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2014

Warren Buffett : « C’est la lutte des classes. Ma classe est en train de la gagner. Elle ne devrait pas. »

Clandestins et joueurs de golf
Clandestins et joueurs de golf

19 Juin 2005, l'animateur vedette de télévision, Lou Dobbs, reçoit sur CNN, le milliardaire américain Warren Buffett. L'entretien est passionnant et évoque des sujets aussi variés que le terrorisme, la dette, le solde commercial, la répartition des richesses ou le protectionnisme. Au milieu de cet entretien, Warren Buffett, 4ème fortune du monde selon le classement 2014 de Forbes, crée la sensation en déclarant : « C’est la  lutte des classes. Ma classe est en train de la gagner. Elle ne devrait pas.» C'est la traduction de cet entretien que nous vous proposons aujourd'hui. Presque 10 ans après, il n'a pas pris une ride. Mieux, les récents travaux de Thomas Piketty confirment la pertinence et la lucidité des propos de Warren Buffett.

 

Warren Buffett
Warren Buffett

Lou Dobbs : Je voudrais tout d'abord commencer par un point qui surprendra peut-être beaucoup de personnes. Il s’agit de votre intérêt pour la lutte contre le terrorisme nucléaire et biochimique que vous considérez comme la plus grave menace pour les Etats-Unis et pour le monde dans sa globalité. Pourquoi un tel intérêt ?

 

Warren Buffett : Nous sommes revenus en 1945, je viens d’ailleurs de rédiger un article qui évoque Hiroshima. Je n’avais pas beaucoup de connaissances en sciences physiques mais je me suis documenté. Je suis convaincu que le problème numéro un de l’humanité est la propagation de la connaissance nucléaire. Vous savez, il y a des milliers d’année l’humanité était confrontée à des fous, à des fanatiques religieux à des mégalomanes, mais le pire que ces derniers pouvaient alors faire était de jeter une pierre aux personnes à qui ils voulaient du mal. Aujourd’hui, depuis 1945, la possibilité de faire le mal ou de blesser ses contemporains a cru de manière exponentielle dans des proportions devenues gigantesques. Et maintenant, nous savons comment utiliser le matériel nucléaire. Et nous devons simplement espérer que des personnes malintentionnées n’entrent pas en possession de ce matériel.

 

Lou Dobbs : Espérer est une chose, mais nous avons un gouvernement, et il y a d’autres gouvernements à travers le monde dont la responsabilité est de nous protéger. Est-ce que le gouvernement des Etats-Unis en fait suffisamment, à votre avis, pour écarter cette menace ?

 

Warren Buffett: Il en fait beaucoup, mais il y a beaucoup d’armes nucléaires égarées à travers le monde.  De nombreux gouvernements sont en train de se doter d’armes nucléaires. De nombreux agents chimiques et biologiques sont mal gardés à travers le monde et cela devrait être la priorité de notre gouvernement.

 

Lou Dobbs : En disant « cela devrait être », il est évident que vous pensez que cela ne l’est pas. Vous avez adhéré à la « Nuclear Threat Initiative » (NTI) et êtes entré dans l'industrie du cinéma, avec la sortie du film « La dernière chance ».  Pourquoi avez-vous choisi de financer cela ?

 

Warren Buffett : Sam Nunn dirige la « Nuclear Threat Initiative ». Il ne pouvait pas y avoir de meilleure personne au monde pour tirer la sonnette d'alarme et faire comprendre aux gouvernements du monde entier l’importance de cette menace. J'ai soutenu Sam pour prendre la tête de la NTI, pour faire connaître ce film, pour que les gens soient sensibilisés à ce problème. Si elles vont sur le site LastBestChance.org, ils peuvent voir ce film sur ce sujet. La menace nucléaire est le problème majeur de notre temps. Il existe des personnes qui aimeraient  aller beaucoup plus loin dans les dégâts causés lors des évènements du World Trade Center ou des trains espagnols.

