jeu.

11

sept.

2014

Ecosse : un référendum pour l’histoire

Les Highlands
Les Highlands

Evoquer l’Ecosse correspond à plonger dans un univers particulier et difficilement descriptible. Un pays mystérieux et contrasté. D’un côté les Highlands sauvages, avec ses falaises abruptes et ses collines parsemées de lacs et de châteaux. De l’autre Les Lowlands marqués par la révolution industrielle. Mais même au sein de ces basses terres on retrouve une opposition entre Glasgow, capitale économique de l’Ecosse, et Edimbourg, capitale administrative. Aujourd’hui, un nouveau débat déchire l’Ecosse. Il s’agit de décider si le pays doit devenir indépendant du Royaume-Uni. S’affranchir de l’Angleterre, un rêve historique des Ecossais. Et pourtant le choix n’est pas si simple. Explications.

« Aujourd’hui, un nouveau débat déchire l’Ecosse. Il s’agit de décider si le pays doit devenir indépendant du Royaume-Uni. S’affranchir de l’Angleterre, un rêve historique des Ecossais.»

Glasgow
Glasgow

«Les volontés sécessionnistes viennent très souvent des régions riches qui veulent se séparer des régions pauvres. »

Le 1er réflexe lorsqu’on analyse la volonté sécessionniste de l’Ecosse est d’y voir le début de l’éclatement des Etats-Nations. En effet, la taille modeste de ces régions nouvellement indépendantes les inciterait à adopter des politiques de « passager clandestin » en utilisant par exemple le dumping fiscal pour attirer des entreprises étrangères. Dans le cas de l’Ecosse, on pourrait ainsi aisément imaginer que ce pays copie la politique de son voisin irlandais.

 

Il est clair que ce type de comportements serait un recul profond pour le bien-être de l’humanité puisque nous risquerions d’assister à un accroissement encore plus violent de la concurrence entre les Etats pour attirer des entreprises. En résumé, il s’agirait des dérives de la concurrence territoriale avec comme variables d’ajustement : la fiscalité, les salaires, le droit du travail, la protection sociale et la protection environnementale.

 

Si un tel système est conforme aux volontés des multinationales, qui ne rêvent que de voir le pouvoir économique supplanter le pouvoir politique, sa pertinence peut être largement mise en doute. Car si cette logique d’abaissement salarial global est poussée jusqu’au bout, il est évident que l’on assistera à une baisse de la consommation mondiale qui impliquera alors immanquablement une baisse de l’investissement et donc de la croissance économique mondiale. Sans même évoquer les baisses de pouvoir d’achat consécutives à des baisses de fiscalité qui ne permettront pas de maintenir des services publics de qualité.

 

L’autre impact majeur que l’on peut relever est que les volontés sécessionnistes viennent très souvent des régions riches qui veulent se séparer des régions pauvres. On pense notamment aux Flandres par rapport à la Wallonie, au Pays-Basque et à la Catalogne par rapport à l’Espagne ou au Nord de l’Italie par rapport au Mezzogiorno. Ces stratégies sont en parfait accord avec le néolibéralisme et sa volonté d’accumulation capitalistique. Le but est d’accumuler des richesses sur les régions riches et de ne surtout pas les « gaspiller » avec des politiques de solidarité territoriale. Au passage, c’est exactement la même logique qui a conduit François Hollande, sous les judicieux « conseils » de Bruxelles, à mettre en place son plan aboutissant à la fusion des régions françaises.

 

Pour en revenir au cas de l’Ecosse, la différence de richesse est moins évidente. Certes le PIB par habitant de l’Ecosse est supérieur (39 642 $) à celui du Royaume-Uni (35 671 $), mais une étude de Natixis nous indique que la part du PIB écossais dans le PIB du Royaume-Uni (7,7 % en 2012) décline depuis une dizaine d’années. Ces chiffres sont cependant à relativiser en raison des fluctuations du secteur pétrolier, dont l’économie écossaise est fortement dépendante. En effet, les réserves  pétrolières dont dispose l’Ecosse en mer du nord constituent l’un des éléments clés de son économie. Cependant, on s’aperçoit que la baisse de la part du PIB de l’Ecosse au sein du PIB du Royaume-Uni, est loin d’être liée uniquement à l’évolution du prix du baril brut de pétrole. 

Pour l’Ecosse, il semblerait donc que la thèse de la région riche souhaitant se séparer des régions plus pauvres ne tienne pas réellement, d’autant plus que la durée de vie des réserves de pétrole en mer du nord ne semble pas pouvoir dépasser les 30 ou 40 prochaines années. Les raisons de l’indépendance écossaise sont donc à chercher ailleurs.

