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07

juil.

2014

Frédéric Lordon :"l'objectif de ce capitalisme, c'est la liquéfaction du travail..." (Vidéo)

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De même que la finance exige la liquidité de l'argent, la prédominance d'une société de services entièrement tournée vers les désirs du consommateur force celle du travailleur ; le salarié est devenu secondaire.

Problème, le consommateur et le salarié ne sont bien souvent qu'une seule et même personne. En voulant assouvir tous ces désirs, d'achat de tout et n'importe quoi, à n'importe quel prix et heure de la semaine, le consommateur s'aliène lui même, en tant que producteur. Pire, une fois admise dans le droit cette suprématie de la concurrence sans entrave et de la liberté de consommer sans entrave, la norme devient la satisfaction immédiate de tout désir.

Dans cette remarquable interview de Frédéric Lordon par Gilles Balbaste, proposée par le site Nada-info.fr, l'économiste développe son analyse d'un capitalisme du désir illimité, images publicitaires à l'appui.

 

 

Titre : Les zélés du désir

Durée 19 minutes

 

 

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Commentaires : 5
  • #1

    Guadet (lundi, 07 juillet 2014 18:18)

    "Mais mais mais, mais qui vous êtes pour décider qu’est-ce qui est nécessaire ou pas nécessaire ?" Alors qu'on compare la possibilité d'acheter du parfum à minuit avec le rôle de la police ou des hôpitaux. Monstrueux : aujourd'hui, la Liberté et les Droits de l'Homme sont réduits à la folle tyrannie du consommateur.
    Les publicités dont il est question m'ont choqué et je pense, à la différence de M. Lordon, qu'elles ont choqué beaucoup de monde. Mais on n'ose pas le dire par crainte d'être taxé de réactionnaire, de censeur ou de rabat-joie, puisque ces pubs se donnent des allures humoristiques ou poétiques pour atteindre au "créatif", au "produit culturel" qui remplace aujourd'hui les œuvres d'art. Du coup, les idées véhiculées prennent un caractère sacré qui incite les gens à les accepter et à les intégrer.

  • #2

    adrien (mardi, 08 juillet 2014 09:30)

    Dans le sens de F.L., sur le terme "liquidités", je vois une correspondance avec la terme financier "volatilité" qui exprime aussi les variations extrêmes et rapides des actifs ..en relation avec les fluctuations des désirs du consommateur .
    La politique de l'offre mise en avant par la droite complexée -ou non-, résume la définition du consommateur-roi au détriment des droits du salarié .
    Le droit à consommer immédiat, sinon atteinte aux libertés de l'individu, n'est pas sans implications sociales, voire familiales ...De la consommation à la consumation ...

  • #3

    Antoine Lamnège (mardi, 08 juillet 2014 12:00)

    @gaudet je suis bien d'accord avec vous, la pilule passe grâce à l'humour. On est partagé entre l'indignation et le rire, ce qui rend très difficile la critique sérieuse.
    On est là face à une propagande joyeuse, qui nous touche comme des enfants, je compte bientôt faire un billet sur la question.
    salutations

  • #4

    Jean-Claude Massie (mercredi, 13 mai 2015 05:08)

    Pendant que tous débattent de ce qui est nécessaire vs ce qui ne l'est pas, pendant que tous débattent des droits des travailleurs versus les droits des consommateurs, il n'y a personne qui propose une idée originale.

    Peut-être est-il temps d'inventer un autre mécanisme économique que le marché. Peut-être est-il temps de faire autre chose que de vendre et acheter.

    Peut-être faut-il ramener l'autoproduction ? Peut-être faut-il assouplir les règles de l'urbanisme pour permettre l'agriculture de subsistance à domicile, pour permettre de fabriquer soi-même son énergie à l'aide de panneaux solaires et d'éoliennes ou de génératrices Sterling au gaz naturel etc.

    Peut-être que les développeurs de production automatisée devraient délaisser les usines et la production de masse pour se tourner vers le consommateur et lui vendre des systèmes de production à domicile, par exemple l'impression 3D etc.

    La solution revient peut-être à encourager le consommateur à fabriquer lui-même l'objet de son désir sans devoir passer par le marché. Ainsi il aurait beaucoup moins besoin d'argent et il serait lui-même beaucoup moins soumis aux désirs des autres.

    Je ne partage pas l'analyze de Frédéric Lordon sur l'angle Alpha, à savoir qu'il n'y a que deux axes: soit la soumission ou soit la révolte.

    Je propose une troisième dimension à son analyse à deux dimension, Je propose une nouvelle axe, celle de l'autoproduction et du contournement du marché.

