mar.

08

juil.

2014

Un Oeil (très conciliant) sur la planète (néolibérale) suisse...

un oeil sur la planète suisse france économie

L'émission Un œil sur la planète diffusée en décembre 2013 était consacrée au modèle économique et politique de la Suisse.

Après avoir vanté, il y a quelques années le modèle britannique et sa modernité blairiste - dont étrangement on parle moins ces dernières années -, la production avait cette fois-ci décidé d'envoyer ses journalistes en confédération helvétique, afin d'en vanter les mérites, comme toujours, puisque l'herbe, c'est bien connu, est toujours plus verte ailleurs...

 

Malgré une seconde partie d'émission convenable, centrée sur la formation professionnelle et la démocratie directe, sur lesquelles on eut voulu en savoir plus encore, le miracle suisse a souvent consisté en une avalanche de poncifs néolibéraux assénés comme vérité, et en une critique mal dissimulée des « archaïsmes » français.

Surtout, la question de la finance ne fut jamais abordée, sinon pour dire à quelle point elle était anecdotique. Sans grande nuance, l'émission le miracle suisse, s'est inlassablement attaché à montré nos voisins helvètes unis, à la limite de la communion ; un peuple sans classes ni rapports de domination ; de fait, il s'est ainsi vautré dans une complaisance regrettable à l'égard de l'ordre économique, sans même peut-être s'en rendre compte.

 

Première minute : sur les bords du lac Léman, le présentateur Étienne Leenhardt introduit les « enquêtes » à venir, lançant à la cantonade un « la Suisse, qui dit mieux ? » des plus acerbes qui n'augure rien de bon...

 

 

Enfin, l'émission démarre.

Rapidement, on sent que les coffres-forts suisses n’intéressent pas les journalistes. L'explication est la suivante : seuls 10% du PIB suisse proviennent du secteur bancaire, un pourcentage qui ne suffit pas à expliquer la grande richesse du pays. Sur ce point, Étienne Leenhardt a raison, concédons-le : la Suisse est une grande puissance industrielle depuis 150 ans et n'a pas attendu la mondialisation financière pour être riche.

Cela étant dit, l'émission prend tout de même le parti assez radical de ne pas aborder ne serait-ce qu'une seule fois, les causes et conséquences économiques d'une finance mondiale débridée dans laquelle la Suisse joue un rôle important.

 

Ainsi, le premier volet de l'émission intitulé Les rois de l'export, nous explique-t-il les raisons de la puissance suisse, et en miroir, celles de la petitesse française...

 

La première, c'est la flexibilité :

 

 

Bravo ! Des salariés qui font « le choix » de travailler à 6 heures du matin... des journées de 9 heures, l'initiative des employés, s'adapter... Le vocabulaire est bien choisi...

En Suisse donc, « on ne chôme pas ... » Ce qu'apparemment n'ont pas compris ces fainéants de français.

 

Le patron de cette même entreprise travaille comme un diable, et l'annonce sans détour : les suisses sont efficaces parce qu'ils « veulent faire quelque chose de leur vie », un constat qui n'a pas l'air d'émoustiller la journaliste...

 

 

Au cas où le téléspectateur n'aurait pas compris le message, la parole est ensuite donnée à un petit groupe d'entrepreneurs et d'experts, dénichés dans les couloirs d'une école de commerce réputée... dont chacun sait que c'est un lieu tout à fait représentatif d'une opinion publique...

Notez également le ton de la journaliste et sa conclusion...

 

 

Le voilà donc le secret suisse, que les français s'entêtent à ne pas comprendre : la flexibilité, la simplicité... la compétitivité, le mot est lâché.

Et pour l'occasion, Étienne Leenhardt a déniché pour nous un expert de renommée mondiale, un homme qui – explique-t-il – n'est pas « n'importe qui »... et à qui il va pouvoir parler de la France, de la fameuse « catastrophe »...

 

 

Les réponses de Monsieur Davos sont toujours les mêmes : compétitivité, fiscalité en baisse, hausse du temps de travail, du taux d'emploi des jeunes, des seniors...

Et puis, il y a la formation professionnelle, un point important, malheureusement traité sous l'angle grossier de la success story permanente, d'une Suisse eldorado, qui laisse sa chance à tous, sans distinction, et à chaque âge de la vie...

Dommage...

 

 

A l'heure du bilan, après une heure et 28 minutes de louanges, Étienne Leenhardt joue la nuance : tout de même, en Suisse, certains problèmes subsistent...

La musique s'envole, le commentaire se fait plus profond, il est temps de révéler au public ce qui distingue les deux rives du lac Léman...

 

 

Vraiment, on se pince pour y croire...

 

 

Antoine Lamnège

 

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Commentaires : 2
  • #1

    luc (mercredi, 09 juillet 2014 12:20)

    Donc bosser comme un chacal c'est faire quelque chose de sa vie...? Barjot le mec !

  • #2

    Portauxfrancais (mercredi, 09 juillet 2014 21:38)

    Ce qui est consternant c'est aussi de ne jamais révéler cette vérité pourtant simple: la Suisse peut vivre de ses industries exportatrices car elle est un petit pays, comme la Suède ou la Norvège. La comparaison nationale avec des pays plus grands comme la France est donc insignifiante, bien que des comparaisons sectorielles (telles la formation professionnelle) puissent être effectivement éclairantes.