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2014

Vers une "dislocation démographique" en zone euro (Pierre Sabatier)

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Pierre Sabatier, économiste, spécialiste de la finance, a ceci de spécial qu'il s'intéresse tout particulièrement aux facteurs démographiques de la croissance et à l'impact de celle-ci sur les politiques économiques nationales. Son constat est clair : il faut faire des enfants !

 

Les situations japonnaises, allemandes, espagnoles ou italiennes dramatiques, ont ou auront des répercussions spectaculaires sur leur avenir proche. Concernant le mastodonte européen, l'Allemagne, le vieillissement accéléré de sa population pèse déjà et pèsera plus lourd encore, dès les 10 prochaines années, sur les choix politiques de l'Union, face à une France plus jeune et aux intérêts divergents.

 

Article paru le 4 Septembre 2014, sur le site des éconoclastes

 

 

 

             La rentrée européenne a sonné. Et ne se présente pas sous les meilleurs auspices au regard des derniers indicateurs qui ont ravivé les craintes de déflation en zone euro.  Malgré les efforts de Mario Draghi qui a orchestré une nouvelle baisse des taux cet été, la crise de la zone euro fait sa réapparition sur le devant de la scène (cf la couverture du The Economist du 30 août au 5 septembre «That sinking feeling (again) » – comprenez : « Ce sentiment de naufrage (encore) »). L’Europe pourra-t-elle compter sur la coopération historique du couple franco-allemand pour éviter de chavirer ?

Entre les deux grandes zones économiques du Vieux Continent, un dialogue constructif semble de plus en plus difficile à instaurer. Faut-il y voir une différence culturelle ou politique entre les deux pays jouxtant le Rhin ? Pas uniquement selon nous. Ces difficultés de plus en plus fréquentes sont également le fruit d’une divergence dans la structure démographique des deux populations.

En effet, il faut savoir que l’Allemagne n’a pas un temps d’avance sur la France  qu’en ce qui concerne la richesse créée ou les exportations : elle tient également la corde sur le sujet du vieillissement de sa population. La hausse de l’âge médian dès les années 2000 (passé de moins de 40 ans en 2000 à plus de 44 ans en 2010) explique ainsi le train de réformes mis en place par la première économie européenne avant tout le monde… En réalité, l’augmentation naturelle du besoin de dépenses publiques liée au vieillissement de la population allemande (santé, retraite) rendait insoutenable le modèle de société du pays dès 2005. La France n’a pour le moment pas eu à subir une telle accélération de son vieillissement, ce qui explique la relative résilience de son modèle de développement jusque-là.

Le pire est toutefois à venir en termes de dislocation de la zone euro sur le plan de la démographie : d’ici 2030, 6 années sépareront l’âge médian de la France (avec 42 ans) de celui de l’Allemagne, de l’Italie et même de l’Espagne (avec respectivement 49 ans, 50 ans et 48 ans).


démographie europe france allemagne prévisions 2030 2050
sources : PrimeView

 

Or une population « vieille » est une population naturellement averse au risque et rentière (à savoir qu’elle comprend en son sein une cohorte de séniors inactifs importante), dont l’ennemi numéro un est l’inflation (qui détruit la rente et redistribue les cartes au profit des producteurs). En conséquence, ce type de population privilégie naturellement une monnaie forte, arme réputée être la plus efficace pour étouffer l’inflation. L’expérience japonaise de ces 15 dernières années conforte d’ailleurs ce constat relativement intuitif. Une population plus jeune doit quant à elle rester productrice : elle « aime » naturellement l’inflation car elle allège la dette nécessaire à l’investissement, préalable indispensable à la production.

 

Ce type de population milite pour une monnaie faible, permettant de rester compétitif à l’échelle internationale.

Dans ces conditions, on comprend aisément pourquoi la dislocation en termes d’âge entre la France d’un côté, et l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne de l’autre provoquera des tensions de plus en plus forte au sujet de la politique monétaire à suivre pour la zone euro… cela ne facilitera évidemment pas la tâche de la Banque Centrale Européenne, qui doit se préparer à de sérieux remous dans les années à venir.


 

Pierre Sabatier

A lire ici : les éconoclastes

 

 

Pour aller plus loin : voyez cette conférence de Pierre Sabatier (22 minutes), dans laquelle il analyse les défis démographiques auxquels seront bientôt confrontés de nombreux pays, en particulier le Japon et l'Allemagne.

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Commentaires : 3
  • #1

    arpagio1 (dimanche, 14 septembre 2014 18:37)

    J'ai vu ce monsieur plusieurs fois à bfm et il est très intéressant ; il parle beaucoup de rapports de force entre état sur longue période, et cette vidéo l'illustre encore une fois.
    Et puis, son message est optimiste du fait qu'en France, on fait des enfants !

  • #2

    Fran (dimanche, 14 septembre 2014 21:50)

    Heureusement, notre bon gouvernement veille et fait tout ce qu'il peut pour dissuader les Français de continuer à faire des enfants:
    - maintien et aggravation du plafonnement du quotient familial
    - diminution de l'indemnisation du congé parental
    - nouveaux rythmes scolaires (et problèmes de gardes et surtout modifications constantes des horaires qui terrifient les parents)
    - suppression de bourses / programmes de prévention (cf MT dents)
    - suppression des cotisations familiales patronales (et donc fin de la pérennité des aides à la famille qui pourront fluctuer brutalement, voir point suivant)
    - exigences d'économies immédiates sur la CAF
    Plus généralement, il entretient l' incertitudela plus totale sur les aides que les parents peuvent attendre pour élever leurs enfants et les conditions dans lesquelles ils peuvent aller travailler l'esprit libre dans la journée. Or la certitude de pouvoir compter sur les allocations familiales et sur l'école n'était pas pour rien dans le taux de natalité français...
    Il a commencé à baisser légèrement cette année, vous verrez l'an prochain : ce sont les 2ème et surtout 3ème enfants auxquels les parents vont renonver qui manqueront bientôt à notre taux de natalité.

  • #3

    dolmx (mercredi, 17 septembre 2014 15:35)

    Bonjour,

    Oui, bien. Me A. Sauvy en parlait déjà. Mais cela répond à des problématiques de l'ordre de 50 ans.

    A partir d'un certain moment, il faudra avoir une approche tienne compte du fait que nous sommes sur un caillou "fini", "limité".
    Alors gagnons du temps, et travaillons la dessus. Non?

    Cdt.