 

Lou Dobbs : Vous dites des personnes. Il s’agit, plus précisément, des islamistes radicaux. Nous parlons d’une guerre contre le terrorisme,  et je me suis retrouvé à plusieurs reprises en opposition avec l’administration Bush pour avoir critiqué ce terme de guerre contre le terrorisme. Il s’agit de beaucoup plus que cela. Il s’agit d’une guerre contre un groupe, particulier et en croissance, d’islamistes radicaux. Pensez-vous que notre pays,  au-delà de la menace nucléaire et biochimique, prend les dispositions nécessaires pour la sauvegarde de notre territoire ?

 

Warren Buffett: En fait, je pense que cela ne sera jamais suffisant. Il importe de surveiller nos frontières, d’essayer d’infiltrer à la source les personnes susceptibles d’avoir de mauvaises intentions à l’égard de notre pays. Il importe également qu’aucun nouveau pays ne puisse se doter de l’arme nucléaire. Il y a beaucoup à faire là-dessus.

Lou Dobbs
Lou Dobbs

Lou Dobbs : Absolument et une chose que l’on entend de personnes issues du milieu des affaires ou d’ailleurs est l’importance de sécuriser nos frontières, de sécuriser nos ports sans bien-sûr interférer sur le commerce. Je dois vous dire, qu’il existe une petite partie de moi qui aurait envie d’interférer car nous avons un déficit commercial qui approche actuellement 6 % de notre PIB et que nous vivons notre 29ème année consécutive de déficit commercial. Est-ce que notre pays est condamné à être une nation endettée à perpétuité ? Existe-il des raisons qui font que nous ne pouvons simplement plus sortir de cette immense dette et de ces déficits ou que nous ne pourrions plus dire que nous allons enregistrer un solde commercial équilibré ?

 

Warren Buffett : Tout le monde dit que cette situation ne pourra pas durer éternellement.  Nous avons enregistré, vous le savez, un déficit commercial de 618 milliards de l’an dernier et il est déjà légèrement supérieur cette année. L’attitude classique est de dire que cela ne pourra pas durer éternellement mais personne ne semble en mesure d’apporter une réponse pour résoudre ce problème. Nous avons exporté pour 1 100 milliards de dollars l’année dernière et nous avons importé pour plus de 1 700 milliards de dollars. Nous accumulons des obligations vis-à-vis du reste du monde et ils achètent nos actifs au rythme de 2 milliards par jour. Et cela aura des conséquences.

 

Lou Dobbs : Des conséquences et pas des conséquences positives, je pense que c’est bien de le dire. L’homme d’affaires et l’investisseur, que vous êtes, a intérêt à utiliser la faiblesse du dollar comme une opportunité pour l’entreprise que vous gérez. A quelle durée évaluez-vous la fenêtre d'investissement face aux faibles perspectives offertes par le dollar américain?

 

Warren Buffett : Evaluer la durée est toujours difficile. Je veux dire que ce pays est terriblement fort. Nous avons beaucoup d'atouts pour le commerce mais nos partenaires accumulent nos reconnaissances de dette. En ce moment, notre position nette par rapport au reste du monde est négative. Le reste du monde possède  3 000 milliards de dollars de plus chez nous que ce que nous n’en possédons chez eux, et ce nombre augmente chaque jour. A un moment donné des économistes parleront d’un atterrissage en douceur. Peut-être qu’il y aura un atterrissage en douceur, mais vous savez, qui sait? Et maintenant ma société, Berkshire Hathaway, a une partie de ses actifs dans des contrats de change.

 

Lou Dobbs : Vous en possédez également une partie en espèces.

 

Warren Buffett: C’est vrai.

 

Lou Dobbs : 40 milliards, car vous ne considérez pas seulement que les prix sont surévalués sur le marché des actions, mais que même certains de vos actifs sont surévalués – 40 milliards cela représente une immense somme de monnaie. Quel est votre analyse actuelle du marché, de l’économie ? Je ne pouvais pas ne pas vous parler du marché.

