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22

juil.

2014

"Coût du travail", compétitivité... que veut la gauche radicale ?

coût du travail france zone euro 2008 2012

Depuis l'adoption de la monnaie unique, la compétitivité prix des pays en zone euro dépend essentiellement du prix du travail (salaires + contributions sociales) ; en effet, celui ci détermine une part importante des coûts de production d'une entreprise. Elle dépend également des taux d'inflation nationaux. Or, cette compétitivité des entreprises est un point essentiel de la création de richesse ; voilà pourquoi il est nécessaire de ne pas la négliger. Trop souvent, la gauche radicale considère ce point comme une hérésie néolibérale ; à l'inverse, constamment, du parti socialiste à l'UMP, on considère la compétitivité comme l'alpha et l'oméga de la politique économique, qui justifie la régression sociale.

 

 

Dans les deux cas, c'est faire abstraction du fait qu'il est possible d'être compétitif sans travailler 50 heures pour des cacahuètes.

Une fois admis ce point, on peut alors réfléchir aux solutions qui peuvent exister pour concilier compétitivité et transformation sociale. Les libéraux considèrent qu'il est nécessaire de s'"ajuster", de "réformer", de "moderniser", autant de mots ne signifiant rien d'autre que l'alignement de l'intérêt général et celui des plus fragiles sur celui d'une petite oligarchie financière.

 



Dans le cadre actuel, les choses se passent comme ceci :  si nous voulons être aussi compétitifs (prix) que nos voisins, nous devrons faire comme eux, suivre le mouvement de dévaluation interne (modération salariale, baisse des cotisations sociales, baisse de la protection sociale donc, ainsi que du nombre de serviteurs de l’État).

Entre 2008 et 2012, plusieurs constats peuvent être faits : d'abord, dans les principales économies de la zone (Allemagne, France, Italie, Espagne), l'évolution salariale a suivi la même tendance, soit environ 9% de hausse. Ainsi, aucune convergence salariale n'a eu lieu sur cette période, l'Allemagne confortant sa position de "leader déflationniste" dans la zone.


coût du travail pays europe classement
source : eurostat

Par ailleurs, on remarque de gros écarts entre ces pays concernant la part des coûts non-salariaux dans le total du prix du travail (21,9% en Allemagne et 33,6% en France) ; on en déduit aisément que dans ces conditions, l'écart de compétitivité se joue sur la plus ou moins grande protection sociale accordée aux travailleurs... La règle est la suivante : plus les cotisations sociales sont élevées, moins le pays est compétitif.

 

 

Si l'on est libéral (et le plus souvent qu'on gagne bien sa vie), on en déduira que le SMIC est trop élevé, qu'il y a trop d'impôts, trop de "charges" en France.

Ce discours, vous le connaissez par cœur ; en France, 95% des éditorialistes et économistes de média le défendent depuis des années.

En voici une compilation, proposée par nada-info.fr :

 

 


classement coût du travail europe pays 2012
source : eurostat

 

Alors que faire ?

 

Si l'on veut encore croire à autre chose...  travailler à une garantie de la souveraineté économique, à la réduction des inégalités, à celle du temps de travail, au recul des intérêts privés sur l'intérêt général, à une réforme des médias, à la transition écologique..., à tout ce qui constitue la Gauche, ALORS, il faut s'attaquer, non à la compétitivité des entreprises, mais à ce qui nous empêche de l'améliorer selon CES exigences, et en premier lieu à ces verrous majeurs que sont l'EURO et le LIBRE ECHANGE. 

 

Certes, nous payons plus de charges sociales que dans bien d'autres pays ; certes, notre prix horaire du travail est plus élevé que chez nos voisins. Et alors ? C'est un choix politique, qui doit demeurer si les citoyens le réclament. Car enfin, jusqu'où ira-t-on ? Notre horizon est-il de vivre mieux, ou celui de faire comme les autres, quand bien même vivraient-ils moins bien ? Faudra-t-il travailler plus encore, pour moins, plus longtemps ?  Qui a décidé cela ?

 

 

 

 

Une partie de la gauche radicale ne sait toujours pas sur quel pied danser lorsque l'on parle de compétitivité. Pourtant, l'intuition est partagée : la concurrence libre et non faussée, entre tous les États, a fortiori lorsque ceux ci partagent une même monnaie ne peut conduire que celui qui donne plus aux entreprises et moins aux salariés à rafler la mise.

 

Mais, si l'on refuse ces règles là, alors, il faut revenir sur l'organisation même de cette concurrence, et sortir de l'Euro, au strict minimum, afin de pouvoir dévaluer sa monnaie (et récupérer en compétitivité, autant qu'en souveraineté).

 

Une partie de la gauche n'a pas encore choisi d'assumer ce choix. Ce faisant, elle défend, malgré elle, le cadre dans lequel la compétitivité justifie tous les méfaits sociaux.

 


 

 

Antoine Lamnège

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Commentaires : 2
  • #1

    tonton (mercredi, 23 juillet 2014 11:56)

    la gauche radicale, elle baye aux corneilles, http://gauche.blog.lemonde.fr/2014/07/22/melenchon-je-ne-peux-plus-continuer-comme-ca/

  • #2

    commeuneoutre (mercredi, 23 juillet 2014 18:32)

    La concurrence libre et non faussée est une escroquerie intellectuelle, tout comme l'efficience des marchés (efficacité en français). La première conduit à la course au monopole, la seconde veut nous faire croire que les financiers sont des bisounours. Nous étions bien plus prêt de la vérité quand nous parlions de capitalisme sauvage.
    Un aspect que votre article n'aborde pas mais qui est primordial, c'est la situation politique. En France, comme en Europe, les partis politiques tendent vers le totalitarisme, à gauche comme à droite. Comment croire que le PS français (de droite malgré son nom) est encore républicain quand on regarde de près, par exemple, la réforme territoriale et la façon dont elle est menée ? Nous connaissons une crise historique des institutions, avec deux chambres inutiles puisque recevant leurs ordres de l'Elysée sous prétexte de solidarité gouvernementale de parti. Le change est donné avec la création quotidienne de commissions diverses, elles-mêmes inféodées. De plus, l'Elysée n'est plus maître de sa politique, dictée par l'Europe (avec son accord, ne l'oublions pas), Europe qui elle, est sous le joug des lobbies. Ce qui démontre bien qu'il n'y a ni concurrence, ni efficacité. La première des mesures à prendre pour sortir de la crise (volontaire) de l'économie, c'est de passer à une sixième république, parlementaire, avec une nouvelle constitution. Une économie équitable ne peut fonctionner sans cadre institutionnel démocratique. La pire des situations à venir est la création d'une Europe fédérale (un empire en fait), qui cette fois, ne laissera plus aucun recours aux peuples face à l'"élite" autoproclamée, richissime et corrompue, qui s'accapare l'ensemble de nos richesses à notre grand détriment.