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01

déc.

2014

Propagande ordinaire : la presse française adore la grève des patrons

Normalement, une grève, c'est pas bien.

Mais là, c'est bien.

D'ordinaire, la presse française nous parle volontiers de "grogne", de "travailleurs pris en otage", de longues journées pénibles, de "ras-le-bol"... Et puis, la légitimité d'un salarié gréviste est toujours suspecte : "pourquoi ? Et avec tous ses privilèges, comment ose t-il ? Dans l'état actuel de notre pays... "

Aujourd'hui, à l'appel des organisations patronales, plusieurs rassemblements ont eu lieu en France dans le but de dénoncer la surcharge administrative ainsi que le manque de flexibilité du marché du travail... Observons la couverture médiatique de l'événement et comparons la à celles des grèves salariales de 2014.

 








Alors certes, le petit patronat a bien raison de descendre dans la rue s'il estime que ses conditions de travail sont dégradées, et certaines réglementations, lourdeurs dans la paperasse... etc pourraient évidemment être améliorées sans forcément nuire à la condition salariale ; et le cas échéant, l'expertise des chefs d'entreprises est bonne à prendre.

En revanche, ce qui dégrade la condition des employés, les fait travailler plus, tout en étant moins protégés ou moins bien payés ne relève que du débat public, et de fait, moins de l'expertise que d'un rapport de force entre intérêts le plus souvent divergents. D'où ce problème fondamental : que fait-on lorsque la quasi totalité de la presse prend systématiquement parti pour le même camp ?



Antoine Lamnège


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Commentaires : 8
  • #1

    Julien (mardi, 02 décembre 2014 12:36)

    Je pense que les médias ne proposent que des titres faisant vendre. Il est clair que les français seront davantage exaspérés par une grève d'Air France ou de la SNCF que d'un patron d'une PME.
    Il faut avouer également que la SNCF et Air France ont tendance à être régulièrement en grève, ce qui n'est pas le cas des patrons.
    Autant je soutiens certaines grèves, autant celle de la SNCF et d'Air France sont, à la longue, exaspérantes.

  • #2

    Julien (mardi, 02 décembre 2014 12:38)

    J'aimerais aussi ajouter qu'étant donné qu'une grandie des titres de presse appartiennent à de grands patrons, le fait qu'ils prennent partie pour le camp patronal n'a rien de surprenant, malheureusement.

  • #3

    Antoine Lamnège (mardi, 02 décembre 2014 15:24)

    Les grèves à Air France ne pénalisent tout de même pas grand monde si je puis me permettre.
    Finalement, le patron de PME apparaît comme légitime à défendre ses intérêts, à utiliser les leviers de contestation qu'il possède, alors que les salariés ne le sont pas. Ils bloquent, ils abusent... on va chercher le syndicaliste en grève un jour sur deux, le micro trottoir assassin, qui traite les salariés de fainéants...
    Rien de tout ça dans notre cas.

  • #4

    Julien (mardi, 02 décembre 2014 22:33)

    Je pense que cela vient plus d'un problème de redondance. La presse nous parle souvent des grèves salariales ce qui provoque une effet "d'overdose".
    Si les patrons de PME se mettaient régulièrement en grève, il y aurait, je pense, le même effet.

    Mais je le redis, pour moi, seuls les grèves de la SNCF m'agacent. Lorsque je fonce à la sortie des cours chez moi préparer mon sac pour prendre le train, mais qu'une fois dans le tram le site de réservations s'actualise pour me dire que le train est annulé, cela me rend fou. Si c'était de temps en temps encore...mais chaque année j'y ai le droit. En plus des retards de 30 minutes à une heure un vendredi soir sur deux.

    Ne prenant pas régulièrement l'avion. Je sais juste que si cela amène les mêmes conséquences, je comprends le désarroi des clients/usagers.

    Loin de moi l'idée de désapprouver l'idée des grèves. Ayant bosser pour, ce qui est à mes yeux la pire entreprise, McDonald's, j'aurais aimé de gros mouvements de grève afin d'établir un environnement plus serein dans cette société. Lorsqu'on dépointe à votre place dans cette société, que vous faites remarqué que cela est illégal et que l'on vous répond "McDo' a un très grand cercle d'avocats" vous finissez par vous demander s'il n'y pas deux types d'entreprises : celle possédant des employés pouvant se permettre de faire grève et les autres.

