mer.

21

janv.

2015

Les Affaires pas vraiment sensibles de Fabrice Drouelle 

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« Le problème, me disais-je l’autre jour en écoutant Affaires sensibles, l’émission quotidienne de Fabrice Drouelle sur France Inter (15h-16h), c’est que bien souvent, il n’y en a pas… de problème ! dans ce dont il me parle… ». On écoute et puis on se dit : « C’est vrai… cette affaire fut sensible autrefois… ».

Ou encore : « Fichtre ! Les vilaines manières de jadis… » ; Espionnage, meurtres, polémiques culturelles… Tout y passe. Sauf qu’évidemment, à de très rares exceptions près, les sujets traités n’ont plus rien de sensibles aujourd’hui. 

Le titre était ambitieux pourtant ; la plage horaire également, s’agissant ni plus ni moins pour le journaliste Fabrice Drouelle que de remplacer Daniel Mermet et son historique Là-bas si j’y suis, feue LA seule émission de service public à laisser une place au traitement social et hétérodoxe de l’information…

Quatre mois après ses débuts, un premier constat s’impose : Fabrice Drouelle a bien compris le message de sa direction, et n’assure plus tout à fait le même « service intellectuel » que son prédécesseur.

 

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Fabrice Drouelle

D’abord - et ce n’est pas anecdotique - le format journalistique n’est plus le même.


Sans être Daniel Mermet, Fabrice Drouelle aurait pu conserver le format reportage, si rare et si précieux en radio, laissant la parole aux catégories invisibles médiatiquement (ouvriers, chômeurs, artisans, instituteurs, professions du social, routiers…). Il ne l’a pas fait, préférant une fois de plus l’emploi systématique d’archives audio, certes plaisantes, mais somme toute très pauvres en dehors de leur apport purement chronologique.


Aussi, les invités d’"Affaires sensibles", chargés en deuxième partie d’émission de confier leur point de vue personnel sur l’événement du jour, se sont, s’il est possible d’oser une comparaison globale avec ceux qui sévissaient sur les ondes du temps de Mermet, dirons-nous « normalisés ». 

Terminé les Lordon, Halimi, Ruffin, Monde Diplo et autres originaux de la gauche radicale. Exit les syndicalistes, les ouvriers, les auteurs confidentiels…


La gauche admise les a remplacés : celle des Jack Lang, Benoit Hamon, José Bové, Noël Mamère et autres « réformistes » à la dent molle contre l’Europe, la finance ou encore les médias…


A la marge, Fabrice Drouelle tolère un « radicalisme rassurant » : Eva Joly, Philippe Poutou, figures audiovisuelles « acceptables ». A noter 4 exceptions toutefois, qu’il faut saluer : Laurent Mauduit, Edwy Plenel, François Cusset et Paul Jorion, représentants d’une ligne idéologique plus tranchée, et invités une fois chacun. 


Pas de quoi faire oublier l’essentiel.



Car, enfin et surtout, comme à chaque fois que notre espace médiatique de pensée se rétrécit, la rubrique FAITS DIVERS a pris du galon... Ainsi, depuis septembre, sur 95 émissions diffusées, 19 ont été consacrées à des faits divers. 18 à des événements internationaux, 14 à des questions culturelles, 25 à de grands scandales de corruption, 7 à des exploits sportifs et 5 seulement à des questions économiques et sociales. 


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Surtout, seules 14 d’entre elles traitaient de d’objets politiques directement contemporains pour lesquels un éclairage du passé eût pu nous amener à réfléchir. Les autres « Affaires sensibles » l’étant finalement bien peu au regard de ce qui nous occupe toujours aujourd’hui : la pauvreté, le chômage, la corruption économique actuelle, la reproduction patrimoniale, culturelle, la montée des communautarisme, le quotidien à l’école, l’Europe, les lobbies, le conformisme médiatique, les prestations rémunérées de certaines stars du journalisme … etc.

Bref, sur tout ce qui EST sensible et mouvant, incertain, contestable…  


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Pour terminer, et se faire une meilleure idée du ton de l’émission, je ne résiste pas à vous retranscrire cet échange savoureux, daté du 15 janvier 2015, entre Fabrice Drouelle et Jack Lang, invité à venir commenter la polémique déclenchée par le projet de construction de la pyramide du Louvre, dans les années 80 :


J.Lang : Dans les années 80-82, les affrontements entre la droite et la gauche étaient d’une grande force, d’une grande véhémence et en particulier, tout ce que nous concevions avec François Mitterrand pour la culture était source de polémiques de débats et je ne m’en suis jamais plaint ; je dois dire que personnellement, je préfère une époque où l’on s’affronte à propos de l’art et de la culture qu’une époque où il y a une sorte de consensus mou ou d’indifférence.