 

Warren Buffett : Je n’ai simplement pas pu trouver de choses qui n’étaient pas surévalués. Si nous achetons des titres négociables, nous espérons faire fructifier l’argent investi. Je garde l'espoir d’investir cet argent. Nous allons annoncer une acquisition, pour un coût légèrement inférieur à 1 milliard de dollars, mais j’aurais préféré que cela coûte 5 ou 10 milliards de dollars, et nous aurons ensuite l’opportunité d’investir cet argent dans des valeurs mobilières. Nous avons acheté des obligations de pacotille, il y a trois ans. Nous avons dépensé 7 milliards de dollars en un court laps de temps. Nous aimerions acheter des entreprises commerciales. Donc, je ne suis pas heureux avec  40 milliards de dollars, mais, d'une façon ou d'une autre, je pense que nous allons parvenir à les investir.

 

Lou Dobbs : Pauvre de nous ... quand Warren Buffett détient des liquidités et dit qu'il ne voit pas d’opportunités d’investissement, il déclenche la sonnette d'alarme pour tout le monde, comme vous le savez . Vous le savez bien. Le fait est que vous avez acheté un petit pourcentage d'une compagnie pétrolière chinoise  par exemple.

 

 

Warren Buffett: Tout à fait. 

Lou Dobbs : Vous investissez, je crois qu’il s’agit du terme approprié, dans des monnaies autres que le dollar. Le fait est que vous avez décrit ce qu’il se passait dans un tel contexte : les déficits énormes, la hausse des dettes comme conséquence des déficits budgétaires, le déficit commercial, les dettes exponentielles que ce pays est en train d‘accumuler. Vous parlez de quelque chose que vous appelez l’économie et la société de métayer. Qu'est-ce que cela signifie pour vous, ce sont des mots forts et puissants pour nous tous, et notamment pour les personnes de la classe moyenne, qui veulent que ce pays soit ce qu'il aspire à être.

 

Warren Buffett : Si nous continuons à poursuivre notre route sur le même chemin, et nous ne montrons aucun signe de ralentissement, le monde sera propriétaire d'un pourcentage beaucoup plus élevé de ce pays ou détiendra nos reconnaissances de dette sous forme d'obligations d'État à 10 ans , et le coût du service de la dette ou le coût relatif au paiement des dividendes sur la propriété signifie que nous enverrons à l'étranger chaque année des pourcentages de notre PIB simplement pour payer le service de nos dettes contractées par notre consommation excessive actuelle. Ainsi, d’une certaine manière nos fils paieront pour les pêchés de leurs pères. Maintenant, nous aurons toujours un pays riche. Le meilleur pays du monde.

 

Lou Dobbs : Absolument.

 

Warren Buffett: Mais si le reste du monde détient 10 milliards de dollars de nos actifs à la place 3 milliards de dollars, nous expédierons chaque année certains de nos produits à l'étranger simplement pour payer le service de la dette que nous aurons contracté.

 

Lou Dobbs : Et considérez-vous cette situation comme irrémédiable comme une direction que nous ne pouvons pas éviter ?

 

Warren Buffett : Elle peut être évitée. Il faut nous taxer.

 

Lou Dobbs : Warren, nous parlons des correctifs. Tant de choses dont nous discutons dans notre émission que nous rapportons, nous entendons les élites politiques dire qu'il n'y a tout simplement rien qui ne puisse être fait. Il y a un manque de déterminisme, il me semble, dans ce pays. Quel correctif apporteriez-vous, en premier lieu, les déficits commerciaux qui, comme vous le dites, hypothèquent l'avenir de nos enfants ?

 

Warren Buffett : J'ai écrit un article il y a 18 mois dans « Fortune » sur les certificats d'importation. Un simple changement de valeur du dollar n’aura probablement pas de conséquences majeures par rapport à ce que nous avons vu au cours des trois dernières années. L'euro est passé de 85 cents à 1,29 dollar, et le dollar a vu sa valeur chuter par rapport à de nombreuses devises, malgré cela le déficit commercial ne cesse de progresser, donc je pense que nous devons trouver une solution pour renforcer nos exportations et réduire nos importations. Le certificat d'importation serait une idée qui permettrait de répondre à ce problème.