 

Le terrain en question est naturellement celui de la politique, ce qui revient à penser que la politique menée par Londres ne convient pas à l’Ecosse. Pour bien comprendre le paysage politique du Royaume-Uni, il importe de comprendre que le fief du Parti Travailliste, théoriquement à gauche, se situe en Ecosse. En effet depuis 1979, le parti travailliste écossais est arrivé en tête de toutes les élections nationales et européennes ainsi qu’aux deux premières élections au Parlement écossais. En 2007, il a été devancé par le Parti national écossais (indépendantiste) aux élections du Parlement. Inutile de préciser que le Parti national écossais se situe également à gauche.

 

La véritable émergence du Parti national écossais (SNP) date de 1974. Cette date correspond certes à la forte crise des industries qui avaient assuré le développement de l’Ecosse et notamment de Glasgow mais la crise de la sidérurgie et des industries extractives avait déjà commencé à la fin des années 50. En réalité, la soudaine émergence du SNP est certainement plus à rapprocher de l’incapacité des partis conservateur et travailliste à sortir l’Ecosse de la crise.

 

 La donnée qui change tout est certainement la découverte du pétrole dans la mer du nord au début des années 70. Aberdeen gagne le surnom de « capitale pétrolière de l’Europe » et les Ecossais commencent à remettre en cause la gestion de la rente pétrolière par Londres.

Le mandat du Premier Ministre conservateur Edward Heath n’arrange rien. Son programme consiste à réduire le rôle de l’Etat, à limiter le pouvoir des syndicats et à diminuer les dépenses publiques. Cependant tout ne  se déroule pas comme il le prévoyait. Face aux difficultés du producteur de moteurs à réaction Rolls Royce, il doit se résoudre à aider le constructeur pour sauver les intérêts de la défense et les intérêts internationaux de la Grande-Bretagne. Il engage également l’Etat dans la restructuration du chantier naval Upper Clyde Shipbuilders de Glasgow. Dans le même temps, il procède à la libéralisation du crédit ainsi qu’à des baisses d’impôts directs.

 

Mais ces initiatives keynésiennes ne peuvent masquer ses penchants néolibéraux. Pour contrer la forte inflation que rencontre le pays, Edward Health décide de limiter les hausses des salaires des mineurs employés par l’Etat. Ces derniers répondent à raison que cette mesure correspond à une perte de pouvoir d’achat et engage un bras de fer avec le gouvernement qui aboutira à la chute de ce dernier et aux élections de 1974 avec le résultat que l’on sait.

« Grâce à l’Ecosse. Et à son ADN résolument à gauche. »


Le port d'Aberdeen
Le port d'Aberdeen

« Aberdeen gagne le surnom de « capitale pétrolière de l’Europe » et les Ecossais commencent à remettre en cause la gestion de la rente pétrolière par Londres.»

Depuis l’histoire de l’Ecosse a suivi son cours avec notamment l’instauration d’un parlement écossais en 1998 et la tenue d’un référendum relatif à l’indépendance de l’Ecosse qui aura lieu le 18 septembre prochain. Voter non reviendrait à choisir le statu quo, c'est-à-dire à poursuivre la politique néolibérale du Royaume-Uni.

 

Voter oui ouvre tous les champs des possibles. Le pire scénario consisterait à suivre le modèle irlandais en pratiquant une politique de dumping social, à adopter une politique favorable aux banques, à rester dans le carcan de l’UE et à confier sa politique monétaire à la BoE, comme le déconseille vivement Paul Krugman. Dans un tel cas, voter oui n’aura servi qu’à affaiblir un état-nation. Le bilan serait alors complètement négatif.

Mais voter oui pourrait aussi permettre, comme l’explique Keith Dixon, d’incarner une autre voie. De poursuivre les bonnes initiatives du premier ministre écossais, Alex Salmond, qui a refusé la privatisation des prisons, l’introduction de droits d’inscription dans les universités écossaises et a assuré un meilleur niveau de protection sociale des personnes âgées en Ecosse que dans le reste du Royaume. Voter oui soulèverait alors un magnifique élan d’enthousiasme en Europe. Une Europe qui pourrait enfin commencer à dire « non à l’austérité, non au néolibéralisme ». Grâce à l’Ecosse. Et à son ADN résolument à gauche.

 

 

Theux


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Commentaires : 2
  • #1

    rémi (vendredi, 12 septembre 2014 12:13)

    Surtout, à mon avis le Royaume-Uni se trouverait durablement affaibli politiquement, car démographiquement et énergétiquement plus faible.
    Vis à vis de l'Europe, de la France et de l'Allemagne, c'est capital

  • #2

    Antoine Lamnège (vendredi, 19 septembre 2014 20:53)

    C'est raté pour cette fois...