mer.

03

sept.

2014

Eloge du Cardinal de Richelieu (I), par Henry Kissinger

nixon kissinger chili richelieu cardinal diplmatie diplomacy

Dans son oeuvre monumentale "Diplomacy", Henry Kissiger, rend hommage au Cardinal de Richelieu, à sa claivoyance et son génie tactique, détachés de toutes considérations morales.

Depuis la guerre de Trente ans jusqu'à aujourd'hui, en passant par le coup d'Etat contre Allende qu'Henri Kissinger, entre autres, fomenta, les relations internationales n'ont que faire des hommes et de leurs valeurs.

Un texte impressionant, glacial aussi.

 

                

             Peu d'hommes d'Etat peuvent se targuer d'avoir autant marqué l'Histoire. Richelieu fut le père de l'Etat moderne. Il vulgarisa la notion de raison d'Etat et l'appliqua avec persévérance au profit de son pays. Sous son égide, la raison d'Etat se substitua à la vieille notion médiévale de « valeurs morales universelles » comme principe opérant de la politique de la France. Dans un premier temps, il s'efforça d'empêcher les Habsbourg de dominer l'Europe, mais l'héritage qu'il laissait à ses successeurs poussa ceux-ci, pendant les deux siècles suivants, à tenter d'établir la primauté de la France en Europe. C'est à partir de l'échec de ces ambitions que s'affirma l'équilibre des forces, d'abord comme réalité, ensuite comme système réglant les relations internationales.

Richelieu entra en fonctions en 1624, au moment ou l'empereur du Saint Empire romain germanique, Ferdinand II, tentait de raviver l'universalité catholique, d'écraser le protestantisme et d'établir l'autorité impériale sur les princes d'Europe centrale. Ce mouvement, la Contre Réforme,aboutit à ce qu'on appela plus tard, la guerre de Trente ans, qui avait éclaté en Europe ne 1618 et devint l'un des conflits les plus inexpiables et les plus destructueurs de l'histoire de l'humanité.

En 1618, les territoires germanophones d'Europe centrale, appartenant pour la plupart au Saint Empire, se répartissaient en deux camps armés : les protestants et les catholiques.

 

 

Cette année-là jaillit l'étincelle qui mit le feu aux poudres, et bientôt l'Allemagne entière se trouva prise dans le conflit. Progressivement saignées à vblanc, ses principautés devinrent une proie facile pour les envahisseurs extérieurs. Les armées suédoise et danoise s'ouvrirent sans tarder un passage en Europe centrale, et l'armée française elle-même entra en lice.

 

Lorsqu'elle prit fin en 1648, la guerre laissait l'Europe centrale dévastée : l'Allemagne, par exemple, avait perdu près d'une tiers de sa population. Dans le contexte de ce conflit tragique, Richelieu greffa le principe de la raison d'Etat sur la politique étrangère de la France,  et les autres Etats européens l'adoptèrent au siècle suivant.

 

Prince de l'Eglise, Richelieu aurait dû voir d'un œil favorable les efforts de Ferdiand pour rétablir l'orthodoxie catholique. Mais le cardinal plaçait l'intérêt national de la France au dessus des enjeux religieux : c'est pourquoi il voyait dans la tentative des Habsbourg pour rétablir la religion catholique un danger géopolitique pour la sécurité de la France.

Pour lui, l'Autriche s'inquiétait moins de la religion qu'elle ne procédait à une manœuvre politique poir affirmer sa mainmise sur l'Europe centrale et réduire, ce faisant, la France à un rang de puissance secondaire.

