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09

juin

2014

Casser l'euro pour sauver l'Europe (Laura Raim)

Le livre trouve son origine dans la volonté des auteurs de contribuer à un débat quasi interdit lorsqu’il s’agit d’évoquer des solutions permettant de sortir de la crise : la sortie de l’euro. Le but est de montrer qu’il ne s’agit pas d’une idée d’extrême-droite mais d’une option économique et monétaire.

 

Il est important de s’approprier ce sujet qui peut expliquer en partie la forte réussite du Front National comme les élections européennes 2014 l’ont montrée. En réalité, les promesses de l’euro n’ont pas été tenues.

L’euro devait apporter une convergence des économies des pays européens, or il s’avère que la monnaie unique a accentué les polarisations notamment entre les économies de l’Europe du Nord et de l’Europe du Sud.

 

L’euro devait accroître la protection sociale, or cela a été le contraire puisque les politiques d’austérité ont amené des coupes budgétaires dans les budgets sociaux et de la déflation salariale. De plus le fait de favoriser la libre circulation des capitaux a provoqué une compétition entre les pays aboutissant à une baisse de la pression fiscale sur les entreprises en plus des politiques de dumping social.

 

L’euro devait garantir l’amitié entre les peuples, mais en réalité il provoque des tensions entre les peuples. Ainsi les Grecs comparent les Allemands aux Nazis. Et les Allemands considèrent les Grecs comme des assistés et des irresponsables.

 

L’euro devait constituer un bouclier contre la spéculation financière, mais cette spéculation s’est répercutée sur les dettes des Etats. A l’arrivée, l’euro a contraint les pays à adopter la pire des politiques avec la généralisation de l’austérité. Si on analyse la situation de plus près, on s’aperçoit que la situation actuelle correspond à la concrétisation des défauts de l’euro, qui existaient dès la mise en place de la monnaie unique.

 

Dès la mise en place de la monnaie unique, certains économistes ont critiqué le fait que la zone euro ne constituait pas une zone monétaire optimale. En effet, les différences de développement économique des pays et l’insuffisance de transferts budgétaires des pays les plus riches vers les pays les plus pauvres posaient problème.

 

Le fait que la zone euro ne constituait pas une zone monétaire optimale signifiait qu’il était dangereux pour les Etats de se priver de leur politique de change et de leur politique de taux.

 

Le problème réside en réalité aux origines de la monnaie unique. Le choix s’est effectué par les partenaires de l’Allemagne pour des raisons géopolitiques et non économiques. En effet, à la suite de la réunification allemande, ses partenaires ont eu peur de sa puissance. Ils ont donc cherché par tous les moyens à obtenir ce qu’ils considéraient comme la principale arme de sa puissance : le Deutsch Mark.

 

A la base, l’Allemagne n’avait aucune envie de renoncer à son Deutsch Mark qui était le seul outil patriotique allemand. Le prix à payer pour convaincre l’Allemagne d’abandonner son Deutsch Mark a donc été exorbitant.

 

 

« Actuellement nous nous situons au milieu du gué dans le sens où nous avons quitté les Etats-Nations sans atteindre le fédéralisme européen. La solution la plus efficace et la plus rapide pour résoudre la crise à laquelle nous sommes confrontés apparaît être un retour aux Etats-Nations. »

En effet, l’Allemagne a imposé une Banque Centrale européenne (BCE) indépendante uniquement focalisée sur la maîtrise de l’inflation. Elle a interdit les prêts directs de la BCE aux Etats avec l’objectif que les marchés maintiennent une pression sur les budgets des Etats pour éviter les politiques budgétaires trop « laxistes ». Enfin en imposant des critères de convergence pour forcer les pays à maintenir le déficit public inférieur à 3 % du PIB et la dette en dessous de 60 % du PIB toujours pour éviter des politiques budgétaires trop « dispendieuses » et un emballement trop important de l’endettement des pays. Tous ces principes ont ensuite été inclus dans des traités, qui une fois ratifiés, ont endossé une force quasi constitutionnelle.