 

Lou Dobbs : Il s’agit certainement d’une idée intéressante. Fred Bergsten, l'un des économistes libre-échangiste les plus connus, s’est prononcé en faveur de l’établissement de tarifs douaniers sur les produits en provenance de Chine. Je suis préoccupé par le libre-échange. Et je pense que de nombreuses politiques libre-échangistes ont échoué, mais je ne suis pas prêt à soutenir de larges droits de douane, et vous ?

 

Warren Buffett: Je ne le soutiendrai pas contre un pays précis. L’approche du certificat d’import ne doit pas s’établir contre une industrie donnée ou un pays déterminé, mais elle doit permettre au marché de s’ajuster d’une manière qui nous rapproche de l’équilibre commercial. Et je pense à un plus haut niveau d’exportations qu’actuellement.

 

Lou Dobbs : Etes-vous surpris quand vous regardez les deux déficits dont nous venons de parler : le déficit commercial et le déficit budgétaire ? Le déficit budgétaire est de 3,6 % de notre PIB. Le déficit commercial atteint seulement près de 6 % du PIB. Et le président parle de la réforme de la sécurité sociale. Cela vous étonne-t-il ?

 

 

Warren Buffett : Il s’agit d’une idée intéressante de voir que l’accumulation d’un déficit de 100 milliards de dollars par an pendant une durée d’environ 20 ans semble terrifier l’administration. Mais le surplus de déficit de 400 milliards de dollars que nous sommes en train de produire ne semble provoquer que des bâillements. Je dois dire que je porte un grand intérêt au terrible spectre de la dette contractée depuis 20 ans qui n’est qu’une petite part du déficit que nous sommes en train de générer.

La désindustrialisation des Etats-Unis comme ici à Detroit
La désindustrialisation des Etats-Unis comme ici à Detroit

Lou Dobbs : En fait, le Bureau Budgétaire du Congrès Américain, qui est considérée comme la norme objective bi-partisane de ces questions, a produit des rapports qui suggèrent que le déficit de la Sécurité Sociale correspondrait à 0,4 % de notre PIB pour le comparer aux autres déficits de ce type dans le déficit budgétaire. Avez-vous une solution rapide pour la Sécurité Sociale ?

 

Warren Buffett : Personnellement j’augmenterais la base imposable pour les revenus supérieurs à 90 000 dollars. Je contribue vraiment très peu au financement de la sécurité sociale car je gagne beaucoup plus que 90 000 dollars. A l’inverse les personnes de mon entreprise payent pleinement la taxe. Nous avons déjà reculé l’âge de départ à la retraite. Faisons un test… Je reçois chaque mois un chèque de 1 700 ou 1 900 dollars. J’ai 74 ans. Je l’encaisse. Mais si je ne l’encaissais pas, je mangerais quand même.

 

Lou Dobbs : Vous mangerez sans. Et ce serait la même chose pour plus d’un million d’américains. Votre idée est d’augmenter les impôts, de taxer les salaires. En 1983, Alan Greenspan, le Président de la Fed, a eu une idée très simple : augmenter les impôts. C’est bien ce que vous dites ?

 

Warren Buffett : Oui, mais je n’augmenterais pas le taux de base de l’impôt sur la consommation ou le taux d’imposition par tranche de revenus. J’augmenterais la pression fiscale sur les revenus supérieurs à 90 000 dollars.

 

Lou Dobbs : C’est une idée progressive. En d’autres termes les riches paieraient plus ?

 

Warren Buffett : Oui. Les riches vivent bien dans ce pays. Je veux dire, nous n’avons jamais aussi bien vécu.

 

Lou Dobbs: Quelle idée radicale !

 

Warren Buffett: C’est la lutte des classes. Ma classe est en train de la gagner. Elle ne devrait pas.

 

Lou Dobbs: Exactement. Votre classe, comme vous dites, est en train d’imposer une réforme sur le sujet des droits de succession, à laquelle je sais que vous êtes opposé. Quel est la position de votre fils Howard sur ce sujet ? L’adoption de la réforme sur les droits de succession par la chambre s’est déroulée la même semaine que l’adoption par le Congrès de la législation sur les banqueroutes, qu’ils ont eu la témérité de nommer « réforme sur les banqueroutes ». Les Républicains et les Démocrates ont adopté conjointement cette législation, qui est largement défavorable aux classes moyennes. La moitié des faillites dans ce pays ont lieu, parce que des gens tombent malades  et que ces maladies graves entraînent des faillites. Vous qui avez l’habitude des questions politiques. Qu'est-ce qui se passe dans ce pays ?

