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2014

"Dans 10 ans, la France sera la puissance dominante de l'Europe continentale..." (The Telegraph)

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Dans un article du journal britannique The Telegraph, rédacteur aux affaires économiques internationales, annonce le déclin inexorable de l'Allemagne ; une semaine après la publication  "le dernier grand hourra de l'Allemagne arrogante", du journal Die Welt, l'auteur insiste à nouveau sur les faiblesses structurelles de notre voisin d'outre-Rhin, dont une majorité de nos dirigeants nous rebat les oreilles aveuglément.

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Dessin de Maxence Diogon

Le Kaiser Wilhelm Canal dans le Kiel s'effondre.

L'année dernière, les autorités ont dû fermer une portion de 60 milles depuis la Baltique en Mer du Nord pendant deux semaines ; un événement qui ne s'était jamais produit en deux guerres mondiales. Les serrures avaient cédé. Plusieurs grands bateaux ont été détournés vers Skagerrak, imposant des surtaxes. Le canal a été fermé de nouveau le mois dernier parce que les portes des écluses ne marchaient pas, endommagées par la poussée constante de lames de propulseurs. Une vague de problèmes liée à un sous-investissement massif, et à la réduction de la maintenance en 2012, passés de €60millions à €11millions cette année.

 

Voilà une façon bien étrange de traiter la voie navigable la plus empruntée dans le monde, (35 000 bateaux par an), menant au Port de Hambourg. Et l'affaire est plus étrange encore étant donné que l'état allemand pourrait emprunter sur cinq ans à un taux d'intérêt de 0.15%.

Pourtant telle est la politique économique de l'Allemagne, adorant son faux Dieu de l'équilibre budgétaire... Le Bundestag a pris conscience de cette folie économique. Il a accordé 260 millions d'euros au financement d'une remise à neuf du canal au cours des cinq prochaines années. Les experts estiment qu'il aurait même besoin d'un milliard d'euros. Tout comme d'innombrables autres projets ayant grand besoin d'argent ; dans une nation qui a oublié d'investir, et passive face au déclin, les infrastructures ont été abandonnées.

Le modèle allemand est ruineux pour l'Allemagne et mortel pour l'Europe. Si la France passe aujourd'hui pour l'homme malade de l'Europe, les malheurs à venir de l'Allemagne sont bien plus profonds et enracinés dans le dogme mercantiliste, la glorification de l'épargne en soi, consubstantielle au vieillissement de sa population. "L'Allemagne se considère comme un modèle pour le monde, mais l'orgueil précède la chute", a écrit Olaf Gersemann, le chef économie du journal allemand Die Welt, dans un nouveau livre, la Bulle de l'Allemagne : le Dernier Hourra d'une Grande Nation Économique. (voir notre traduction ici sur le blog)

M. Gersemann y explique que le second miracle économique – celui de 2005 est « monté à la tête de l'Allemagne". En réalité, le pays a bénéficié d'un contexte exceptionnel pour devenir dominant. Il ne pourra pas continuer à vivre aux frais des exportations de biens d'équipement en Chine et dans les BRICS qui ont atteint leur sommet, ou en prenant de vitesse l'Europe du Sud par la compression de salaire, dans un jeu à somme nulle.

 

Marcel Fratzscher, le responsable de l'Institut allemand pour la Recherche Économique (DIW), fait une critique parallèle (plus keynésienne toutefois) dans son nouveau livre, Die Deutschland Illusion, au titre transparent, dans lequel il dénonce le fétichisme fiscal du ministre des Finances Wolfgang Schauble, aujourd'hui inscrit dans la constitution [...]

 

 


C'est l'aveuglement d'un pays "se reposant sur ses lauriers", prisonnier "de l'erreur du ménage" qui postule que les économies ressemblent aux budgets familiaux et faussement rassuré par la flatterie mal placée des étrangers qui ne regardent que trop rarement sous le capot pour voir comment se porte, en réalité, le moteur allemand. Le Fond Monétaire International a gentiment poussé Berlin cette semaine à dépenser plus afin de tirer la demande mondiale, y compris pour son propre bien.

