ven.

25

juil.

2014

Socialisme utopique : la ferme de Bagnaia en Italie

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Sur la terre rouge de Sienne, la Comune di Bagnaia est un projet hors du commun, et presque utopique. En trente ans, un réel exemple d’expérience de vie sociale basée essentiellement sur l’autonomie, la collectivisation de la richesse, l’égalité et la solidarité a été mis en place. Bagnaia, c’est aussi une ferme, menée selon les principes de l’agriculture biologique, atypique de part ses objectifs de production et son fonctionnement. Fortement imbriquée dans le projet de la Comune, son premier objectif est de produire non pas pour générer un revenu mais pour nourrir les habitants du lieu.

source article et photos : En chemin vers la Terre

La Comune ou le « Vivere assieme » (Vivre ensemble)

La Comune di Bagnaia est née de l’émergence des idées des années post 68, dans l’objectif de créer un lieu collectif le plus autonome possible permettant de se libérer des contraintes du libéralisme et de la consommation de masse. Aujourd’hui, elle regroupe 25 personnes (enfants et adultes), et chacun des adultes a fait le choix d’ «investir » dans la vie communautaire en se libérant de la propriété individuelle. Pour rejoindre la Comune di Bagnaia, on ne peut posséder ni propriétés ni argent ; tout est légué à la communauté. Ainsi ils ont réussi à mettre en place un système économique, poussé à l’extrême, au sein duquel l’ensemble des richesses sont mises en commun et sont ensuite redistribuées.

Les richesses proviennent essentiellement des ventes des produits de la ferme, des revenus des habitants travaillant à l’extérieur et des dons et legs. Les richesses mises en commun sont ensuite redistribuées aux habitants sous la forme d’« argent de poche » : environ 200 euros par mois et 900 euros par an par habitant pour un mois de vacance. La quasi-totalité des autres besoins étant déjà pris en charge par la communauté : la nourriture, un logement dans la grande ferme rénovée, les dépenses d’essence, les visites médicales et frais de santé, la facture téléphonique, l’université pour les enfants… Ainsi, grâce au système de collectivisation chaque habitant dispose d’un habitat, d’un cadre de vie, d’un confort et d’infrastructures qu’il serait difficile d’acquérir dans un cadre strictement individuel.


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Les décisions sont prises selon les principes du consensus, c’est à dire qu’il est nécessaire que l’ensemble des membres se soit mis d’accord avant qu’une décision soit validée. Plus précisément, il faut que personne ne s’oppose à la décision, sachant qu’il est possible de ne pas être d’accord mais d’accepter tout de même la décision vis-à-vis de l’intérêt collectif. Dans le cas d’une opposition, la proposition est repensée afin que chacun des membres y trouve son compte. Ce système semble donc plus abouti qu’un simple vote à la majorité, car par défaut, ce système laisse toujours une minorité insatisfaite. A Bagnaia, une réunion est organisée chaque semaine et rassemble l’ensemble des habitants autours des sujets du moment. Une réunion extraordinaire annuelle est tenue afin de discuter des grandes orientations comptables et des dépenses à prévoir le long de l’année à venir.

Les repas du midi et du soir pris collectivement, favorisent l’échange et le dialogue au quotidien. Chaque individu à un rôle à jouer dans la Comune, en tant que cuisinier, femme ou homme de ménage, gestionnaire… Les tâches s’effectuent à tour de rôle et selon les dispositions de chacun ; ainsi l’ensemble des habitants participe à la vie de la communauté.

Outre cette vie collective, la Comune de Bagnaia, c’est aussi un projet de recherche d’autonomie. Des panneaux solaires produisent tout au long de l’année plus d’énergie que ce que la ferme ne consomme. L’hiver, le bois coupé et récolté permet de chauffer la battisse. L’eau de pluie est recueillie dans un petit lac artificiel et utilisée pour irriguer les cultures. Une source offre aux habitants une eau potable. Outre la problématique énergétique, cette recherche d’autonomie tend aussi à satisfaire les besoins alimentaires de la communauté grâce à sa production agricole.


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Agriculture et autonomie alimentaire à Bagnaia

Dans un contexte Italien où l’auto-suffisance alimentaire ne semble pas une priorité, sachant que les supermarchés regorgent de nourriture bon marché, le projet de Bagnaia consiste à produire au maximum la nourriture qui est consommée sur place par les habitants. De ce fait ce système de production agricole s’inscrit dans le projet social de la Comune et la recherche d’autonomie. Ici, l’agriculture n’a pas pour objectif premier de générer un revenu, mais de produire un produit sain et de qualité tout au long de l’année. Cela bien évidemment afin de diminuer les dépenses alimentaires, mais surtout de rester au plus proche des valeurs de la communauté : respect de l’environnement et de l’homme ; cela leur permet notament de s’affranchir tant que possible du système de consommation de masse.