F.Drouelle : Post politique… quasiment, on est presque dans une situation post politique. A l’époque vous étiez ministre, vous étiez dans une société politique et qui débattait …


J.Lang : Absolument ! Bon c’était encore l’idée de camps de l’est et de l’ouest, de capitalisme… et puis la gauche venait d’arriver au pouvoir, c’était un événement...


... c’était sans précédent, c’était inédit !Nos personnalités respectives aux uns et aux autres… nous n’avions pas notre langue dans notre poche, si j’ose dire… et surtout, et surtout, nous étions décidés avec François Mitterrand à foncer, à aller de l’avant, à construire, bâtir, transformer de Paris à chaque village de France…  (hé, hé ! sans rire...)


F.Drouelle : Hmm.


J.Lang : Et, nous étions habités par une rage d’agir et de transformer. Le Louvre est un des points d’application, si j’ose dire, de cette volonté de transformation.


F.Drouelle   : Alors, on le voit justement, parce qu’on est arrivé assez vite dans les années dites « de rigueur », parce qu’il fallait déjà équilibrer les finances ; et malgré tout, il y avait ce qu’on appelle la volonté politique, c'est-à-dire qu’il y a un contexte économique, puis à côté, il y a une volonté politique ;  et en dépit du contexte économique, parce qu’on a cette volonté, on dit « on fait ! », c’était ça le Louvre, non ?


J.Lang : Exactement.



Corrosive l’interview, n’est-ce pas ? Sur un thème, qui plus est … chaud, chaud, chaud… ! A croire que Fabrice Drouelle n’a pas quitté son studio depuis sacrément longtemps. Ah ! On me glisse dans l’oreillette qu’on l’aurait-on choisi pour cette exacte raison ?



Antoine Lamnège 

Et sinon : 

France Inter aime Netflix mais pas la grève...
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Commentaires : 17
  • #1

    Guadet (mercredi, 21 janvier 2015 20:23)

    Circulez, il n'y a rien à voir ! Finis les problèmes politiques et les problèmes économiques. M. Valls vous l'a bien dit : le seul problème qu'il y ait en France est un problème d'apartheid. La seule tâche qui incombe au gouvernement est donc de lutter contre le racisme en imposant la morale républicaine laïque.

  • #2

    Guadet (jeudi, 22 janvier 2015)

    À quoi bon des débats, à quoi bon des contradicteurs, alors que notre route est toute tracée. Notre avenir politique : l'Union européenne ; notre avenir économique : le capitalisme néolibéral ; notre avenir social : le dialogue libéré du carcan du droit du travail ; l'avenir de la société : l'individu libéré de toute tradition, de toute limite imposée par la nature, et, finalement, de tout lien social, pour une humanité d'hommes-dieux en osmose parfaite avec la divinité Marché.
    Le libéralisme libertaire est un totalitarisme poussé à une telle perfection que tout contradicteur éventuel est immédiatement ringardisé au point qu'on n'a même pas besoin de l'enfermer dans un asile de fou.

  • #3

    twim (jeudi, 22 janvier 2015 08:09)

    cette question du reportage est essentielle, où sont les journalistes qui se déplacent aujourd'hui plutôt que de récupérer les dépêches de l AFP ou des concurrents. Le course à l'échalotte, pas fraîche, pas bio, pas vérifiée
    à la BFM

  • #4

    Olivier de Nantes (jeudi, 22 janvier 2015 19:15)

    "A noter 4 exceptions toutefois, qu’il faut saluer : Laurent Mauduit, Edwy Plenel, François Cusset et Paul Jorion, représentants d’une ligne idéologique plus tranchée, et invités une fois chacun."

    J'aurais placé Plenel dans la catégorie précédente...

  • #5

    Antoine Lamnège (jeudi, 22 janvier 2015 20:33)

    @Olivier de Nantes. Disons que pour Plenel, ça dépend des sujets... Vous avez raison.

  • #6

    Lhuissier gérard (vendredi, 27 février 2015 13:58)

    L'émission de Franc Inter : Affaires sensibles , est rarement intéressante à tel point que je ne
    l'écoute plus , les thèmes abordés , ne sont que du réchauffés , trop confortable pour captiver
    l'auditeur , même si le journaliste y met sa voix déterminée . C'est vrai que pour remplacer
    les émissions de la-bas s'y suis , émissions qui étaient créatives , vivantes et dans l'air du
    temps , c'était mission impossible . France Inter , ronronne et n'a plu le punch que ses journalistes d'hier imprimaient à cette radio publique .

