ven.

04

juil.

2014

Affaire BNP Paribas : l’illustration de la domination du pouvoir politique sur le pouvoir économique

La banque française BNP Paribas s’est retrouvée ces dernières semaines dans le viseur de la justice américaine pour des opérations initiées par son activité de financement de négoce international de pétrole et de gaz avec des pays sous embargo américain. Pour étouffer l’affaire, les dirigeants de BNP Paribas ont conclu un accord avec la justice américaine dans lequel ils reconnaissent leur responsabilité et acceptent de s’acquitter d’une pénalité de 8,97 milliards de dollars soit environ 6,60 milliards d’euros.

Les dirigeants de BNP Paribas ont conclu un accord avec la justice américaine dans lequel ils reconnaissent leur responsabilité et acceptent de s’acquitter d’une pénalité de 8,97 milliards de dollars soit environ 6,60 milliards d’euros.

A voir BNP Paribas ramper de la sorte devant les Etats-Unis, on ne peut s’empêcher de penser que le géant n’est au mieux qu’un géant de papier.

Certes, le gouvernement français a eu beau jeu de critiquer l’ingérence américaine notamment par la voix de son ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, qui a indiqué que « Nous ne pouvons pas accepter de nous retrouver avec des lois extraterritoriales ». La critique est parfaitement légitime et il est certain que les Etats-Unis profitent voire abusent de la position dominante du dollar dans les échanges mondiaux.

 

Cependant le comportement des dirigeants de BNP Paribas apparaît particulièrement étrange ne serait-ce que dans leur obstination à s’enfoncer dans l’erreur malgré les avertissements de la justice américaine. On ne s’étonnera, certes pas, de leur capacité à se défausser de leurs responsabilités pour mieux les faire porter à quelques « brebis galeuses » ou à des dysfonctionnements de leur système de contrôle. Jean-Laurent Bonnafé indique ainsi que : « Des défaillances individuelles ont en effet été mises en évidence dans cette activité. Certains collaborateurs ont notamment contourné délibérément les règles américaines et n’ont pas respecté les décisions de la Direction Générale qui interdisaient, dès 2007, la poursuite de ces activités dans les pays concernés. Au-delà de ces défaillances individuelles, il y a eu également certains défauts de vigilance et de réactivité. Ces problèmes n’auraient pas dû se produire. Au nom de BNP Paribas, je voudrais exprimer nos regrets à votre égard. »

 

 

BNP Paribas nous rejoue le même refrain que la Société Générale dans l’affaire Kerviel. Les dysfonctionnements ne sont pas liés au système de fonctionnement global de la banque mais à quelques individus ne respectant pas les consignes et parvenant à se jouer des systèmes de contrôle de la banque. La ficelle est un peu grosse mais elle semble encore fonctionner au sein d’un système politico-médiatique mi-naïf mi complice.

Il semble en effet difficilement compréhensible que les dirigeants de BNP Paribas ne subissent pas une pression comparable à ceux de la Société Générale lors de l’affaire Kerviel alors que le montant de la perte est supérieure de plus d’un tiers (6,60 milliards d’euros contre 4,82 milliards d’euros).

 

Mais passons sur ces sujets, qui s’ils sont importants, n’apparaissent pas essentiels dans cette affaire. Non le point clé est de voir à quel point le pouvoir économique est faible par rapport au pouvoir politico-judiciaire lorsque ce dernier s’en donne les moyens. En effet, les médias nous vendent sans cesse l’évolution irrésistible du monde vers une mondialisation toujours plus forte dans lequel les Etats devraient s’adapter à des entreprises transnationales surpuissantes.

 

Parmi ces entreprises, le monde de la finance et des banques est probablement celui qui apparait comme le plus puissant. On pense notamment à leurs influences néfastes sur les dettes souveraines ou sur l’évasion fiscale, contre lesquelles les Etats seraient impuissants.

 

A voir BNP Paribas ramper de la sorte devant les Etats-Unis, on ne peut s’empêcher de penser que le géant n’est au mieux qu’un géant de papier. Deux choses sont certaines. La première est que si BNP Paribas a accepté de payer une amende de ce montant, les opérations réalisées ne devaient pas être d’une parfaite transparence et que ces agissements constituaient à coup sûr un véritable risque de réputation. La seconde est que si BNP Paribas a accepté de payer cette amende, c’est pour éviter une sanction plus grande telle que l’interdiction pure et simple de mener certaines opérations en dollars.

 

 

 

Cette affaire illustre donc parfaitement la puissance du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique. Imaginons les résultats que seraient susceptibles de produire une véritable traque de l’évasion fiscale ou de la spéculation. Et si le Peuple souverain prenait enfin le pouvoir ?


Theux

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Commentaires : 1
  • #1

    jules (dimanche, 06 juillet 2014 12:04)

    Et dire qu'on entend partout expliquer que les pouvoirs sont parfaitement séparés au USA !
    Par rapport à nous soi disant vieille France, où l'on considère encore comme "légitime" (QUI?) que le gouvernement fourre son nez partout.
    Non, le gouvernement US défend ses intérêts, quitte à se mettre à dos une partie de la finance ; il n'y a pas d'états d'âme à avoir ; les dirigeants de BNP sont une petite oligarchie qui prennent en otage les français du fait qu'ils sont forcés d'avoir chez eux un compte en banque...