"L'Allemagne pourrait se permettre de financer l'investissement public si nécessaire dans l'infrastructure, sans violer les règles budgétaires," a-t-il expliqué. Pour se justifier, le FMI a annoncé qu'il y avait 40% de chances que la zone euro entre en récession au cours des prochains mois et un 30% de chances qu'elle connaisse la déflation.

L'économie allemande a déjà calé. La production s'est contractée au deuxième trimestre. Les commandes industrielles ont chuté de 5,7% en août.
Le conseil d'experts économiques a revu à la baisse la prévision de croissance du pays à 1.2% (contre 1,9% à l'origine) pour l'année prochaine.

 

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Le professeur Fratzscher accuse les élites de l'Allemagne d'avoir perdu la raison.

 

L'investissement y est passé de 23% à 17% du PIB depuis le début des années 1990. L'investissement public y a été négatif pendant 12 ans.


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La croissance allemande a atteint en moyenne 1.1% depuis le début de la décennie, plaçant l'Allemagne au treizième rang sur 18 dans la zone Euro (ou au 156ème rang mondial, sur 166 pays ces 20 dernières années). Cette faiblesse chronique été légèrement masquée par une croissance plus élevée depuis la chute de Lehman Brothers et par la dynamique entre préteurs et créancier dans la crise de la dette en zone euro. L'Allemagne n'a l'air saine que parce que la moitié de l'Europe agonise...

Les réformes Hartz IV - si largement encensées comme le fondement de la compétitivité allemande et qui ont été aussi imposées à toute l'Europe du Sud - n'ont pas augmenté la productivité, qui est la mesure appropriée de l'efficacité du travail.

 

Les données de l'OCDE montrent que la croissance de la productivité allemande n'était que de 0,3% par an durant la période 2007/2012, c'est à dire faible, comparée aux 0.5% du Danemark, aux 0.7% de l'Autriche, aux 0.9% du Japon, aux 1.3% de l'Australie, aux 1.5% des EU et aux 3.2% de la Corée. Celle de la Grande-Bretagne a été négative, bien sûr, mais ce n'est en aucun cas une référence.

Le Professeur Fratzscher explique que les salaires ont été compressés dans les entreprises. Que les salaires réels sont revenus à leur niveau de la fin des années 1990. Avec Hartz IV s'est développé un lumpen prolétariat de quelque 7.4 millions de travailleurs embauchés sur "des mini-jobs" ; via du temps partiel, exempté d'impôts jusqu'à 450 €. Un tel système a fait diminué le taux de chômage, mais l'Allemagne est devenue une société en rupture, plus inégale qu'à n'importe quel autre moment de son histoire moderne. Un cinquième des enfants allemands vit aujourd'hui dans la pauvreté.

 

Philippe Legrain, ancien économiste à la Commission européenne, explique que "le modèle économique protectionniste" allemand, jouant sur une baisse les salaires afin de subventionner ses exportations, se fait à l'avantage d'une certaine élite économique.

Or, ce modèle est "dysfonctionnel" et plus les fonctionnaires de l'Union européenne tentent de l'étendre à travers la zone Euro, plus il devient dangereux.

Les déficits en zone euro ont jusqu'ici financé les exportations allemandes ; il devrait être évident qu'une telle structure atteindra un point de rupture - pour l'Allemagne aussi bien que la zone euro - si la France et l'Italie suivent la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande dans la déflation salariale. L'Europe entre déjà lentement dans un tourbillon restrictif, reproduisant les erreurs de l'Étalon or dans les années 1930.

 

Doubler la mise serait néfaste.

L'Allemagne doit avancer avec précaution. Comme M. Gersemann le constate dans son livre, l'Allemagne a bénéficié ces dernières années d'une situation démographique particulièrement favorable qui touche à sa fin.

 

Le rapport (2012) sur le Vieillissement de la Commission européenne annonçait que la population active de l'Allemagne allait diminuer de 200,000 personnes par an cette décennie. Le ratio de dépendance de vieillesse augmenterait alors inexorablement, passant de 31% en 2010 à 36% en 2020, à 41% en 2025, 48% en 2030 pour atteindre 57% en 2045, équivalent à un véritable suicide national.