La Cooperative della Comune di Bagnaia est la structure officialisant l’existence de la ferme auprès des institutions. La ferme est une partie indépendante de la Comune di Bagnaia, sa comptabilité est gérée de telle sorte qu’elle soit toujours excédentaire. Le résultat économique provient de la vente des produits, essentiellement au voisinage et aux amis, mais aussi de la somme qu’attribue la Comune di Bagnaia à la coopérative correspondant à la valeur de l’autoconsommation. De ce fait le fonctionnement de la structure agricole est similaire à une ferme dite classique.

Dans une optique de recherche d’autonomie, les fondateurs de la Comune di Bagnaia, on choisit le lieu, notamment, en fonction de ses capacités de production. Aujourd’hui, la Comune di Bagnaia s’étant sur prêt de 80 hectares incluant 50 hectares de forêt. Les 30 hectares restant sont destinés à la culture des oliviers, de la vigne, des céréales, au maraîchage, aux arbres fruitiers, à la production de fourrage, à l’apiculture et à l’élevage.

La production agricole très diversifiées a été pensée dans l’objectif premier de répondre aux besoins alimentaires de l’ensemble des habitants. Grâce à une surface de maraîchage de 1,50 hectare, des légumes sont récoltés quasi-quotidiennement en fonction des besoins alimentaires. L’atelier d’élevage se cantonne essentiellement à  l’auto-consommation : 3 porcs, 4 taureau, 2 vache laitière, une vingtaine de lapin, des pigeons, des poules…

 

La production d’huile de d’olive, de vin et miel représente l’essentiel des excédents vendus. Grâce à cette production, les habitants de la Comune sont autonomes à 100 % en viande, en huile d’olive, en vin et en farine. La production légumière, ne permet pas une autonomie totale, notamment durant la saison hivernale.


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Cette importante diversité animale et végétale favorise une réelle complémentarité entre chacun des ateliers de la ferme. Le fumier composté est utilisé directement sur le lieu, afin d’enrichir la terre en matière organique pour le maraîchage. Les chaumes du blé fournissent la paille, l’herbe des verger le foin et les céréales les compléments alimentaires nécessaire au bien être des animaux. Un système complexe mais qui donne à la ferme de Bagnaia une forte autonomie.

L’autoconsommation de la majorité de la production implique la mise en place d’infrastructures collectives de petite échelle qui permettent la transformation et la conservation de la production agricole : cave, pressoirs, fromagerie, un local de transformation etc. Ainsi tout au long de l’année, il est possible de déguster midi et soir sur les tables de la salle à manger : l’huile d’olive, le vin rouge, la viande séchée ou transformée, le fromage, le pain et toutes sortes de légumes cuisinées.

Les tâches agricole sont réparties en fonction des capacités des habitants travaillant au sein de la coopérative. Aujourd’hui six personnes sont en charge du travail de la terre, comme il n’y a pas de hiérarchie, chacun apporte sa force de travail et de décision, afin de faire avancer le projet agricole collectivement. Chaque jour, la répartition des tâches s’organise naturellement. Chacun vaque à ses occupations : récolte, travail de la terre, désherbage ou encore soin des animaux, des abeilles etc., cela dans une optique de « travailler pour vivre mieux ! ». La majorité du « résultat » du travail de la terre est non économique mais visible de suite (ou presque) ; lors de la préparation des repas et dans les assiettes de chacun ; cela constitue une source de motivation très importante pour chacun des travailleurs. Une main d’œuvre importante est disponible occasionnellement et facilite les récoltes et la transformation de la production agricole.


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La Comune di Bagnaia est une expérience réussie qui va fêter ses 35 ans cette année, et qui ne cesse de bousculer les grands principes de notre société. Elle remet les relations humaines au cœur du quotidien : une vie collective intergénérationnelle, au sein duquel personne ne pensent à cotiser pour la retraite mais où chacun apporte à sa manière sa pierre à l’édifice. Un équilibre, un véritable système de solidarité universel au sein duquel chaque être humain, quelque soit son âge, ses capacités physiques ou mentales, à droit d’être. Une recherche d’autonomie poussée, qui prend tout son sens au travers le travail de la terre : produire avant tout pour nourrir les hommes et pour ne pas faire que« consommer », produire pour plus de liberté et pour être acteur de son quotidien. Un concept agricole, proche de celui de l’agriculture vivrière, notion souvent assimilée (à tord?) aux productions « des pays du Sud »… Sujet sur lequel nous reviendrons plus longuement très prochainement …

 

Ce très bon article a été publié sur le site En chemin vers la Terre (n'hésitez pas à vous y rendre pour plus d'informations)

et relayé par par le blog Ere éthique

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Commentaires : 1
  • #1

    twim (lundi, 28 juillet 2014 15:58)

    cette expérience rappelle ce qui a été fait au 19ème siècle, de manière radicale avec des villes autonomes, avec abolition totale de la sphère privée ; si nous avons appris quelque chose depuis, (et ces gens l'ont compris), c'est qu'il y a des limites à la communauté; autant qu'à l'individu
    merci d'avoir fait tourner l'article