 


france en 1600 richelieu habsbourg guerre trente ans
http://www.euratlas.net/history/europe/1600/fr_index.html

 

Les craintes de richelieu n'étaient pas sans fondement. Un simple coup d'oeil à la carte de l'Europe montre une France cernée par les territoires appartenant aux Habsbourg : l'Espagne au sud, les cités-Etats de l'Italie du Nord, en majorité soumises à l'Espagne, au sud-est, la Franche-Comté (l'actuelle région au dessus de Lyon et de la Savoie), également sous contrôle espagnol, à l'est, et les Pays-Bas espagnols au nord. La branche autrichienne des Habsbourg tenait les rares frontières que ne gourvernaient pas les Espagnols. Le duché de Lorraine était inféodé à l'Empereur du Saint Empire romain germanique, de même que les points stratégiques le long du Rhin, dans ce qui forme aujourd'hui l'Alsace. Si le nord de l'Allemagne devait lui aussi tomber sous la domination des Habsbourg, la France se retrouverait dans une position de faiblesse dangereuse devant le Saint Empire.

 

L'idée que l'Espagne et l'Autriche partageaient les convictions religieuses de la France n'atténuait nullement les inquiétudes de Richelieu. Et c'est bien la victoire de la Contre-Réforme qu'il voulait empêcher. Poursuivant ce qu'on appellerait aujourd'hui un intérêt national de sécurité et qu'on dénomma alors – pour première fois – raison d'Etat, Richelieu n'hésiterait pas à se ranger aux côtés des princes protestants pour exploiter le schisme qui divisait l'Eglise universelle.

 

 

 

 

S'ils avaient observé les mêmes règles du jeu ou compris le monde que créait la raison d'Etat, les Habsbourg auraient vu qu'ils se trouvaient en position avantageuse pour mettre en place ce que Richelieu craignait par dessus tout : une Autriche prépondérante et un Saint Empire romain germanique qui s'affirmait comme la puissance dominante du continent.

Pendant des siècles toutefois, les ennemis des Habsbourg tirèrent profit de la rigidité d'une dynastie qui ne sut jamais s'adapter aux nécessités tactiques ni comprendre les orientations qui se dessinaient. Les souverains Habsbourg étaient des gens de principes. Ils ne transigeaient jamais avec leurs convictions, sauf dans la défaite. Dès le début de cette Odysée politique, ils se retrouvèrent donc sans défense contre les intrigues de l’implacable Cardinal.

 

richelieu la rochelle siège guerre trente ans kissinger

 

L'empereur Ferdinand II, antithèse de Richelieu, ignorait très probablement tout de la raison d'Etat. En aurait-il entendu parler qu'il aurait crié au blasphème : sa mission séculière consistait, à ses yeux, à accomplir la volonté divine, et il insistait toujours sur le qualificatif de « saint » qui s'attachait à sa fonction impériale. Jamais il n'aurait admis que les desseins divins pussent être accomplis par des moyens non moraux. Jamais il ne lui serait venu à l'idée de conclure des traités avec les Suédois protestants ou les Turcs musulmans, quand le Cardinal n'avait cure de cette retenue. Le conseiller de Ferdinand, le jésuite Lamormaini, résumait ainsi l'attitude de l'empereur :

 

La politique erronée et corrompue qui est très répandue en ce temps, lui, dans sa sagesse, la condamna d'emblée. Il tenait qu'on ne pouvait traiter avec ceux qui suivaient cette politique, car ils pratiquaient le mensonge et usaient abusivement de Dieu et de la religion. Ce serait folie que vouloir consolider un royaume, accordé par Dieu seul, par des recours que Dieu exècre.

 

En matière de négociations, un souverain attaché à des valeurs aussi absolues se trouvait dans l'impossibilité de transiger, encore moins de manœuvrer. En 1596, encore archiduc, Ferdinand déclarait : « Plutôt mourir que de faire la moindre concession aux membres des sectes lorsqu'il s'agit de religion. » Il tint parole, et le fit au détriment de son empire.

