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21

nov.

2014

Changeons d’agriculture (Jacques Caplat)

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L’agronome Jacques Caplat était l’invité des Amis du Temps des Cerises à Clermont-Ferrand le jeudi 20 novembre. Il est venu présenter son dernier livre : « Changeons d’Agriculture ». L’objet de cet ouvrage est de montrer aux paysans qu’il existe des alternatives à l’agriculture conventionnelle. Les Européens sont pour la plupart tous convaincus qu’il n’existe qu’une seule manière de faire dans le monde agricole. Il s’agit d’une hérésie historique.

 

En effet, historiquement il existe 3 grands foyers agricoles. Celui du croissant fertile qui est à l’origine de l’Agriculture telle qu’on la pratique en occident, celui de l’Asie et celui de l’Amérique latine. L’agriculture du croissant fertile s’est basée sur une vision réductionniste qui consiste à résoudre les problèmes par petits morceaux plutôt qu’essayer de solutionner les difficultés dans leur globalité.

L’agriculture conventionnelle s’est basée sur des cultures pures, où une culture est réservée à une parcelle. En Asie et en Amérique Latine, à l’inverse, l’agriculture s’est construite autour des cultures associées.

 

A l’arrivée on assiste à des aberrations dans l’agriculture conventionnelle, puisqu’au lieu de trouver des plantes qui s’adaptent à leur milieu, on transforme le milieu pour qu’il s’adapte à la plante. Par exemple, si un paysan veut vendre sa récolte il doit acquérir des semences inscrites à un catalogue agréé par les autorités. Mais pour qu’une variété soit inscrite au catalogue, il faut que le semencier prouve que sa graine présente de meilleurs rendements que les variétés déjà inscrites au catalogue. Il s’agit donc d’une logique hors sol complètement artificielle puisque seul le rendement fait foi alors que la comparaison s’effectue dans les conditions de culture de l’agriculture conventionnelle c’est-à-dire avec un milieu transformé par la chimie. Il est clair à ce moment-là qu’il est quasi impossible de produire des rendements supérieurs à l’agriculture conventionnelle comme il est quasi impossible d’aller plus vite qu’une formule 1 sur un circuit. Par contre, sur un chemin de terre il suffirait d’un vélo pour devancer la formule 1…

 

La situation est la même pour les semences de l’agriculture conventionnelle lorsqu’elles sont confrontées à un milieu non modifié par des procédés chimiques d’engrais. En effet dans un tel milieu, les semences auront toutes les difficultés à s’épanouir car elles auront été fragilisées par les opérations chimiques précédentes.

L’adaptation des milieux aux plantes par l’utilisation massive de pesticides constitue un danger majeur pour la santé publique. Les pesticides se retrouvent dans notre assiette, dans l’eau mais aussi dans l’air. En effet, la principale cause dans l’émission de particules fines n’est pas liée aux transports mais à l’utilisation de pesticides dans l’agriculture.

 

Une autre faiblesse de l’agriculture conventionnelle est à mettre en relation avec la production d’énergie, qui est le but premier de l’alimentation. Les hommes mangent pour pouvoir prendre les forces nécessaires à leurs activités. Le problème de l’agriculture conventionnelle est qu’elle produit moins d’énergie qu’elle n’en consomme, ce qui signifie qu’elle est moins efficace qu’à l’époque de la chasse et de la cueillette. A titre d’illustration l’agriculture états-unienne consomme 7 calories pour n’en produire qu’un seul.

 

La course au rendement est également très problématique pour l’emploi. En effet, l’agrandissement des fermes conduit inévitablement à la fermeture de fermes plus petites, ce qui conduit à supprimer des emplois. Dans un contexte de chômage de masse, il n’est pas certain que cette tendance soit la plus pertinente. C’est pourtant l’objectif du Grand Marché Transatlantique dont les médias parlent trop peu.

Au Brésil, 95 % des habitants des favelas sont des anciens salariés agricoles ou sont de leur famille. L’agriculture conventionnelle ne parvient donc pas à nourrir la planète car elle crée des pauvres qui n’ont pas les moyens d’acheter des aliments pour se nourrir.

 

De plus les semences à haut rendement de l’agriculture conventionnelle ne fonctionnent qu’en milieu tempéré, ce qui est loin d’être le cas de l’ensemble de la planète. En Inde, par exemple, les rendements ne sont bons qu’une année sur trois. Les mauvaises années, les agriculteurs indiens n’ont même pas les moyens de couvrir les frais des engrais et des pesticides. Pour se débarrasser de leurs dettes, nombre d’entre-eux se suicident. Il n’est donc pas illogique de qualifier l’agriculture conventionnelle de criminelle.

 

Une alternative à cette agriculture conventionnelle criminelle est de cultiver une mosaïque de culture. Il s’agit alors d’une assurance tous risques puisqu’on est sûrs d’avoir une culture qui va marcher c’est-à-dire de pouvoir se nourrir à la fin de l’année. Bien sûr, il est alors impossible de spéculer comme dans la monoculture…

De plus les rendements sont toujours meilleurs en mélangeant deux cultures plutôt qu’en les séparant sur deux demi-parcelles distinctes. Dans le même esprit l’arbre, qui a souvent été considéré comme un adversaire, est un ami des cultures ; puisqu’il apporte au sol plus qu’il ne lui prend. En effet, il va chercher les richesses profondes du sol et les redescend en automne par ses racines. Enfin la rotation des cultures est un facteur d’enrichissement des sols. Elle est peut-être plus compliquée à mettre en place en Europe qu’en Asie, où les il peut y avoir 2 ou 3 cultures par an, mais elle reste largement conseillée.

 

 

Voilà des pistes qui montrent la supériorité de l’agriculture bio sur l’agriculture conventionnelle qu’il s’agisse de qualité de la nourriture, de santé, de préservation de l’environnement ou d’emplois.  

Theux

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Commentaires : 1
  • #1

    opc14 (lundi, 01 décembre 2014 15:25)

    vous avez vu, la Louve arrive à PAris ! Les temps changent... YOUhou