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27

juin

2014

Un monde sans plage de sable ?

Plage de Floride condamnée
Plage de Floride condamnée

Il est légitime de s'inquiéter de la raréfaction des ressources fossiles dont nous sommes énergétiquement dépendants. Il serait également judicieux de s'intéresser à cette autre ressource qu'est le sable dont nous sommes encore de plus gros consommateurs. Il s'agit de la ressource la plus exploitée par les hommes après l'eau.

 

 

Le sable est indispensable pour obtenir du silicium, composant essentiel du verre et indispensable pour la fabrication des puces électroniques. Il est également utilisé en agriculture et dans la production de nombreux produits de consommation courante (détergents, peintures, plastiques...). Néanmoins, c'est la construction qui absorbe l'immense majorité du sable extrait.

En Floride, 9 plages sur 10 vont en voie de disparition. Pour lutter contre le désensablement, on met en œuvre des moyens dérisoires. 

Malé, capitale des Maldives, est menacée de disparition
Malé, capitale des Maldives, est menacée de disparition

A Tanger, où les touristes viennent en vacances dans les stations balnéaires, de nombreuses plages ont déjà disparues suite aux prélèvements illégaux.

Deux tiers des constructions dans le monde sont faites avec du béton dont le sable est la matière première indispensable.

La construction d'une maison de taille moyenne nécessite 200 tonnes de sables, pour chaque kilomètre d'autoroute il faut 30 000 tonnes.

Nous consommons annuellement dans le monde environ 15 milliards de tonnes de granulats dont 75 millions de sable marin.

En 2011, la France a extrait 379 millions de tonnes dont 7 millions proviennent des mers.

 

La majorité du prélèvement se fait dans les carrières (3000 en France aujourd'hui contre 5000 il y a 20 ans) mais les ressources s'épuisent et la législation freine l'ouverture de nouvelles carrières. Il nous faut donc soit l'importer, soit trouver de nouvelles sources. Le sable présent dans les déserts est malheureusement inutilisable pour les constructions en béton. Lissés par les vents, les grains ne parviennent pas à s'agréger. La mer est une source toute désignée.

 

En France, l'Ifremer estime les ressources actuellement exploitables de granulats marin à environ 8,1 milliards de tonnes. L'inconvénient est que ce sable qui ne représente que 2% des ressources totales des eaux françaises est situé à proximité du littoral. En effet, les navires draguent le sable à une profondeur maximale de 50m.

Outre les dégâts occasionnés directement sur la faune et la flore de la zone d'extraction, le sable aspiré crée une dépression qui sera comblée par d'autres sables y compris par celui des plages.

 

Les plages en danger?

 

Le littoral est un milieu dynamique : par l'action de la dérive littorale, le sable se déplace. Un prélèvement de sable au large des côtes aura des répercussions importantes sur une zone extrêmement étendue. La sable prélevé au large entraînera une érosion des plages proches. La dérive littorale va « lisser » cette perte en déplaçant le sable des plages à proximité. Ce phénomène naturel qui répartit le sable sur le littoral est intensifié par les prélèvements et accélère la disparition des plages.

 

Ce qui est donc menacé, c'est l'existence pure et simple des plages de sables. Entre 75 et 90% des plages du monde sont menacées de disparition d'ici à la fin du siècle. En plus de la destruction des paysages, de l'environnement, c'est toute l'économie touristique qui est menacée le long du littoral par la disparition des plages.

 

Le sable joue également un rôle protecteur face à l'érosion du littoral, les vagues ne percutent pas la roche mais vient buter contre le sable dans un incessant flux et reflux. À cela s'ajoute la hausse du niveau de la mer liée au réchauffement climatique, jusqu'à 1,50 m, d'ici à la fin du siècle. Les conséquences sur le littoral ne peuvent qu'être désastreuses.

 

Pour éviter que les plages disparaissent, il faut que les prélèvements en sables ne soient pas supérieurs aux apports.

Les plages sont principalement alimentées en sable par les fleuves après érosion de roches. Or l'apport est très faible et se produit sur le temps long. On estime qu'aujourd'hui 50% du sable ne parvient plus jusqu'à la mer. En canalisant les fleuves, en construisant des barrages, en prélevant le sable dans les lits des fleuves, on empêche le transport fluvial du sable vers la mer.

 

Ainsi on se retrouve dans une situation ou nos plages ne sont plus alimentées en sable alors que l'on prélève du sable marin. L'équilibre est rompu.

Une île artificielle à Dubaï
Une île artificielle à Dubaï

Dans le reportage d'Arte, Denis Delestrac montre les effets du prélèvement sauvage sur les plages :

 

En Floride, 9 plages sur 10 vont en voie de disparition. Pour lutter contre le désensablement, on met en œuvre des moyens dérisoires. On prélève du sable au large pour le déposer sur la plage. Il s'agit de maintenir sous perfusion de plages condamnées. Le résultat est totalement vain et contreproductif. Cela accélère le processus. Mais que peuvent faire d'autre les pouvoirs publics? Sans ses plages, la Floride n'est plus une attraction touristique!

