patron, liberté de licencier, de délocaliser, de ne pas se faire séquestrer... oui. Liberté de continuer à travailler, dans sa ville, dans son usine pour le salarié...

 


 

Voici un extrait de la transcription faite par ACRIMED de l'interview de trois syndicalistes, réalisée par J.P Elkabbach : VIDEO ici

 

- Jean-Pierre Elkabbach : «  Mais est-ce qu’on ne peut pas, à l’intérieur de l’usine, utiliser moins de boulons, de pétards et d’œufs ?  »
- Jean-Pierre Mercier : « Il n’y a eu aucun boulon à l’intérieur de l’usine qui a été utilisé ! Je le nie en bloc. […] »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais vous êtes 200 ou 300 grévistes, et il y a… »
- Jean-Pierre Mercier : « 480 exactement, oui. »
- Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, et il y a 2 800 salariés ! C’est-à-dire cinq fois plus, qui ont envie, peut-être, de travailler. [Elkabbach lève immédiatement une main en signe d’opposition à la tentative de réponse de Mercier] Non, mais ça c’est autre chose ! La contestation, Jean-Pierre Mercier… [Mercier rit devant la malhonnêteté et le culot du procédé]… est utile. Mais les cris, les invectives, les menaces, les coups le sont beaucoup moins !

[...]

Jean-Pierre Elkabbach : « Heu… Y a en même temps une mondialisation, une transformation du monde, des habitudes, des comportements. Et je vais interroger maintenant Mickaël Wamen… »
- Édouard Martin : « Attendez. Attendez, Monsieur Elkabbach. La mondialisation, on n’y met tout ce qu’on veut. Si le seul débat qui vaille en France, c’est que c’est moins cher ailleurs, alors effectivement tous est moins chers ailleurs. On ferme la boutique France et on part tous ailleurs. Et y compris vous, les journalistes, vous partez ailleurs.  »
- Jean-Pierre Elkabbach : «  Ah non ! Ça ce n’est pas le cas ! Mais enfin, le problème n’est pas là . »

[ndlr acrimed] Cynisme d’un hiérarque inamovible d’une profession non délocalisable qui exige d’ouvriers en concurrence avec des travailleurs du monde entier de s’ouvrir au vent du large…

 

En économie, la liberté n'est jamais que celle de celui qui tient le portefeuille.

L'effacement de l’État souverain

Dans ces conditions - illégitimité de l'Egalité et domination de la liberté financière sur celle des salariés – la partie est presque pliée.

Pourquoi donc s'embêter à rester chez soi, puisqu'ailleurs c'est moins cher ? Hein ? Mon voisin l'a fait, d'autres me suivront ; serais-je alors le seul à me laisser plumer ? La morale a des limites enfin...

Et puisque c'est légal !

A l'heure où des coupes drastiques sont réalisées dans les dépenses publiques, afin d'équilibrer les comptes et de rembourser (?) un dette colossale, (elle-même largement gonflée par les déséquilibres financiers), il est admis en France que les détenteurs de patrimoines puissent défiscaliser, optimiser... par la force du droit.

 

 

L'Etat autrefois n'était guère libéral. Était-il pour autant incapable de générer de la richesse ? Non. Les capitaux se trouvaient contrôlés. Les marchés financiers n'existaient pas encore dans leur version tentaculaire et spoliatrice. L'idée de partir vivre ailleurs après avoir fait fortune dans son pays n'avait pas encore gagné trop d'esprits. Trop visible, trop lâche... Trop compliqué. L'Europe, heureusement pour les financiers, est passée par là.

Et, quatre décennies plus tard, le grand marché a mis tous les États en concurrence fiscale et sociale. L'euro empêche toute dévaluation autre que salariale en interne.

La liberté de l'argent a encore triomphé. Les États se sont couchés. Leurs élites ont acté la supériorité définitive de la fluidité du monde sur les anciens archaïsmes nationaux de contrôle de l'argent.

Elles ont acté la domination de leurs valeurs de mobilité, d'ouverture et de leurs symboles sur celles qui les liaient à minima au peuple, à ce qu'elles partageaient de culturel avec les habitants d'un territoire donné. Jacques Weber déclarait ainsi au soir de la victoire aux européennes du Front National sur France 2 : " Je suis un Européen d'origine française". Pensant là faire montre d'une subversion gigantesque, savait-il que c'est justement cela que les électeurs avaient rejeté ?

 

 

L'attachement national s'estompe irrémédiablement en haut de la pyramide. Les financiers sont une classe internationale objective. Face à eux, il y a des classes de travailleurs, qui demeurent nationales.

 

L'Etat défendait autrefois l'intérêt national, la cohésion minimal sur son territoire ; il s'est fait hara-kiri et ne peut plus grand chose à présent. Il n'est plus aux commandes. Le protectionnisme ? C'était bon au XIXème siècle ! Les douanes, voyons, elles n'existent plus dans un monde moderne... La monnaie ? Trop dangereux... La sécurité sociale ? Les gens sont libre de cotiser, non ?

 

La Liberté, n'est-ce point de ne contraindre personne ? Sur le papier, on voudrait presque y croire...

 

Dans les faits, la liberté de l'argent opprime une majorité silencieuse dont la colère est si grande qu'elle n'admet plus qu'on lui vende un changement tranquille, à l'intérieur des cadres bien établis du « système » qui l'a perdue.

En attendant, la Gauche se meurt ; eh, quoi de plus normal ? Elle ne parle plus d’Égalité, elle est libérale et européiste.

Les plus fortunés peuvent dormir tranquilles...

 


 

Antoine Lamnège

Écrire commentaire

Commentaires : 3
  • #1

    garf0 (lundi, 09 juin 2014 16:37)

    vidéo 1 : "y'a aussi ON N'EN PARLE PAS, TOUT CE QUI EST CHARGE SOCIALES..." dit -elle.
    Cette dame n'a donc ni télé, ni radio, chez elle, et n'achète pas la presse... puisqu'on ne parle que de ça.
    Quand au régime de la terreur, c'est du grand n'importe quoi !

  • #2

    Antoine Lamnège (mardi, 10 juin 2014 17:10)

    Et puis, il y a le génial Guillaume Sommerer, dont on ne sait jamais s'il est un génial penseur du libéralisme feignant l'ignorance, ou un fanatique lobotomisé, sorte de Savonarole de l'argent, tout en décomplexion.
    Entre les deux mon coeur balance...

  • #3

    romain (mercredi, 11 juin 2014 08:15)

    eh oui ! mais pourrait-on contrôler les capitaux aujourd'hui ? un peu risqué...non ?