jeu.

04

sept.

2014

La scission du PS aura-t-elle lieu ?

Il suffit parfois d’un instant pour que tout s’éclaircisse. Un évènement permettant de comprendre immédiatement une situation. La remise de la lettre de démission de son gouvernement par le 1er ministre Manuel Valls au Président François Hollande est de ceux-là. Certes, nous savions depuis belle lurette que le PS n’avait plus grand-chose de socialiste. Mitterrand, Delors, Fabius et leur tournant de la rigueur étaient passés par là. Avant que Lionel Jospin et François Hollande ne parachèvent la conversion du PS au néolibéralisme.

Mais ils avaient jusqu'à présent toujours essayé de se parer de cache-sexes destinés à masquer l’évidence. Mitterand s’était fait élire en 1981 sur un véritable programme de gauche avant de débuter son mandat par des mesures dans la continuité. Puis il nous avait vendu en 1988 l’Europe sociale, à l’époque où les Français y croyaient encore. Lionel Jospin avait sorti les 35 heures pour faire oublier aux Français les privatisations (France Telecom, Thomson, Air France…) et les traités européens d’Amsterdam et de Nice.

 

Pour François Hollande, la caution de gauche se nommait Arnaud Montebourg. Malgré tous ses défauts notamment son inconstance et son opportunisme, l’ancien Président du Conseil Général de Saône-et-Loire restait le chantre de la démondialisation, qu’il avait parfaitement défendue lors de la primaire socialiste. Certes, ces idées s’étaient délavées lors de son passage dans la machine à laver du gouvernement socialiste, mais il en restait une illusion, une nostalgie à laquelle les hommes et les femmes de gauche avaient encore envie de croire.

 

Parfois cette braise qui s’éteignait lentement se ravivait. Il s’opposait à Mittal qui considérait l’économie comme un vaste Monopoly. Il critiquait Bruxelles et la BCE. Alors on faisait semblant d’y croire. Un peu comme des enfants ne croyant plus au Père Noël mais feignant d’y croire tout de même pour retrouver la magie de Noël. C’était maigre mais l’actualité politique ne nous donnait pas grand-chose à se mettre sous la dent, à partir du moment où l’on s’était convaincu que la farce « François Hollande » donnait plus à pleurer qu’à rire.

 

 

Mais voilà, il aura suffit d’un maigre baroud d’honneur de Montebourg et de son nouvel allié Hamon pour que les évènements s’accélèrent. Demandant vaguement à François Hollande de s’opposer à la folle politique austéritaire de Merkel et de l’Allemagne, Montebourg  s’est attiré les foudres de Matignon. Hamon y étant également allé de sa petite phrase demandant un réajustement en faveur de la politique de la demande, les deux compères se sont vus expulsés du gouvernement.

Un homme qui annonce : « Il faut encore baisser le coût du travail », «il n’y a pas que les impôts et les cotisations sociales qui pèsent sur notre économie » ou « nous vivons au-dessus de nos moyens depuis 40 ans » (alors que nous n’avons jamais été aussi riches) n’a rien de socialiste. Il n’en est que le fossoyeur.

La fumisterie ne s’est pas arrêtée là, puisque la provocation est allée jusqu’à remplacer Montebourg par Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaire chez Rotschild. Le signe de soumission au monde de la finance ne pouvait pas être plus clair. Et si cela n’était pas suffisant, Manuel Valls est ensuite allé parader à l’Université d’été du MEDEF, où il s’est fait acclamer. Un socialiste acclamé par les grands patrons français ? Au XIXème siècle, cela aurait été inimaginable. Aujourd’hui cela semble logique.

 

 

Mais ne nous y trompons pas un homme qui annonce : « Il faut encore baisser le coût du travail », «il n’y a pas que les impôts et les cotisations sociales qui pèsent sur notre économie » ou « nous vivons au-dessus de nos moyens depuis 40 ans » (alors que nous n’avons jamais été aussi riches) n’a rien de socialiste. Il n’en est que le fossoyeur.

 

Le point positif de cette prise de pouvoir de l’aile-droite du PS, c'est-à-dire sa frange néolibérale, est qu’elle permet de faire tomber les masques et de rendre la situation plus lisible. La stratégie Valls, visant à faire baisser les impôts et le coût du travail en espérant que nos exportations tireront notre économie ne fonctionnera pas. Tout d’abord parce qu’une dévaluation sera toujours plus efficace qu’une déflation salariale. Ensuite parce que la consommation intérieure qui est la principale force motrice de notre croissance économique ne pourra que s’effondrer avec des salaires qui baissent et des transferts d’impôts qui ne manqueront pas de s’effectuer des entreprises vers les ménages.

 

La stratégie Valls sera donc un échec. Ses protagonistes rejoindront alors les tréfonds de l’Histoire. Cette dernière ne retiendra leurs noms que comme exemple d’un échec lamentable et d’un aveuglement coupable.

 

Le discrédit de l’aile néolibérale du PS, dont les prémices s’observent déjà avec le record d’impopularité du Président Hollande à qui seuls 13 % des Français continuent à faire confiance, devrait permettre de faire naître une véritable opposition au sein du PS. Nous n’osons dire scission.

 

Si le duo Montebourg-Hamon se décidait à regarder sur sa gauche, il verrait l’immense potentiel d’une force qui ne demande à prendre forme. Une vaste union allant de l’aile gauche du PS jusqu’à l’aile gauche du Front de Gauche. De gauche à gauche. Une gauche. La Gauche. La seule qui paraisse en mesure de contrer l’irrésistible ascension d’un Front National sans autre concurrence

 


Theux

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Commentaires : 4
  • #1

    Horror (vendredi, 05 septembre 2014 09:19)

    Que vont faire les "sans dents" de Gauche?

  • #2

    Guadet (vendredi, 05 septembre 2014 10:55)

    L'échec Valls-Hollande pourrait mener à l'émergence d'un PS affichant une coloration plus à gauche, peut-être même englobant Mélenchon. Mais mettrait-il vraiment en œuvre une politique très différente ? L'article de François Ruffin semble prouver le contraire : nous avons vu Montebourg à l'œuvre. Et le cœur de l'électorat du PS restera le bobo qui méprise les classes les plus défavorisées.

  • #3

    romuald (vendredi, 05 septembre 2014 12:06)

    c'est génial, quand même, cette histoire de 'sans dents"...

  • #4

    Guadet (samedi, 06 septembre 2014 10:12)

    Pour qu'une scission ait lieu, il faudrait que les Frondeurs votent contre la confiance au gouvernement. Ils risquent ainsi une dissolution et de se retrouver devant des électeurs qui auront peu envie de voter pour un PS ou ex PS. J'ai peur qu'ils préfèrent s'accrocher à leur siège de député.