lun.

06

oct.

2014

Eric Zemmour, Thomas Legrand, et Léa Salamé sont dans un bateau...

Comme on s'est ennuyé sur France Inter ce matin, lundi 8 octobre 2014.

D'abord, il y eut l'annonce des invités par l'inénarrable Pat'co, visiblement peu inspiré après son week-end pour avoir choisi d'inviter deux hommes n'ayant pas grand chose à dire : Eric Zemmour à 7h50, pour la promo de son bouquin ; Benoit Hamon à 8h20, pour une petite séance de langue de bois, venu nous expliquer qu'il avait démissionné, absolument pas qu'on lui avait « demandé de partir »...

Passionnant.

Mais revenons au cas Zemmour, éditorialiste bien connu du PAF. Zemmour est un admirateur sans limites du passé glorieux (et mythifié) de la France ; anti-libéral, et anti-mondialiste, ses positions flirtent souvent avec celles du front national, quoiqu'il vote selon moi un coup DLR, un coup Chevènement.

Aussi le définirais-je pour ma part comme souverainiste ultra-conservateur.

Autant dire, à l'opposé des idées politiques défendues sur France Inter.

L'occasion est trop belle pour nos deux journalistes d'avant 8 heures, Thomas Legrand et Léa Salamé – ceux-là même que Zemmour appelle des bien-pensant – de sortir les crocs.

Mais soyons clairs, l'objectif ce matin n'est pas de débattre, ni de trier, ni même de nuancer franchement la prose défaitiste d'Eric Zemmour (dont les prises de positions se radicalisent de plus en plus...), mais bien plutôt de faire front...

 

Faire front contre l'ennemi. Montrer que tout est bon dans son propre camp alors que tout est nauséabond chez l'autre, prêtant une première fois le flanc, sans s'en rendre compte, à l'argumentaire favori de l'invité du matin......

Diviser le monde entre Bien et Mal...

Quelle façon bien étrange de dénoncer l'absolutisme que de le pratiquer soi-même... !


Thomas Legrand
Thomas Legrand

Ça a commencé avec Thomas Legrand, dans un éditorial franchement mauvais :

 

Finalement, on en vient à se demander si, au lieu d’opposer chrétiens et musulmans, occident et orient, la guerre de civilisation,  n’opposerait pas plutôt, d’un côté, la jeune femme du texte de Muray, les indécrottables bien-pensants, les étudiants démocrates Syrien de 2011 ou de Hong-Kong aujourd’hui, les partisans du métissage, de la mixité sociale et culturelle, les féministes, le tenants de l’identité heureuse… et de l’autre, les tenant de l’identité malheureuse, du modèle unique de la famille, des frontières, de l’affirmation des dogmes religieux, de Poutine, de Bachar El Assad et de ses meilleurs ennemis, les islamistes, de l’égorgeur du personnage de Muray?

 

Personnellement, je me suis plutôt demandé s'il existait un journaliste capable de travailler dans la nuance, plutôt que d'énumérer platement des mots valise appartenant aux champs lexicaux de la gentillesse ou de la méchanceté.

Mais non :

 

En réalité, il n’a pas de guerre de civilisations. Il y a simplement deux camps, deux visions ouvertes ou fermées, confiantes ou méfiantes. Deux visions que l’on retrouve partout dans le monde, qui, au fond, ne correspondent à aucune identité, aucunes origines.

Deux camps ? C'est bien peu, me semble-t-il, pour une Terre si complexe, faite de tant de pays, de langues, de modes de vie, et aux histoires multiséculaires...

Deux camps ? Mais alors... Où vont ceux qui doutent ? Ceux dont l'identité est plus complexe qu'un rapport à la peur de l'autre ? Ceux qui n'ont pas un avis tranché et définitif sur notre époque, ni sur ce qui en adviendra ?

 

Sont-ils des fachos ? Ou bien des gentils ?

Suivant un tel argumentaire, Thomas Legrand prête une seconde fois le flanc aux critiques de son confrère l'attaquant sur sa confiance en l'harmonie des peuples et sa croyance en une marche irrémédiable de l'Histoire vers le progrès...

Car, au milieu d'un grand fourre-tout intellectuel, il arrive malgré tout que Zemmour réponde avec justesse à Legrand.

Ainsi est-il pertinent lorsqu'il fustige une certaine élite française – intellectuelle et notamment médiatique – ayant progressivement perdu foi en son propre pays, sombrant dans une haine de la France assez pathétique.

Un fait que France Inter en général ne veut entendre.

Aussi est-il plus lucide que ses inteviewers, leur faisant remarquer que les français sont plus sceptiques que leurs dirigeants (et que les journalistes) quant à la mondialisation par exemple...


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Thomas Legrand - quoique son combat soit selon moi nécessaire -, a beau nous expliquer en permanence qu'avant tout, ce qui ne marche pas en France, ce sont les institutions de la 5ème République, l'idée n'est pas très convaincante...

Zemmour, s'il en tire des conclusions (complètement erronées selon moi) radicalement anti-immigrés, et surtout prônant un retour aux « bonnes vieilles valeurs morales d'antan », pose, en revanche, un diagnostic économique pertinent sur les raisons de l'impasse européenne.

Enfin, ce n'est manifestement pas l'avis de Léa Salamé, dont le ton méprisant n'a certainement d'égal que celui d'Eric Zemmour pour les « bien-pensant » de son espèce...

Résultat des courses, personne ne s'est compris, aucune idée n'a émergé.

Tout le monde se déteste un peu plus encore.

Les zemmouristes y ont vu la confirmation de la décadence journalistique française. Les « progressistes bien-pensants » une confirmation que les réacs sont dangereusement de retour ; et puis chacun est parti travailler, persuadé d'avoir raison, face aux extrémistes du camp d'en face.

 

Quand Zemmour, Legrand et Salamé sont dans un bateau... Tout le monde tombe à l'eau.

 

Antoine Lamnège

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Commentaires : 2
  • #1

    rémi (mardi, 07 octobre 2014 13:15)

    qui a écouté France Inter ce matin ? très interessant, surtout que Legrand a du lire ton article.

  • #2

    Trémarec (mardi, 07 octobre 2014 20:52)

    Qu'est-ce qu'il a dit?