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janv.

2015

2015 et les "utopies mobilisatrices" du journal Le Monde

Un éditorial du Monde, c'est comme un chocolat Mon Chéri : on y goûte encore par politesse ; chaque année, c'est la même chose : on espère qu'il sera meilleur que celui de l'an passé, offert par grand-mère pour les fêtes au pied du sapin ; et puis, finalement, au moment d'absorber la substance qui l'habite – que ce soit un alcool de cerise ou du dogmatisme altantiste et libéral – on se rend compte que c'est infecte. L'éditorial du 1er janvier 2015, à l'instar de nous tous, faisait donc vœux d'un monde meilleur.

Et pour répondre à la préoccupation principale des citoyens français, le chômage, l'auteur, dans le plus pur classicisme intellectuel, nous souhaitait ainsi la bonne année :


Éditorial du «Monde»


Il en est bien souvent des vœux de Nouvel An comme des plans sur la comète. Après des années d’une crise économique majeure, doublée de chambardements géopolitiques et d’un redoutable dérèglement climatique, il n’est pourtant pas interdit de souhaiter un monde meilleur en 2015.


Un monde meilleur ? Cela suppose, d’abord, l’intensification de la lutte contre l’« Etat islamique » et sa barbarie aveugle. Cette organisation terroriste ne ravage pas seulement une Syrie déjà dévastée par trois ans de guerre civile et un Irak chancelant. Elle déstabilise le Moyen-Orient, essaime en Afrique et en Asie du Sud, vient recruter jusqu’en Europe.
Pour que le combat des Etats-Unis, de la France et d’autres contre l’islamisme radical ait une chance de réussite durable, il lui faudra le concours plus net des puissances régionales.





Souhaitons donc que la Turquie et l’Arabie saoudite sortent de leur ambivalence à l’égard de l’extrémisme sunnite.


Pour l’Europe, l’urgence n’est pas seulement au sud, elle est aussi à l’est. L’Union européenne, unie, doit continuer à contrecarrer les menées du président Poutine à l’égard de ses voisins et en particulier de l’Ukraine. Les sanctions sont efficaces. Mais il faudra éviter que, sous l’effet de la baisse des prix du pétrole, l’économie russe ne s’effondre et déstabilise, par ricochet, les économies européennes. Rester fermes mais ouverts au dialogue avec Moscou, soutenir le nouveau pouvoir ukrainien, tout en l’encourageant vigoureusement à réformer le système qui a conduit le pays à la faillite, tel devrait être le cap.


Difficile d'être plus atlantiste, n'est-ce pas ? L'auteur espère sans doute, afin de contrer ses deux lubies géopolitiques, une intervention au sol des troupes françaises, sous l'égide de l'OTAN, dont les guerres justes font merveilles...

Quoi qu'il en soit, les PRIORITES du journal le Monde sont claires : défendre l'OCCIDENT. Ensuite, on peut parler de choses plus concrètes : « d'utopies mobilisatrices » par exemple...


Utopies mobilisatrices


L’autre priorité des Européens est de conjurer la déflation-stagnation. Comme un gros nuage noir sur 2015, cette menace doit mobiliser tous les leviers économiques, pour éviter à l’Union le sort de la « décennie perdue » du Japon.

Souhaitons aussi qu’elle mette sur pied une politique de l’immigration sérieuse, capable de réguler un phénomène qui transforme nos sociétés et exacerbe de dangereux populismes. Souhaitons enfin que l’Europe – et au premier rang la France, qui accueillera à Paris, à la fin de l’année, une conférence capitale sur le climat – sache entraîner dans son sillage le reste du monde pour engager enfin, sans barguigner, une lutte efficace, concrète et collective contre le réchauffement de la planète.






Ce qui vaut pour le monde vaut évidemment pour la France. Lucidité, courage et réalisme des gouvernants – les conditions de la confiance des peuples – y sont tout aussi indispensables. Si ce n’est davantage, tant le pays paraît anxieux, ankylosé, oublieux de ses atouts, orphelin d’un projet de citoyenneté et d’un destin national assumés. Pour sortir de cette dépression, les remèdes sont connus : dépasser la guerre civile froide et stérile qui tétanise le jeu politique et alimente la défiance des citoyens, surmonter les corporatismes qui paralysent le pays, confortent les rentes, creusent les inégalités et empêchent la réforme, sortir de l’illusion périlleuse que la France pourrait échapper, seule, de la crise, permettre au pays de se situer et de s’engager avec confiance dans le monde actuel.



Nul doute que ces quelques vœux apparaîtront à beaucoup – désabusés, sceptiques ou cyniques – comme autant de naïvetés. Personne ne devrait pourtant oublier que le monde n’a jamais progressé que grâce aux utopies mobilisatrices. Comme cette devise forgée voilà plus de deux siècles : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Beau programme, pour 2015.


Beau programme ?

Donc, résumons : 1) lutter contre l'Etat Islamique, 2) contre Poutine 3) contre l'immigration 4) contre les déficits...