 

 

Comme il s'inquiétait moins du bien-être de celui-ci que d'obéir à la volonté divine, il estimait de son devoir d'écraser le protestantisme, alors qu'un accommodement quelconque avec lui aurait infiniment mieux servi ses intérêts. On le qualifierait aujourd'hui de fanatique. Les admonestations d'un conseiller impérial, Castor Scioppus, mettent en évidence les conviction de l'empereur : «  Malheur au roi qui reste sourd à la voix de Dieu le pressant de tuer les hérétiques ! Tu ne dois pas faire la guerre pour toi, mais pour Dieu ( Bellum non tuum, sed Dei esse statuas) ».

Pour Ferdinand, l'Etat n'existait que pour servir la religion, et non l'inverse : « Dans les afafires de l'Etat, qui son si importantes pour notre sainte confession, on ne peut pas toujoursprendre en compte les considérations humaines ; il faut au contraire n'espérer qu'en Dieu […] et ne mettre sa confiance qu'en Lui. »

Richelieu considérait la foi de Ferdinand comme un problème stratégique. Bien que religieux par nature, il considérait sa responsabilité de ministre sous un angle entièrement séculier. Peut-être Richelieu cherchait-il personnelement le salut, mais celui-ci n'avait aucune raison d'être pour l'homme d'Etat. « L'Homme est immortel, son salut est dans l'autre vie, déclara-t-il un jour. L'Etat n'a pas d'immortalité, son salut est maintenant ou jamais. » En d'autres termes, les Etats ne tirent aucun mérite de leur action, ni dans ce monde ni dans l'autre, parce qu'ils font ce qui est bien ; leur seule récompense est d'être assez forts pour faire ce qu'il faut.

 


richelieu louis XIII guerre de trente ans kissinger diplomatie
Richelieu présente Nicolas Poussin à Louis XIII

 

Richelieu ne se serait jamais pardonné de laisser échapper l'occasion qui se présenta à Ferdinand en 1639, onzième année de guerre. Les princes protestants se dirent prêts à accepter la prépondérance politique des Habsbourg, à condition qu'on les laisse libres de professer la religion de leur choix et de conserver les terres de l'Eglise dont ils s'étaient emparés pendant la Réforme. Mais Ferdinand n'entendait pas subordonner sa mission religieuse à se besoins politiques. Refusant ce qui aurait constitué un superbe succès et une garantie pour son empire, résolu à écraser l'hérésie protestante, il promulga l'édit de Restitution, qui obligeait les princes protestants à rendre les terres prises à l'Eglise depuis 1555.

 

Ce fut le triomphe du zèle sur l'efficacité, un exemple classique de cas où la foi prévaut sur les calculs d'intérêt politique. Cet édit garantissait une guerre à outrance. Saisissant sa chance, Richelieu décida de prolonger la guerre jusqu'à ce que l'Europe centrale soit saignée à blanc. Il ne s'embarrassa pas davantage de scrupules religieux en matière de politique intérieure. La paix d'Alais de 1629 octroya aux protestants français la liberté de culte, cette liberté précisément que l'empereur refusait d'accorder aux princes allemands, quitte à se battre. Ayant mis son pays à l'abri des troubles intérieurs qui déchiraient l'Europe centrale, le cardinal entreprit d'exploiter le zèle religieux de Ferdinand pour servir les objectifs de la France.


 

suite et fin prochainement

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Roméo star (lundi, 08 septembre 2014 17:54)

    quel terrifiant personnage, mais ce livre est absolument génial. La France n'y tient cependant pas un rôle très glorieux, sinon grâce à Richelieu. Napoléon III par exemple, y est ridiculisé, certainement à juste titre. C'est une apologie de l'Angleterre toutefois, de Metternich et de Bismark.
    A lire !!!

  • #2

    Christine dax (jeudi, 23 juillet 2015 20:31)

    pour une fois que quelque reconnais la grandeur de cette hommes qui a temps été si critique car très mal connus car pour beaucoup de nos contemporain il le connais que a travers les roman et les film qui le montre comme un méchant homme , mais pour temps qui a temps fait pour son pays enfin je suis peut être pas très objective car ses une très grande passion que j ai pour cette hommes