 

Le problème est que le résultat s’est révélé catastrophique à l’image de la situation en Grèce où depuis la crise le taux de chômage a progressé de + 18,6 points (27,8 %), la dette publique est passée de 120 % du PIB à 180 % et où le PIB a chuté de près de 30 % depuis la crise. Sans même évoquer la progression de + 44 % des taux de suicide.

 

Certains soutiennent que la meilleure façon de dépasser la crise est d’aller vers plus de fédéralisme. Le problème est qu’il semble très difficile, voire impossible de mettre en place à court terme un fédéralisme européen.

 

En effet, une telle solution nécessiterait d’adopter un véritable budget européen mais également un fonctionnement démocratique. Hors le passé nous rappelle que la France n’a connu que 3 référendum depuis son adhésion à l’UE. Et en 2005, l’expérience reste particulièrement douloureuse puisque le traité initialement rejeté par le peuple a tout de même été adopté.

 

De plus la mise en place d’une Europe fédérale nécessiterait de véritables transferts budgétaires entre les pays ainsi que la désacralisation de certains principes ordo-libéraux afin de les soumettre au débat public. Le problème est que l’Allemagne n’est pas prête à réaliser ces efforts.

 

Actuellement nous nous situons au milieu du gué dans le sens où nous avons quitté les Etats-Nations sans atteindre le fédéralisme européen. La solution la plus efficace et la plus rapide pour résoudre la crise à laquelle nous sommes confrontés apparait être un retour aux Etats-Nations.

 

Il faudrait donc revenir au franc et dévaluer la monnaie de 20 à 25 % afin de permettre à nos exportations de retrouver de la compétitivité sans casser notre consommation intérieure, qui représente près de 60 % du PIB de la France.

 

Le fait de se libérer du carcan européen permettrait de retrouver des marges de manœuvre. Cependant la sortie de l’euro ne correspondrait pas à détruire l’Europe, dans le sens où rien n’oblige les pays européens à réduire l’Europe à une monnaie ou à une zone de libre-échange. L’Europe peut également se faire par des échanges étudiants, culturels ou artistiques qui apporteraient alors beaucoup plus de progrès que l’UE actuelle.


Theux

NB: Cette article est basé sur la conférence donnée par Laura Raim le 5 juin 2014 à Clermont-Ferrand.

Pour aller plus loin...

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Commentaires : 3
  • #1

    bul (mardi, 10 juin 2014 21:16)

    ah ! ben ça force mais on y arrive !

  • #2

    Woyzeck (mercredi, 11 juin 2014 13:25)

    Toute l'analyse est juste, mais les conclusions un peu légères : à quels états-nations retourner ? Ces derniers n'existent plus car ils n'ont plus la force de frappe nécessaire pour contrôler la mondialisation ou la finance internationale. De plus, les politiques libérales sont à l'oeuvre au sein même de notre administration nationale et de notre élite politique, en témoinent les derniers plans d'économie concoctés par le gouvernement Valls, pourtant censé être de gauche. L'état-nation est mort, c'est pourtant pas compliqué à comprendre. Il n'y a pas d'autres solutions que d'aller vers un fédéralisme européen. Si l'Allemagne ne veut pas de transferts budgétaires et la France refuse de renoncer à ses privilèges issus d'un système centralisé, alors il faudra les y contraindre par la force, seule méthode qui a fait ses preuves avec ces deux pays dans l'histoire.

    Merkel et Hollande aux fers, voilà ce que devrait être la vraie conclusion de votre article !

  • #3

    vin (mercredi, 02 juillet 2014 15:52)

    On ne répetera jamais assez tout ce que l'euro a provoqué...

    Allez, encore du rappel : tous nos articles sur l'euro depuis sa crise. http://www.blogactualite.org/search/label/euro