    Nous sommes au 21ième siècle et la technologie a beaucoup progresssé. Nous ne sommes plus obligés de choisir entre la soumission ou la révolte. On peut très bien choisir une troisième voie: l'autoproduction et la consommation collaborative.

    Il existe déjà l'impression 3D qui permet de fabriquer toutes sortes d'objet en plastique et bientôt en métal et fabriquer ses propres circuits électroniques etc.
    Il existe déjà des projets pilotes de consommation collaboratif, par exemple le projet commun-auto au Québec qui permet à des usagers de mettre leurs ressources en commun pour partager l'usage d'une voiture etc.

    Si on pousse cette logique encore plus loin, on finira par développer de nouvelles façons de faire l'économie qui ne passe ni par le marché et ni par l'argent.

    Le marché ne sert que les propriétaires lucratifs, tel un casino c'est toujours eux qui gagne. Contourner le marché et trouver comment ne pas y participer me semble être une stratégie gagnante à long terme.

  • #5

    Il n'y aura pas d'insurection (jeudi, 14 mai 2015 20:17)

    Je trouve que monsieur Frédéric Lordon simplifie trop et polarise trop les conflits présents dans nos sociétés capitalistes.

    Pour Frédéric Lordon, il semblerait que le monde est divisé entre les exploiteurs et les exploités et que lorsque les exploités auront atteint leur point d'intolérable et que celui-ci sera contagieux, ils s'insurgeront à l'unisson contre l'ordre établi et le renversera.

    Les haines, les violences et les ressentiments sont beaucoup moins claires que ça. Les exploités sont fortement divisés contre eux-mêmes, fortement envieux les uns des autres et fortements violents les uns envers les autres.

    La masse est désunie et la seule chose que la masse a en commun c'est sa haine des uns envers les autres. Le 99% ne forme pas un bloc monolithique prêt à renverser le 1%. Le 99% n'existe pas.

    Lorsque Frédéric Lordon avance que pour renverser l'ordre établi il va falloir faire la révolution, il va falloir qu'il y ait insurrection je lui demande sincèrement avec QUI il va faire la dite révolution ?

    Si révolution il y a, ce sera le peuple contre le peuple, les 1% demeureront intouchés et sortiront grands gagnants de ce conflit.

    Il n'y a pas plus cruel qu'un pauvre envers un autre pauvre dans sa marche fanatique vers son élusive ascension sociale et économique.

    Comment ces pauvres, qui s'haïssent mortellement les uns les autres, vont-ils faire pour mener à bien une révolution ensemble ? Ça n'arrivera pas.

    Le néolibéralisme a réussi à incluquer chez les désoeuvrés, les exploités, les "pauvres" le culte du soi et la haine de l'autre.

    Par exemple, je n'ai pas du tout envie de faire la révolution avec des gens qui m'ont abusé, violenté, manqué de respect etc. S'ils se mettaient à faire la révolution, je prendrai le parti du 1%.

    Ce mouvement révolutionnaire ou insurrectionnel va manquer cruellement de cohésion et les révoltés vont se livrer la guerre entre-eux plutôt que contre l'ordre établi.

    Ça ne va pas arriver la révolution, Monsieur Lordon, le peuple s'haït trop lui-même. Il y a longtemps que le seuil de l'intolérable a été franchi et pourtant rien ne se produit.

    Lorsqu'il se produira quelque chose, ce sera le peuple contre le peuple et non pas le peuple contre l'élite.

    Et ce sera tout à l'avantage de l'élite qui pourra alors saisir ce prétexte pour prendre encore plus de pouvoir et justifier encore plus de mesures musclées et exploitantes.

    Il y a chez les gens de la classe moyenne et les gens de la classe pauvre un désir puissant d'écraser l'autre. Ce n'est pas avec des gens qui on une puissante envie de s'écraser les uns les autres que vous allez pouvoir faire la révolution.

    Le peuple est déterminé, par son environnement, à commettre un vaste suicide collectif. Le peuple n'est pas déterminé à renverser l'ordre établi.

    Non, l'insurrection je n'y crois pas Monsieur Lordon. Nous nous en allons vers un monde plus autoritaire, nous nous en allons vers un retour du "hard power" à la sauce soviétique et nous nous en allons vers des structures de pouvoir supra-étatiques.

    Il est presque certain qu'une armée Européenne va voir le jour et que comme le dit Étienne Chouard, cette armée sera prête à tirer même si les insurgés se présentent par millions.

    Le peuple mérite ce qui lui arrive car les gens du peuple sont des tyrans les uns envers les autres. Ils n'ont donc pas l'autorité morale de se plaindre de la tyrannie qui leur vient d'en haut. Ils l'ont tous bien cherchés.