 

Warren Buffett: Les riches sont en train de gagner. Il suffit de regarder l’impôt sur les successions, moins de 2 % de la population ne paye pas cet impôt. En augmentant cet impôt, nous pourrons obtenir 30 milliards de dollars de cette taxe.  Et vous savez, j’aimerais entendre les membres du congrès dire où ils pourront trouver 30 milliards s’ils ne proviennent pas de l’impôt sur les successions. C’est bien beau de dire « nous supprimons la taxe », mais nous allons enregistrer un déficit gigantesque.

 

Lou Dobbs : Et ce sont 300 milliards de dollars de recettes fiscales qui seront perdues au cours de la prochaine décennie si l’impôt sur les successions est supprimé. Vous dites que les riches sont en train de gagner. Les riches sont en train de gagner parce qu’ils trichent dans certains cas. Les scandales de corruption au sein des entreprises, qui ont été révélés au pays à la fin de l’année 2001, ont abouti à la loi Sarbanes-Oxley, qui apporte de nouvelles régulations, de nouveaux efforts dans la recherche de la transparence. Ces efforts ont-ils été suffisants ou faut-il faire encore plus ?

 

Warren Buffett : Je pense que les choses se sont améliorées. Mae West a dit : « J’étais Blanche-Neige, mais j’ai dérivé ».  Eh bien, je pense que certaines entreprises américaines ont dérivé, mais je pense que sincèrement que ce qui est arrivé a changé la culture. Cela m’apparait plus important que les lois mises en place.

 

 

Lou Dobbs : « Pourtant on a entendu la Business Roundtable et la Chambre de Commerce des Etats-Unis, se plaindre de la difficulté de se soumettre à de telles lois, notamment au niveau financier, afin de respecter les nouvelles normes. Quelle est votre réaction ?

La gare centrale de Detroit
La gare centrale de Detroit

Warren Buffett : La part des profits des entreprises dans le PIB des Etats-Unis est importante, alors que la part des impôts sur les sociétés occupe une part nettement moins importante dans le cumul des impôts versés prélevés aux Etats-Unis.

 

Lou Dobbs: Vous voulez dire historiquement.

 

Warren Buffett: Historiquement. Vous savez que les entreprises américaines ne souffrent pas, je vais le dire de cette façon.

 

Lou Dobbs : Les entreprises américaines ne souffrent pas. En fait les organisations que j’ai mentionné précédemment, la Business Roundtable et la Chambre de Commerce des Etats-Unis, qui représentent certaines des plus grandes entreprises américaines disent : « Vous nous taxez, vous taxez notre consommateur. » Pensez-vous que les entreprises doivent payer plus ? Qu’elles doivent prendre à leur compte une partie du fardeau ?

 

Warren Buffett : Je pense que ... vous avez vu que des entreprises peuvent rapatrier aux Etats-Unis des bénéfices en ne s’acquittant que d’un très faible impôt, sous prétexte que ces bénéfices ont déjà été imposés à des taux très bas à l'étranger. Les sociétés mettent en place des stratégies d’optimisation fiscale beaucoup plus performantes que les que les personnes avec lesquelles je marcherai dans la rue quand je sortirai d’ici.

 

 

Lou Dobbs: Et certaines personne que tu vas rencontrer, peut-être ce soir ou sinon dans le milieu des affaires, vont te dire : «  Warren, qu’est-ce que tu racontes ? Augmenter les impôts ? »

 

Warren Buffett: Ce sont encore mes amis, Lou.

 

Lou Dobbs: Vous allez nous entendre. Je sais que vous allez nous entendre.

 

Warren Buffett: Y-at-il encore quelqu’un que j’ai oublié d’offenser ?

