mar.

09

déc.

2014

Sélection naturelle (Alexandre Grondeau)

Pour lire « Sélection naturelle » il importe avant toute chose de ne pas s’arrêter à l’image de couverture qui laisserait à penser que nous aurions affaire à un mauvais roman de gare. Le livre d’Alexandre Grondeau est beaucoup plus que cela dans la mesure où il s’efforce de peindre notre société telle qu’elle est avec sa violence, ses injustices, ses faux-semblants et ses choix.  Dès le début du livre la citation de Charles Darwin pose le décor : « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. » Bienvenue dans le système capitaliste à travers la vie de trois personnages : Yan, John et Jean.

 

Trois personnages dans trois situations complètement différentes et plus ou moins bien insérés dans la société. Yan est un petit trafiquant qui aspire à l’agent facile et à la vie qui l’accompagne. Dans ce milieu de la drogue, il cherche à progresser comme un employé lambda dans une société lambda. John est un avocat d’affaire dans un cabinet les plus prestigieux de la place de Paris. Il se démène comme un forcené pour devenir associé synonyme de rémunération indécente. Jean, quant à lui, est bien loin de tous ses tracas puisqu’il jouit d’une retraite paisible qu’il passe entre les montagnes et les bars du pays niçois. Pour lui, l’inquiétude est ailleurs. Son médecin ne lui donne plus que quelques mois à vivre.

Yan, John et Jean sont des individus confrontés à des situations très différentes. Pourtant ils vont tous devoir faire un choix qui va avoir une influence décisive sur leurs vies respectives. Yan est confronté aux turpitudes du « business ». Un monde sans foi ni loi. Il va être confronté aux trahisons de ses amis, aux attaques des bandes rivales, à l’intransigeance de ses créanciers à l’impatience de ses clients, à la froideur du système judiciaire, à la violence policière.


A un autre niveau, John connaît également de violents tourments. La pression de sa hiérarchie, les cadences inhumaines imposées par son travail, l’exigence de ses clients, la concurrence de ses collègues l’obligent à tout négliger sur l’autel de son objectif ultime : devenir associé de ce grand cabinet d’avocat pour lequel il travaille. Sa famille, ses amis, sa santé en font les frais. Pour supporter ce stress permanent, il entre dans la voie dangereuse des médicaments et de la drogue.


Jean, quant à lui, est face à lui-même. La proximité de sa mort l’incite à effectuer le bilan de sa vie. Il repense à ses amis du bar niçois qu’il fréquente, des compagnons de beuverie qui lui témoignent une certaine sympathie. Il repense à son amour de la montagne, à ses heures passées dans des paysages grandioses. Il repense à sa femme, qu’il a laissée bien seule pour éduquer son fils. Les ennuis récents de ce dernier, lui donnent cependant une occasion de se racheter vis-à-vis de ce fils qu’il a trop négligé.

Nice
Nice

Face à ces trois portraits à la fois différents et communs, il s’agit de faire le bilan de la société dans laquelle nous vivons et notamment de se questionner sur les conséquences de notre système économique. Pourquoi Yan risque-t-il sa vie et son avenir ? Pourquoi John choisit-il de sacrifier sa famille, ses amis et sa santé ? A quoi pense Jean au moment de partir ? Pour les deux premiers, la réponse est claire. Il s’agit de gagner le plus d’argent possible. Pour en faire quoi ? La réponse reste en suspens. Pour vivre la « grande vie ». Pour pouvoir se vautrer dans une société de consommation dans laquelle la maxime est « je consomme donc je suis ». Pour le pouvoir ?


Tout cela peut sembler bien futile lorsque l’on constate que les temps libres de John sont extrêmement limités ou que Yan se retrouve emprisonné. Jean, quant à lui, s’apprête à rejoindre à rejoindre l’au-delà. Il ne veut pas subir la mort mais veut la provoquer. La question de la mort est parfois aussi insoluble que celle de la vie.


La force de ce roman est de mettre en avant les dérives de notre système sans exonérer de leurs responsabilités la nature humaine et les contradictions de chacun. L’homme est ainsi mis en lumière avec ses grandeurs et ses zones d’ombres. L’essentiel semble être de comprendre que les comportements humains varient énormément en fonction des circonstances. Parvenir à favoriser les plus belles attitudes de l’homme au détriment de ses plus mauvaises est le défi permanent de notre société. Force est de constater que le système néolibéral essuie un échec aussi cuisant que le système communiste.


Theux

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Commentaires : 2
  • #1

    mignontouplin (mercredi, 10 décembre 2014 23:57)

    La citation est apocryphe et ne reflète pas la pensée de Darwin. En effet selon sa théorie, ce ne sont pas les espèces les plus réactives aux changements qui ont le plus de chances de survivre mais celles possédant déjà les bonnes caractéristiques physiques à transmettre à la génération suivante. La théorie est simple mais paradoxalement incomprise par le commun des mortels.

  • #2

    Guadet (jeudi, 18 décembre 2014 14:01)

    Tout était inscrit dès le XVIIIe siècle dans la déclaration des droits de l'homme avec la poursuite du bonheur. À partir du moment où l'idéal est individualisé et réduit à son propre intérêt, le matérialisme triomphe et l'homme est mis en concurrence avec tout le monde dans le but d'avoir le plus d'argent possible.
    Cela a toujours été dénoncé mais le système libéral s'est défendu habilement en ringardisant les émetteurs de critique et en les accusant d'être des ennemis de la liberté. Le néolibéralisme est en parfaite continuité en cela.