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http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/11150306/German-model-is-ruinous-for-Germany-and-deadly-for-Europe.html

 

 

Ceci est une conséquence d'échecs graves de politiques publiques au cours des décennies passées. Des politiques fiscales ainsi que les structures sociale du pays ont favorisé l'effondrement du taux de fécondité. Le manque d'investissement aura constitué une erreur fondamentale.

Dans cinq ans, tout le monde pourra constater à quel point l'Allemagne est en grande difficulté, et à quel point un budget équilibré ne suffira pas à la protéger. Dans 10 ans, La France sera la puissance dominante de l'Europe continentale.

 

 

Auteur : Ambrose Evans-Pritchard is International Business Editor of The Daily Telegraph.

Article original publié ici :"German model is ruinous for Germany, and deadly for Europe"

THE TELEGRAPH

 

Traduction : Antoine Lamnège

 

 

Brice Couturier, marchand de misère sur France Culture
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Eric Judor aime déranger son conseiller EDF la nuit...
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Commentaires : 10
  • #1

    twim (vendredi, 10 octobre 2014 22:27)

    Quand on pense que Valls et Hollande nous citent constamment l'Allemagne, c'est fort de café ! ET ne parlons pas de la droite, qui va revenir...

  • #2

    spherick (vendredi, 10 octobre 2014 23:47)

    Relisons les deux dernières années d'Alternatives Economiques, il ne disent pas autre chose à propos de l'Allemagne : modèle suicidaire, reposant sur l'endettement des voisins, inexportable car inadapté à tout autre pays, sauf ceux qui voudraient se suicider à leur tour... Il est temps de proposer une nouvelle société...

  • #3

    exiduss (samedi, 11 octobre 2014 00:22)

    merci pour la traduction ;
    mais que se passe -t-il si le taux de natalité chute en France ??
    LA réduction des aides à la famille est d'actualité on dirait

  • #4

    jard (dimanche, 12 octobre 2014 11:21)

    Les Allemands sont capables de se remettre en cause dès que leur situation va mal. Ils prennent des mesures qui restent néanmoins dans leur conformisme. On devrait avoir un sursaut allemand mal pensé. Les Français sont totalement idiots et iront d'abord à la catastrophe avant de, peut-être, se mettre à réfléchir. Je ne crois absolument pas à ce que nous soyons la puissance dominante de l'Europe dans dix ans. L'élite française n'a aucun projet pour la France, les Français qui vont bien sont totalement lobotomisés.

  • #5

    SatanJoker (dimanche, 12 octobre 2014 14:29)

    Il est bien de voir enfin une analyse à long terme au lieu de réactions passionnelles et irrationnelles sur le déclin de la France, c'est plus raisonnable car il s'agit là de penser et d'analyser au lieu de se cantonner dans la sphère bien française conservatrice de la "croyance" comme le fait ce bon jard dans sa "réaction" si typique .

  • #6

    jem (mardi, 14 octobre 2014 21:22)

    Le malheur des uns ne fait pas forcément le bonheur des autres. La France a d'énormes difficultés à résoudre de son côté.

  • #7

    damerose (mercredi, 15 octobre 2014 17:52)

    tgb

  • #8

    Raphael (lundi, 20 octobre 2014 23:19)

    Bien qu'elle ne soit pas faite dans ce but, la chute de fécondité en Allemagne et la diminution de la population qui en résulte ne seraient-elles pas un exemple à suivre, si l'on souhaite un état "soutenable" à l'échelle planétaire ?

  • #9

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  • #10

    paulin (jeudi, 28 juillet 2016 11:03)

    Le fond du "baratin" de Couturier c'était de nous amener à la loi Travail.
    Valls et Hollande tiennent la trique du Medef et du Capital.
    Bientôt à nouveau la grande misère et les enfants de 12 ans au travail dans les usines.
    Bravo Couturier..