  • #7

    Emmanuelle (jeudi, 28 mai 2015 01:30)

    Voix maniérée, vieillotte, théâtreuse, texte trop lu, dévidé... au bout de qques minutes, je ne supporte déjà plus :-(
    Quant aux sujets et à leur traitement, il se mouille pas le Drouelle. Désolée, Pour moi, c'est eject

  • #8

    statut sa (lundi, 07 septembre 2015 17:52)

    Bonjour, je trouve votre site très intéressant .Merci pour les informations.

  • #9

    MARTIN (mercredi, 11 novembre 2015 16:05)

    Pourquoi Fabrice Drouelle s'ostine-t-il à " redoubbbbllller " voir même "tripppplller " les "consonnnnnnes" ? C'est tout à fait insupportable et donne un air suffisant à ses chroniques.

  • #10

    Totor (dimanche, 22 novembre 2015 09:13)

    @Martin
    "Pourquoi Fabrice Drouelle s'ostine-t-il à " redoubbbbllller " voir même "tripppplller " les "consonnnnnnes" ? C'est tout à fait insupportable et donne un air suffisant à ses chroniques."

    I-N-S-U-P-P-O-R-T-A-B-LE tic de language indeed! Insupportable et ridicule, voire... précieux-ridicule dans la langue de Molière! Comment peut-on au quotidien, en France sur une chaîne nationale à une heure de grande écoute, (dés)articuler et massacrer ainsi le français? Je ne pige pas.

  • #11

    ALAIN (lundi, 23 novembre 2015 15:37)

    eh oui ce n'est pas facile de passer derriere MERMET
    qu 'est ce qu'il nous manque
    comme beaucoup j'ai pris l'habitude de fermer le poste a 15h , ne supportant plus ni le fond (sujet sans grand interet) ni la forme ( langage precieux et ridicule) , musique d'intro insupportable
    pauvre DROUELLE
    bref france inter s'ammollit , se ertehelise ......
    quel dommage

  • #12

    Tahar Tahmpion (mercredi, 02 décembre 2015 05:05)

    Je suis de droite. J'écoutais Mermet, il m'amusait et souvent il tapait juste. Mais Drouelle, c'est pas possible. Les trémolos dans la voix, les sujets genre Bellemarre, on se croirait sur TF1. Vivement la prochaine grille qu'ils nous mettent, je sais pas moi, Patrick Sébastien ?

  • #13

    Agnès (mardi, 12 janvier 2016 16:13)

    Désolée, mais je ne suis pas d'accord avec les autres commentaires. J' aime beaucoup cette émission que j'écoute souvent en podcast. Bien sûr, cela n'a rien à voir avec l'émission de Mermet mais cela permet de revisiter des affaires que je ne connaissais pas ou seulement superficiellement. J'espère vraiment que l'émission va continuer.

  • #14

    Aide Gard (jeudi, 31 mars 2016 08:18)

    J'ai découvert Affaires Sensibles, cette année et au début j'ai vraiment trouvé ça bien. Ça me rappelait les Rendez-vous avec X. Au fur et à mesure, je rejoins la majorité des avis qui s'expriment ici. Une jolie voix, un beau phrasé (même si je comprends que ça ne puisse fatigué) et on se laisse rapidement prendre par l'histoire mais des sujets au final assez creux et des erreurs dans les mots employés régulières.

  • #15

    Etienne (vendredi, 17 juin 2016 23:40)

    Moi je trouve l'émission très intéressante. Le gars est un bosseur. Produire une telle émission pratiquement chaque jour ne va pas de soi. Il faut faire des recherches et ce n'est pas facile . Je souhaite cependant qu'il abrégé un peu la musique

  • #16

    Franky (mercredi, 22 juin 2016 11:01)

    Je trouve cette émission très distrayante (même si elle n'est pas au top du niveau culturel espéré par certains) et je n'en demande pas plus. Je l'écoute en podcast lors de mes promenades à pied et cela me convient. Cette voix tant décriée détonne plaisamment avec les intonations stéréotypées que l'on entend partout (TV et/ou radios). Les sujets sont certes souvent des dossiers déjà refermés de longue date mais, c'est bien connu, les langues se délient avec le temps alors on redécouvre sous un autre angle ces événements que l'on croyait bien connaître.

  • #17

    Poinsot jacqueline (mercredi, 07 décembre 2016 17:07)

    Fabrice Drouelle raconte très bien ces histoires sensibles bien qu'elles ne soient pas toujours sensibles comme je viens de le lire. Ce que je lui reproche c'est son ton affecté qu'il prend parfois en traînant sur des mots et en appuyant sur le son ION. Mais j'ai l'impression qu'il s'est corrigé car il le fait moins