Voici donc, en exclusivité, NOTRE utopie mobilisatrice, si toutefois les mots ont encore un sens :


2015 : les citoyens, informés par des dizaines d'excellents blogs et journaux autrefois marginaux, prennent conscience qu'ils sont libres de diriger l'économie en un sens où un autre, selon leurs intérêts qui sont débattus au sein de l'espace national.

La sortie de l'Euro ainsi que la remise en cause des dogmes libre-échangistes professés par l'Union Européenne apparaissent aux français, comme à bien d'autres peuples comme nécessaires, et ceux-ci se concertent en vue de rétablir du bon sens en économie, pour une production de richesse plus locale, plus respectueuse des travailleurs et de l'environnement.

Les citoyens s'accordent sur le fait que les souverainetés monétaire, budgétaire et douanière leur appartiennent.


Les autoroutes sont nationalisées.

Les banques sont séparées entre sociétés de dépôt et d'investissement.

Les cotations boursières cessent d'être continues, les produits dérivés sont interdits et les durées d'investissement sont garanties par une durée plancher.


Le pays lance une souscription nationale afin de financer la construction de centaines de milliers de logements ainsi qu'une transition énergétique rapide qui limiterait notre dépendance extérieure, la destruction des ressources tout en créant des emplois dans de nombreux secteurs.


La dynamique s'inverse... Dès la fin de l'année, l'inflation repart ! Le pouvoir d'achat a certes légèrement baissé ces quelques mois d'été, mais ça y est ! La courbe du chômage s'inverse de manière spectaculaire...

Aidé par la forte dévaluation monétaire, un entrepreneur auvergnat monte sa boîte de réfrigérateurs made in France et connaît un succès notable. Arnaud Montebourg lui rend visite. On n'avait plus produit un frigidaire dans l'Hexagone depuis plus d'une décennie. Pour l'acier, il décide de se fournir à Florange et Gandrange dont les sites sont modernisés.


Partout en France, de nouveaux entrepreneurs s'agitent, frétillent...  Oui ! Il est aujourd'hui possible de produire sur le territoire ce que l'on importait l'an passé encore de Chine ou de Thaïlande dans des conditions déplorables... Le rétablissement de taxes douanières est largement soutenu par l'opinion publique.


Le journal Le Monde défend avec opiniâtreté la libre-circulation intégrale des biens et des capitaux, mais son discours extrémiste ne porte plus dans la société depuis déjà longtemps...


Angela Merkel, en juillet, dans une allocution à la CDU cite 37 fois le mot France, saluant « le courage et l'audace française », dénonçant "l'apathie" de ses concitoyens...


Le déficit commercial commence à se résorber, de même que les comptes publics s'approchent de l'équilibre... La France et l'Italie, menant des politiques comparables, lancent conjointement un projet prometteur de recyclage des téléphones intelligents et s'associent dans la lutte contre l'obsolescence programmée des biens.


Enfin, plus que tout, la question de la durée du temps de travail se pose à nouveau. Dans les grandes entreprises, les salariés se voient interdire le travail après 18 heures.


Le travail le dimanche est dénoncé comme un aberration et définitivement interdit, excepté pour les biens culturels, les lieux de sociabilité, et les services d'intérêt public. Le réalisme de nos dirigeants les pousse à mieux partager : en septembre à l'assemblée, on débat pour la première fois de la semaine de 30 heures, ainsi que d'une septième semaine de congés payés.


Les comptes publics permettent l'emploi de plus d'infirmiers, de professeurs et de policiers, là où ils manquent.


La pauvreté recule.


Pierre Gattaz et Manuel Valls annoncent leur exil au Royaume-Uni. Ils font appel à Didier Delmer.



Antoine Lamnège

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Commentaires : 4
  • #1

    Woyzeck (vendredi, 02 janvier 2015 19:10)

    Merci a l'équipe de l'espoir pour ces magnifiques voeux, les seuls qui nous permettent justemebt de garder espoir ! Bonne année a vous aussi les gars et les filles !

  • #2

    Guadet (vendredi, 02 janvier 2015 23:43)

    Apparemment, Le Monde cire les pompes de Hollande. Je n'ai pas regardé les vœux de ce dernier, mais j'imagine que ça ressemble étrangement.
    Vous, M. Lamnège, j'ai peur que vous rêviez. Espérer une conversion miraculeuse du gouvernement français ou l'arrivée d'une personnalité providentielle n'est pas sérieux. L'habitude est maintenant prise de ne plus tenir compte ni de la réalité, ni de la raison.

    Bonne année pourtant à vous et à toute l'équipe et aux commentateurs. Je crois à un niveau profond de la vie et de la conscience, loin du spectacle médiatique et politique, où l'on peut encore trouver joie et sérénité.

  • #3

    Antoine Lamnège (samedi, 03 janvier 2015 17:39)

    @Woyzeck @ guadet Merci à tous les deux, lecteurs assidus et influents de ce blog... Bonne année

  • #4

    honoré (vendredi, 09 janvier 2015 13:10)

    Bon, pour lutter contre le fanatisme, c'est fait ! passons au reste maintenant