 

A Tanger, où les touristes viennent en vacances dans les stations balnéaires, de nombreuses plages ont déjà disparues suite aux prélèvements illégaux. Ce sable sert notamment à construire les résidences, le long du littoral, pour les touristes qui adoreront se prélasser sur des plages... sans sable! Le serpent se mord la queue.

 

Singapour grand consommateur de sable (polders, grattes-ciel, circuit automobile...) à augmenté sa superficie de 130 km² en déversant du sable. Quatre de ses États voisins ont déjà interdit les exportations de sable (Indonésie, Malaisie, Viet Nam, Cambodge) à destination de Singapour. Alors que la ville croît, en Indonésie 25 îles auraient disparu pour alimenter illégalement Singapour en sable.

 

En baie de Lannion, en Bretagne, un projet d’extraction de sable est en cours. Il s'agit de prélever du sable coquillier d’une "dune hydraulique", c'est à dire une dune constituée par les courants marins. Cette dune a mis près de 10 000 ans à se constituer, c’est donc une ressource non renouvelable à l’échelle humaine. Ségolène Royal s'est prononcée contre le projet d'extraction, c'est le minimum que l'on puisse attendre d'une ministre de l'écologie. Néanmoins, c'est Arnaud Montebourg bien décidé à relancer l'économie française qui décidera en dernier ressort d'accorder le titre minier. Dans la balance : Pêcheurs, activités nautiques et touristiques contre une source de sable et quelques emplois directs (5) créés par l'extraction.

 

Quelles alternatives?

Les exemples sont nombreux mais ce qui ressort c'est que le phénomène est mondial sur un marché en expansion et où les profits sont croissants. Vision court-termiste, certes, mais peut-il en être autrement dans un monde où l'urbanisation et les besoins sont exponentiels ?

 

Dans les pays à forte croissance où se conjuguent augmentation de la population, urbanisation, besoins en infrastructures, on ne peut se passer de béton sans répercussions dramatiques sur l'économie. Il n'existe pas d'alternative efficace au béton dont les avantages sont immenses (coût, facilité d'utilisation, possibilités techniques offertes par le matériau...).

 

Dans des pays où l'urbanisation est arrivée à maturité et où les besoins en infrastructures sont moindre on peut imaginer, au moins à la marge, l'utilisation de matériaux de substitution (pierre, bois) au moins en milieu rural.

 

Néanmoins, même dans un pays riche comme la France se passer de béton semble inimaginable alors que nous avons une pénurie de logements. Sauf à réquisitionner les logements vides et les résidences secondaires (idée non dénuée de sens moral dans un pays qui compte autant de mal logés et de sans abris), on ne peut pas sans progrès technologiques hypothétiques ne pas utiliser le béton.

 

Cependant, l'industrie du BTP produit en moyenne 343 millions de tonnes de déchets par an. Pourtant la part de matériaux recyclés représente 6% de granulats du total consommé... L'Allemagne et le Royaume-Uni font 6 fois mieux, c'est que cela ne doit pas être un coût prohibitif!

 

 

Le seul point positif que l'on peut trouver (en cherchant longuement) à la disparition des plages, c'est peut être le frein que cela mettrait à la bétonisation galopante du littoral. Les immeubles, résidences secondaires, en bord de plages sans sable auraient sans doute moins d'attraits. Fin de l'héliotropisme et de l'enlaidissement du littoral? C'est bien maigre comme avantage...


GAST

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Commentaires : 4
  • #1

    Antoine Lamnège (vendredi, 27 juin 2014 23:31)

    Très intéressant en effet. J'ai également vu ce reportage qui montrait bien à quelle vitesse une plage peut disparaitre, et le dépit des néo propriétaires ayant acheté sur une plage qui n'en n'est plus une...
    Une question me taraude toutefois : est-il possible de recycler le béton ? Je n'ai pas compris le coup des 6%.

  • #2

    Gast (samedi, 28 juin 2014 19:14)

    En effet ce n'est pas des plus explicite.
    Cela signifie que pour produire du béton on utilise seulement 6% de produits recyclés. Le béton peut être recyclé pour produire à nouveau du béton après triage, nettoyage, concassage, tamisage.
    Or la marge est immense, la grande majorité du béton détruit fini en décharge alors qu'il serait très utile notamment pour la construction d'infrastructures routières.

  • #3

    Huit Numide (mardi, 01 juillet 2014 12:33)

    UNE CATASTROPHE PRESQUE PARFAITE .LE DANGER CERTAIN !

  • #4

    Portauxfrançais (mardi, 01 juillet 2014 13:02)

    Niouze instructive en tout cas. Finalement ne pourrait-on pas dire que notre société est bâtie sur du sable? huhu.