dim.

04

janv.

2015

L'appel du 12 juin 1709 de Louis XIV 

Voici un fait historique important et pourtant peu enseigné de l'histoire de France : l'appel de Louis XIV au peuple de France le 12 juin 1709. Le texte est extrait de François Bluche.

 

Les malheurs du temps ont rapproché le vieux Roi de son peuple: sans la disette de 1709, Louis n'aurait pas accordé autant de concessions. Mais la sotte et criminelle intransigeance de nos adversaires va contraindre la France à un nouvel effort. Il se traduira par une large mobilisation des esprits et des cœurs. Celle-ci achèvera d'unir les peuples et leur souverain.

Le 12 juin 1709, un roi qui ne doit de compte qu'à Dieu, un roi maître absolu de la guerre et de la paix, va s'adresser, en toute simplicité et toute humanité, à l'opinion publique, l'associer à sa politique. Par un procédé insolite d'une lettre aux sujets - lettre que les gouverneurs et intendants sont chargés de répandre partout (les évêques ayant reçu un texte plus bref) -, Louis XIV introduit dans son régime une part assez large de démocratie. Le vieil homme a toujours su s'adapter aux pires situations. Il ne va pas aujourd'hui laisser s'échapper une des dernières chances de sauver le royaume: il faut que les Français comprennent que la prolongation de la guerre ne dépend pas du Roi: elle n'est due qu'à la mauvaise volonté des ennemis.

"L'espérance d'une paix prochaine, écrit le vieux prince, était si généralement répandue dans mon royaume que je crois devoir à la fidélité que mes peuples m'ont témoignée durant le cours de mon règne, la consolation de les informer des raisons qui empêchent encore qu'ils ne jouissent du repos que j'avais dessein de leur procurer. J'avais accepté, pour le rétablir, des conditions bien opposées à la sûreté de mes provinces frontières; mais plus j'ai témoigné de facilité et d'envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions." Ces dernières étaient moins la recherche d'une paix durable ou d'un équilibre international, qu'une volonté d'encercler la France en vue de futures invasions, débutant aussitôt sous couvert d'une trêve fallacieuse, quasi unilatérale.

                "Je passe sous silence, poursuit Louis XIV, les insinuations qu'ils m'ont faites de joindre mes forces à celles de la ligue, et de contraindre le roi mon petit-fils à descendre du trône, s'il ne consentait pas désormais à vivre sans Etats, et à se réduire à la condition d'un simple particulier. Il est contre l'humanité de croire qu'ils aient seulement eu la pensée de m'engager à former une telle alliance. Mais quoi que ma tendresse pour mes Peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants; quoi que je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j'aie fait voir à toute l'Europe que je désirais sincèrement de les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils se refuseraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français."

                Le Roi compte sur le soutien total de son peuple, associé, par une sorte de référendum implicite, aux grands choix de la diplomatie mondiale. Il place d'ailleurs sa confiance "en la protection de Dieu". "J'écris aux archevêques et aux évêques de mon royaume d'exciter encore la ferveur des prières dans leurs diocèses; et je veux en même temps, ajoute le souverain, que mes peuples, dans l'étendue de votre gouvernement, sachent de vous qu'ils jouiraient de la paix, s'il eût dépendu seulement de ma volonté de leur procurer un bien qu'ils désirent avec raison, mais qu'il faut acquérir par de nouveaux efforts, puisque les conditions immenses que j'aurais accordées sont inutiles pour le rétablissement de la tranquillité publique."

Cependant à l'appel du Roi, le peuple de France se réveille et se mobilise. Trois mois vont suffire à redresser, au moins provisoirement, la situation militaire. La lettre aux sujets portait la date du 12 juin, le 12 septembre le royaume semblait presque sauvé. Pris en tenaille entre le souverain et la Nation, les généraux parurent transformés. Monsieur de Bezons, naguère bien réticent à soutenir Philippe V,  décida de laisser quatre bataillons à la disposition de l'Espagne. Assiégé dans Tournai à la fin de juin, Louis-Charles de Hautefort, marquis de Surville, tint cette place jusqu'au 29 juillet. Le 31 août il refusait encore de rendre la citadelle, à moins d'obtenir tous les honneurs de la guerre. Il ne se rendit que la nuit du 2 au 3 septembre, sa garnison décimée ayant eu permission de "revenir en France avec toutes ses armes et ses drapeaux et même du canon." Ce général avait décidé, si les plus grands honneurs lui étaient refusés, "de faire sauter la citadelle, et de sortir pendant la nuit dans la ville,  d'égorger la gare d'une des portes, et de se retirer par là, toute sa garnison lui ayant promis d'exécuter un dessein si glorieux, mis en même temps si dangereux." Encerclé par des forces écrasantes, Surville avait tenu cinquante-sept jours de tranchée ouverte. Le P. Anselme précise que, pour résister davantage, il avait employé "jusqu'à sa vaisselle d'argent dont il fit couper et frapper des pièces de vingt ou de vingt-cinq sols."

                Le 7 août, Noailles remportait des succès sur le front de Catalogne. Le 26, le compte du Bourg écrasait M. de Mercy à Rummersheim, lui tuant ou blessant 7000 hommes, sauvant la Haute Alsace. Deux jours plus tard Dillon, maître de Briançon, mettait l'ennemi en fuite. Le 2 septembre, Noailles gagnait un nouveau combat près de Girone. Enfin le 11 septembre, Malplaquet fut la dernière bataille offensive et vraiment inquiétante engagée par les alliés. Ils garderont le champ de bataille. Ils seront donc, selon les préjugés du temps, les vainqueurs nominaux. Mais ils perdront beaucoup plus de monde que nous, et le Maréchal de Boufflers, remplaçant Villars blessé, repliera l'armée française dans un ordre parfait.

 

                La chanson populaire qui naît presque aussitôt, Malbrouk s'en va-t-en guerre, est divinatoire. Malplaquet, la bataille "la plus sanglante et la plus opiniâtrée, qui se soit donnée pendant le règne de Louis XIV", fut un peu la fin stratégique de celui qui était jusqu'alors l'invincible Marlborough.

Lechypre : "Les français sont des tire-au-flanc"
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De Gaulle : "Le Peuple est patriote, les bourgeois ne le sont plus !" (1963)
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Commentaires : 3
  • #1

    Guadet (lundi, 05 janvier 2015 22:17)

    Dans la cérémonie du sacre, il y avait deux moments importants : l'Acclamation, qui signifiait que le futur roi l'était par désir et choix du peuple, et le Sacre proprement dit, inspiré de l'onction de David dans la Bible, qui le rendait responsable devant Dieu, l'obligeant à ne travailler qu'au bien public. Le lien du roi avec son peuple était comme un mariage librement consenti et sacré.
    Cela pouvait fonctionner très bien à une époque où la mentalité était fort différente de celle individualiste d'aujourd'hui.

  • #2

    Guadet (mardi, 06 janvier 2015 21:29)

    Je ne veux pas dire que c'était une époque idéale. Il y a d'ailleurs dans l'"appel" de Louis XIV une part de volonté de maquiller la réalité et de façonner l'opinion qui annonce les défauts de la politique d'aujourd'hui.
    Il reste que cela tenait grâce à une foi, ou du moins une transcendance, qui rendait chacun responsable des autres. L'idée d'une Vérité supérieure rendait une justice équitable possible par exemple.
    Aujourd'hui s'est développé un système qui nie toue Vérité, toute transcendance, et même l'homme lui-même.
    http://plunkett.hautetfort.com/archive/2015/01/05/anders-et-l-obsolescence-de-l-homme-5526664.html

  • #3

    honoré valmon (vendredi, 09 janvier 2015 13:09)

    merci de reprendre cet appel en tant que républicains
    "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.
    L’étrange défaite (1940), Marc Bloch"