    Tout cela pour dire, les grèves sont une cause juste, lorsqu'elles ne deviennent pas récurrentes et pour des raisons parfois douteuses.

  • #5

    captp (mercredi, 03 décembre 2014 12:17)

    Le mot patron est trompeur, et son utilisation permet de maintenir une confusion bien utile dans l'esprit des gens. Dans l'optique de diviser pour régner, bien entendu. Car en effet, les gens travaillant en indépendants : artisans, commerçants, chef de petites entreprises (peu aisés) se considèrent comme patrons et vont avoir tendance à adhérer au partis de droite, alors qu'en fait ils n'ont aucun point commun avec les grosses industries et autres corporations dans les faits. Je considère que ce simple biais de langage à une influence énorme sur cette observation simple qui m'a toujours surpris.

  • #6

    Horror (jeudi, 04 décembre 2014 18:51)

    Si les petits patrons descendent dans la rue ce n'est pas pour le spectacle ou un quelconque esprit corporatiste pré électoraliste de quelqu'un qui ne risque rien ou presque. Suivez mon regard.
    S'ils descendent dans la rue c'est qu'ils voient leur instrument de travail qu'ils ont bâti avec leur deniers propre, leur sueur et leur sang mis en péril par des iconoclastes idéologues est mis en péril. Il suffit de voir les chiffres des fermetures et également ceux des créations d'entreprises, en explosion pour les premiers, en voie de disparition pour les second.

    Il faudra bien vous y mettre les étudiants, car les boites n'embauchent plus, vous n'aurez plus de job autre que des stages d'esclaves et pour les plus chanceux quelques CDI payés au lance pierre.
    Entreprenez donc, il ne vous reste que cela, on en rediscutera après.

  • #7

    Zasttava (jeudi, 04 décembre 2014 20:09)

    "Alors certes, le petit patronat a bien raison de descendre dans la rue s'il estime que ses conditions de travail sont dégradées, et certaines réglementations, lourdeurs dans la paperasse... etc pourraient évidemment être améliorées sans forcément nuire à la condition salariale (...)"

    Il n'estime pas : il vit, il subit.
    "Lourdeurs dans la paperasse" : savez-vous ce que c'est de subir un contrôle URSSAF ou fiscal, quand vous dirigez une TPE de moins de 10 salariés, ou une PME non affiliée ?
    En avez-vous la moindre idée ? Les boules au ventre, cette angoisse qui vous empêche de dormir durant une semaine, parce que les gens en face de vous, tels des robots (y'a pas d'autres mots) traquent le moindre écart, la moindre erreur, même celle de votre comptable, qui n'a pas anticipé ce changement de réglementation annuel (pasqu'en France, c'est tous les ans qu'on se tape ça - et lorsqu'on appelle l'administration, voici la réponse : "Nous n'avons pas encore reçu de circulaire à ce sujet, on en sait pas !" - c'est LOL ça Antoine !!).

    Comprenez-vous ça, vous qui semblez détenir la Vérité par la Sociologie, que se faire écraser par l'administration peut rendre psychorigide, sans pour autant remettre en cause le fonctionnement de redistribution sociale de ce pays ?

  • #8

    AF30 (lundi, 08 décembre 2014 23:33)

    ils ne faudrait pas qu'ils s'absentent trop longtemps parce que bon nombre se rendraient compte que leur présence n'est pas forcément nécessaire. Imaginez à contrario une grève de quelques jours des agents d'entretien dans un aéroport ou une gare. Quant à ceux qui nous demandent d'imaginer tous les supplices qu'ils subissent, il faut les rassurer, car même si nous étions peu dotés d'imagination, la répétition quotidienne, dans les médias, de leur grandes souffrances compenserait largement cet handicap. Un dernier mot sur le refrain des règlements et machin et toussa, celui de Lacordaire : " c' est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »