mer.

24

sept.

2014

XIXème siècle : le siècle de tous les changements

Mines à Saint-Etienne
Mines à Saint-Etienne

Le 19ème siècle est le siècle de tous les changements. Changement politique dans la lignée de la Révolution Française. Changement économique avec la survenance de la Révolution Industrielle en Angleterre. Rien ne sera plus jamais comme avant. Le monde de l’ancien régime se retrouve balayé. L’aristocratie et le clergé sont désormais acculés par une bourgeoisie triomphante.

 

Les paysages changent. Les campagnes verdoyantes sont envahies pars des usines, des canaux, des installations minières, des fabriques, ou des entrepôts. Les paysans migrent pour aller travailler dans ces usines et se retrouvent logés dans des quartiers misérables. Ils deviennent des ouvriers, qui ignorent encore leur condition de prolétaires. En un siècle le classement des plus grandes villes françaises est également bouleversé.

Saint-Etienne 23ème ville française en 1793, prend la 8ème place en 1901. Le Havre passe de la 31ème place à la 10ème. Roubaix de la 41ème à la 11ème. A l’inverse des villes plongent dans le classement. Rouen passe de la 5ème à la 12ème place, Orléans de la 9ème à la 29ème place, Caen de la 14ème à la 38ème place.

 

En un siècle, les cartes sont totalement redistribuées. Nous nous sommes efforcés de comprendre les principales raisons de ces mutations, qui sont bien évidement largement liées aux évolutions de la révolution industrielle.

 

Le premier constat qu’il importe d’effectuer lorsqu’on essaye d’analyser le 19ème siècle est qu’il s’agit d’un siècle d’explosion des échanges. L’invention de la machine à vapeur permet à l’industrie de produire plus en moins de temps c’est à dire de générer des gains de productivité énormes. Dans le même temps l’invention des bateaux à vapeur, de la locomotive à vapeur et le développement du rail permettent de rapprocher les villes entre-elles.

 

Les ports connaissent donc naturellement des développements importants. Il n’est donc pas étonnant de voir fortement progresser la population des principales villes portuaires françaises entre 1793 et 1901. Saint-Nazaire effectue un bond de + 959 %, Le Havre de + 531 %, Toulon de +435 %, Marseille de + 353 % et Brest de + 249 %.

 

La ressource d’énergie nécessaire au fonctionnement des machines à vapeur occupe également une importance prépondérante. Les mines de houille et de charbon sont exploitées et favorisent le développement de sites industriels à proximité. On pense naturellement au bassin houiller de la Loire qui fournissait 40 % de la production nationale dans les années 1820-1830. Saint-Etienne, sa ville principale, en profita activement puisque sa population augmenta de + 486 % entre 1793 et 1901. Sans compter les progressions des villes de sa banlieue telles que Firminy (+ 1037 %) ou Rive-de-Gier (+ 398 %). La proximité des bassins houillers de la région stéphanoise, facilita l’installation de l’industrie métallurgique dans la capitale du Forez.

Musée d'art et d'industrie de Roubaix
Musée d'art et d'industrie de Roubaix

Les autres fortes progressions de la population des villes sont bien souvent liées au fort développement d’une industrie locale. Les aciéries du Creusot permettent à cette ville de voir sa population être multipliée plus de 18 fois. L’industrie textile, bien secondée dans un second temps par les industries chimiques et mécaniques, permettent à la ville de Mulhouse d’être comparée à Manchester, berceau de la révolution industrielle. Pas étonnant lorsque l'on constate que sa population fut multipliée par 14 en un siècle.

 

Roubaix connaît également le même type de développement puisque sa population progresse de + 1264 % en un siècle. Constitue. Ce développement est à mettre en relation avec le fait que cette ville soit devenue un centre majeur de l’industrie du textile au point d’abriter la bourse de la laine.

 

De nombreuses villes embrassent un destin similaire. Montluçon, grâce à la proximité des mines de charbon de Commentry, se développe grâce à ses industries sidérurgiques, chimiques ou métallurgiques. Entre 1793 et 1901, la population de Montluçon passe de 5 521 habitants à plus de 38 000. Commentry devient une ville champignon puisque sa population passe de 600 habitants à plus de 12 000 au cours du 19ème siècle.

 

Roanne, qui devient la 3ème région cotonnière de France, passe de 8 500 habitants en 1793 à 34 900 en 1901. Limoges, berceau de la porcelaine, mais également grâce à l’industrie du cuir et du textile, voit sa population quadrupler au cours du 19ème siècle pour s’établir à 84 121 en 1901.

 

Mais ces forts développements démographiques ne sont pas toujours liés directement à la révolution industrielle mais plutôt à ses effets collatéraux. Ainsi les progressions de Cannes (+ 1066 %) et de Nice (+ 336 %) s’expliquent largement par l’explosion du tourisme. En effet, les élites aristocratiques et bourgeoises émettent le souhait d’installer leurs résidences secondaires dans des stations climatiques et balnéaires. En effet, la dégradation des conditions de vie dans les villes de la révolution industrielle poussent les médecins à prescrire à leur patientèle aisée des séjours dans des lieux où le climat et l’air offrent une meilleure qualité de vie.

Site industriel du Creusot
Site industriel du Creusot

Lyon et Paris, les deux plus grandes villes françaises profitent de la révolution industrielle pour se développer. Lyon, capitale de la soie, se développe et continue à être l’une des places fortes de l’industrie française. Sa population passe de  102 167 à 459 099 habitants entre 1793 et 1901 soit une progression de + 349 %. Grâce à cette progression, elle dépasse Bordeaux et monte sur le podium des plus grandes villes françaises.

 

Paris, principal centre industriel français, enregistre également une forte progression ( +324 %) de sa population entre 1793 et 1901  Sans même évoquer sa banlieue puisque des villes comme Boulogne-Billancourt ou Saint-Denis passent respectivement de 3 600 à 44 416 habitants et de 5642 à 60 608 habitants durant la même période.

Retrouvez le classement des villes par augmentation de la population ( en %) au cours du XIXème siècle (1793-1901)

 

Légende :

Ville = nom de la ville

1793 = population de la ville en 1793

1901 = population de la ville en 1901

Evolution = taux de croissance de la population de la ville entre 1793 et 1901

2011 = population de la ville en 2011

Classement 1793 = classement de la ville en 1793 en nombre d'habitants parmi les villes considérées dans ce tableau

Classement 1901 = classement de la ville en 1901 en nombre d'habitants parmi les villes considérées dans ce tableau

 

Ville

1793

1901

Evolution

2011

Class. 1793

Class. 1901

Le Creusot

1 584

30 584

1831%

22 620

54

49

Mulhouse

6 018

94 498

1470%

110 351

48

17

Roubaix

9 120

124 365

1264%

94 186

41

11

Boulogne-Billancourt

3 600

44 416

1134%

116 220

51

39

Cannes

2 626

30 620

1066%

72 607

53

48

Saint-Denis

5 642

60 808

978%

107 762

49

31

St-Nazaire

3 381

35 813

959%

67 097

52

43

Calais

6 549

59 743

812%

72 915

47

32

Montluçon

5 521

35 062

535%

38 166

50

44

Le Havre

20 620

130 196

531%

174 156

31

10

Saint-Étienne

25 000

146 559

486%

170 049

23

8

Toulon

19 000

101 602

435%

163 974

33

16

Marseille

108 374

491 161

353%

850 636

2

2

Lyon

102 167

459 099

349%

491 268

4

3

Nice

24 117

105 109

336%

344 064

25

14

Paris

640 504

2 714 068

324%

2 249 975

1

1

Béziers

12 501

52 310

318%

71 432

38

35

Roanne

8 500

34 901

311%

36 147

43

45

Limoges

20 864

84 121

303%

137 758

29

20

Perpignan

9 134

36 157

296%

118 238

40

42

Pau

8 756

34 268

291%

79 798

42

46

Nancy

29 151

102 559

252%

105 382

20

15

Brest

24 180

84 284

249%

140 547

24

19

Dijon

20 760

71 326

244%

151 672

30

25

Grenoble

20 019

68 615

243%

157 424

32

27

Le Mans

18 855

63 272

236%

143 240

34

30

Reims

32 334

108 385

235%

180 752

17

13

Ajaccio

6 570

21 579

228%

66 809

46

52

Strasbourg

47 254

151 041

220%

272 222

10

6

Lille

66 761

210 696

216%

227 533

7

5

Tours

21 000

64 695

208%

134 633

28

29

Bourges

15 964

46 551

192%

66 602

36

37

Colmar

13 000

36 834

183%

67 409

37

41

Toulouse

56 612

149 841

165%

447 340

8

7

Valence

6 633

16 875

154%

63 148

45

54

Rennes

30 160

74 676

148%

208 033

18

24

Bordeaux

104 676

256 638

145%

239 399

3

4

Angers

33 900

82 398

143%

148 803

15

21

Nevers

11 846

27 673

134%

36 210

39

51

Quimper

8 400

19 441

131%

63 235

44

53

Montpellier

32 897

75 950

131%

264 538

16

23

Amiens

40 000

90 758

127%

133 327

11

18

Besançon

25 328

55 362

119%

115 879

22

33

Poitiers

18 284

39 886

118%

87 906

35

40

Nîmes

40 000

80 605

102%

144 940

12

22

Avignon

24 000

46 896

95%

90 194

26

36

Metz

36 878

69 624

89%

119 962

13

26

Clermont-Ferrand

30 000

52 933

76%

140 957

19

34

Nantes

80 000

132 990

66%

287 845

6

9

La Rochelle

22 000

31 559

43%

74 880

27

47

Rouen

84 323

116 316

38%

111 553

5

12

Orléans

51 500

67 311

31%

114 185

9

28

Caen

34 805

44 794

29%

108 793

14

38

Aix-en-Provence

27 000

29 418

9%

140 684

21

50

Theux

Et sinon...

Le mondialisation du Professeur Bourrin
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"A l'époque, la gauche n'était pas francophobe..."
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Commentaires : 2
  • #1

    Antoine Lamnège (mardi, 23 septembre 2014 08:28)

    Très révélateur ! La génération de nos grands parents connait toute la ville de Monceau les mines ou du Creusot, par exemple qui avait une importance stratégique, et qui fut bombardée pendant la guerre ; aujourd'hui que les mines ont fermé, la région s'est entièrement modifiée ; les trains, les routes ne déservent plus ces anciens fleurons de l'industrie.
    Les habitants ont rejoint les villes attractives, Clermont Lyon...

  • #2

    Portaufrancais (mercredi, 24 septembre 2014 20:17)

    Très juste, très bon article, très intéressant