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2014

Les banquiers : splendeurs et misères de la finance (Antoine Girard-Bloc)

L’un des génies de Balzac était sa capacité à nous faire vivre de l’intérieur la vie de certains de ses personnages. A épouser leurs façons de penser, leurs craintes, leurs espoirs, leurs rêves, leurs objectifs, leurs désillusions. La comparaison de cette partie intime des personnages balzaciens avec leur apparence extérieure n’en est que plus instructive.

Plus instructive dans la mesure où elle nous permet de parfaitement comprendre des attitudes ou des comportements qui auraient pu nous paraitre étrange. Plus instructive également car elle nous fait prendre conscience à quel point la part d’ombre de certains individus peut parfaitement se dissimuler sous leur apparence extérieure pourvu qu’elle brille de mille feux.

Ainsi qui pourrait voir que derrière le Comte Henry de Marsay, dandy star de la société mondaine parisienne, se cache un flambeur qui ne peut assumer son train de vie qu’en ruinant ses maîtresses ?

 

Qui pourrait voir que derrière la Baronne Delphine de Nucingen, rayonnante dans les loges des Opéras les plus prestigieux, se cache une femme tellement égoïste qu’elle préfère se rendre à des soirées mondaines plutôt que sur le lit de mort de son père.

 

Qui pourrait voir que derrière le visage angélique et la verve de Lucien de Rubempré se cachent les pires compromissions ?

 

Qui pourrait voir que derrière l’immense fortune du Baron Frédéric de Nucingen, se cache des manipulations spéculatives des plus honteuses ?

 

Certains le verront mais la majorité des personnes ne le verront jamais ou alors l’entendront sous forme de « on dit » de sorte qu’elles en arriveront à la conclusion qu’il ne s’agit que de rumeurs sans fondement. Le monde continuera sa route comme si de rien n’était.

 

Evidemment si le scandale éclate, le monde s’écroulera alors sur la personne coupable d’avoir laissé s’échapper sa zone d’ombre. La société le placera à sa marge de sorte que la fuite ne constituera alors que la dernière option. Telle est la société des hommes, faite d’apparence et d’hypocrisie.

 

 

Pour comprendre la façon d’agir des banquiers, la lecture du livre de Balzac « La Maison Nucingen » est une magnifique introduction. Toutes proportions gardées, l’ouvrage d’Antoine Girard-Bloc « Les banquiers : splendeurs et misères de la finance » en est également une.

Crédit Lyonnais
Crédit Lyonnais

L’intérêt de ce livre est double. Tout d’abord, l’aspect historique est particulièrement intéressant. En effet, on voit que la manière de fonctionner des banquiers n’a pas beaucoup évolué depuis la révolution. Ils savent s’adapter à tous les régimes qu’il s’agisse de la monarchie, de l’empire ou de la république. Pour eux, la pire des situations reste le chaos qui est défavorable aux affaires. Les périodes révolutionnaires sont donc particulièrement redoutés des banquiers. Les guerres également même si certains savent aussi en profiter comme Albert Oustric, pour qui l’armistice de 1945 met fin à son projet de construction d’un barrage hydroélectrique à Gripp dans le Bigorre.

 

L’autre intérêt de cet ouvrage est que l’on retrouve l’idée balzacienne de se positionner dans la peau de grands banquiers. On adopte leurs comportements, leurs stratégies, leurs façons de penser. On se surprend même à construire des raisonnements, que l’on fustige pourtant systématiquement d’ordinaire.

 

 

On comprend alors très rapidement les moteurs de ces individus : le pouvoir, l’argent, l’influence et la reconnaissance. Mais l’intérêt de cet ouvrage est qu’il ne se livre pas à une caricature grossière qui correspondrait à mettre tous ces banquiers dans le même sac. En effet, s’ils possèdent tous des traits de caractère communs, chacun possède également des différences propres, liées à leur origine, leur culture, leur personnalité. Certains sont des fervents supporters d’une indépendance totale des banques vis-à-vis de l’Etat alors que d’autres sont plus modérés. Certains sont des purs produits de l’élite d’autres sont issus du peuple ou s’en sentent plus proches.

 

 

Leurs destins connaissent également des trajectoires diverses. Albert Oustric est resté comme l’un des symboles de la crise bancaire de 1929 avec la faillite bancaire de sa banque en 1930. Jean-Yves Haberer et François Gille seront marqués à jamais par la perte colossale du Crédit Lyonnais au début des années 90. A l’inverse, le la gestion prudente du fondateur du Crédit Lyonnais Albert Germain, qui préconisait la séparation des banques de crédit et de dépôt, permettra à son établissement de surmonter la crise de 1929.

Et pourtant, le ressenti que l’on éprouve lorsque l’on suit la vie de ces banquiers est qu’ils sont en permanence sur le fil du rasoir. La prise de risque est quotidienne et il n’est pas toujours évident de rester prudent puisque le risque de se faire distancer est réel. Quand Albert Germain prend la décision, à la fin des années 1920, de s’écarter du marché américain, il est considéré comme fou puisque c’est dans le nouveau monde que les placements sont les plus juteux.

 

Il importe donc de fixer des règles strictes pour canaliser le secteur bancaire. Faute de quoi les comportements humains iront vers une spéculation toujours plus effrénée qui mettra en danger l’économie réelle.

 

Le problème est qu’actuellement, les règles sont nettement influencées par des lobbies bancaires dont Michel Pébereau est l’une des pièces maîtresses. C’est en prenant conscience de ces phénomènes que l’on se dirigera vers une société moins corrompue par le monde de l’argent dont les banquiers sont le triste symbole. Puisse le livre d’Antoine Girard-Bloc contribuer à cette prise de conscience…

Theux

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Commentaires : 3
  • #1

    rémi (samedi, 22 novembre 2014 13:22)

    Ce livre a l'air passionnant, merci, l'auteur propose-t-il des pistes de réforme urgentes, du genre la séparation des banques ou une régulation possible à l'échelle nationale ? sachant que les banques françaises sont parmi les plus grosses au monde..

  • #2

    Sylvain (lundi, 24 novembre 2014 23:16)

    Bonjour Remi,
    Ce livre est très intéressant. Ce n'est pas tellement un livre de proposition, mais il répond plutot à une démarche sensible "comment les gens qui dirigent, les banquiers, voient-ils le monde ?". Comprendre profondément cet aspect me semble de première importance avant d'initier quelque réforme que ce soit.

  • #3

    a Milton Barbarosh (dimanche, 12 juin 2016 13:27)

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