 

Lou Dobbs: Laissez-nous vous donner une autre chance. Evoquons votre compagnie de réassurance « Gen Re » et l’annonce de la part du FBI de mener une enquête dans le monde de l’assurance. « Gen Re » va évidemment être soumise à cette investigation. De nombreuses enquêtes seront menées : AIG,…

 

Warren Buffett: Une grosse vingtaine, en tout.

 

Lou Dobbs : Elles seront menées par Hank Greenberg, un des hommes d’affaires les plus respectes jusqu’à il y a quelques semaines. Pensez-vous que l’élargissement de ces enquêtes est approprié ? Pensez-vous que c’est nécessaire ? Etes-vous préoccupé par ce qu’elles vont révéler ?

 

Warren Buffett : Je pense que c’est bien que cela soit fait. Nous allons découvrir ce qu’il s’est passé. Certaines choses qui apparaissaient légales il y a quelques années seront probablement jugées beaucoup plus sévèrement. On découvrira probablement des pratiques illégales. Mais il n'y a rien de mal à regarder dans le secteur de l'assurance. La banque d'investissement ou d’autres secteurs ont bien été examinés.

 

Lou Dobbs : Quand on regarde cette société, on est frappés par la moyenne d’âge du conseil d’administration qui doit être de 70 ans.

 

Warren Buffett: J’élève la moyenne, aussi.

 

Lou Dobbs : C’est vrai, mais certains de vos collègues l’augmentent encore davantage.

 

Warren Buffett: Exact.

 

Lou Dobbs: Charlie Munger y compris.

 

Warren Buffett: Exact.

 

Lou Dobbs: Mais j’ai été frappé par la moyenne d’âge du Conseil d’Administration. Et je sais que beaucoup de personnes aimeraient te parler de ta succession. Ce n’est pas mon intérêt. Mon intérêt est que nous avons 77 millions d’américains qui sont à la retraite. Pensez-vous qu’il y a une crise de la retraite dans ce pays ? Ou pensez-vous que c’est un changement sain et important que les gens vivent à la fois plus longtemps et contribuent plus longtemps à la retraite ? Et que nous devrions considérer cela comme quelque chose de positif plutôt que négatif ?

 

Warren Buffett: C’est positif. Mais les personnes vieillissent de manière différente. Nous avions 3 ou 4 managers de cet âge dans les années 80, mais nous en avons d’autres qui ont dû partir à la retraite beaucoup plus tôt que cela. Il est difficile de généraliser. Nous n’avons personne dans notre conseil d’administration qui possède moins de 4 millions d’actions. Et ils suivent tous les intérêts des propriétaires. Ils ont le sens des affaires. Il s’agit d’un équipage de très haut niveau.

 

Lou Dobbs: J’aimerais conclure en évoquant le futur. Vous avez dit que les Etats-Unis étaient toujours l’économie la plus riche. Laissez-moi vous demander simplement : Etes-vous optimiste par rapport aux perspectives d’un pays qui a été bâti sur la classe moyenne et sur ceux qui aspiraient à l’intégrer ? Voyez-vous toujours les mêmes opportunités pour l’avenir ? Etes-vous optimiste ou pessimiste ?

 

Warren Buffett : Je pense que nous vivons dans un pays formidable. Vous ne vous lassez jamais de parler de l’Amérique. Les menaces nucléaire, chimique et biologique sont réelles. Et nous devons prendre ces menaces au sérieux. Mais nos enfants et nos petits-enfants vont vivre mieux que nous dans ce pays. Cela ne fait pas de doute dans mon esprit.

 

Lou Dobbs: Et cette prévision provient d’un esprit très brillant. Warren Buffett, merci d’être venu. Nous avons beaucoup apprécié.

 

 

Warren Buffett: Merci, Lou.

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Commentaires : 1
  • #1

    technical O (mercredi, 05 novembre 2014 13:14)

    "C’est bien beau de dire « nous supprimons la taxe », mais nous allons enregistrer un déficit gigantesque" dit-il justement.
    Eh bien c'est fait ! tous les pays d'Europe + USA sont en déficit constant depuis des décennies