sam.

31

janv.

2015

Non, Charline ! Nicolas Dupont-Aignan ne dit pas que des "euro-conneries".

En écoutant le billet de Charline Vanhoenacker, mercredi de cette semaine à 7h57, j'ai pensé deux choses : d’abord, que la nouvelle star de France Inter avait vraiment l’air sympathique. Franchement  : du genre, une personne avec qui tu bois des godets chaque vendredi soir, en te poilant.


Ensuite, malgré tout, que je ne pouvais céder si facilement aux sirènes aguicheuses de l’infotainement qui-tape-sur-tout-le-monde façon petit journal, ni me satisfaire des poncifs économiques professés par ce charmant personnage.

Vous me direz : « Elle s’en fout Charline, mec, de l’économie ... Que Charline c’est avant tout une humoriste ». Eh bien non ! Tenez, par exemple, ce mercredi, à propos de la Grèce, dans une chronique intitulée Merkel, Hollande et Tsipras dans un plan à trois. Après avoir largement joliment raillé François Hollande, Charline Vanhoenacker terminait ainsi sa gentille saynète :

 

Alors ça, tout ce qui est littéraire, ça, Hollande maitrise…

Il a dit : «  La Grèce est dans la zone euro, la Grèce veut rester dans la zone euro et la Grèce restera dans la zone euro. » Euh… attendez, c’est quoi déjà cette figure de style … ? Ah ! Oui, je sais ! Ca s’appelle le comique de répétition… C’est ça.

 

Alors... une figure de style utilisée par Dupont Aignan, aussi, qui a dit : «  A terme, je pense que l’on ira vers un euro-drachme, un euro-mark et un euro-franc. » Dupont Aignan qui n’est pas à une euro connerie près !


Une petite phrase sans importance me direz-vous ? Que personne n’a relevée ? Sans doute. Mais une petite phrase qui en rappelle bien d'autres. Qui nous rappelle combien il est difficile de débattre à gauche (et y compris au Front de Gauche) des questions de souveraineté démocratique, commerciale, monétaire… pourtant fondamentales !

Car oui ! La monnaie constitue un pan essentiel de la souveraineté populaire dont la gauche en France s’est défaussée, sans forcément en mesurer toutes les conséquences.

Que Syriza ait été élu sur un programme souverainiste par exemple n’a pas été compris par la presse française libérale, Le Monde ou encore France Inter, s’indignant de l’alliance proposée à un petit parti de droite… souverainiste.

Étrange...

« Incompréhensible » lâchait même un expert de BFM Business chez Nicolas Doze vendredi...

Alors, on s’est donné du baume au cœur… Les prises de positions radicales de Tsipras ont été tempérées : «  Au moins souhaite-t-il rester dans l’euro ! » s’est-on rassuré.

L’essentiel était sauf, donc. « Il est certainement plus proche d’un Renzi que d’un Mélenchon ! »… a-t-on entendu.

« Il faut que Tsipras coupe ça rapidement ! [l'idée d'un sortie de l'euro] » lançait encore Christian Parisot, ce vendredi sur BFM Business.



C'est exactement ça : il faudra bien choisir…


Faire réussir Tsipras, soit en négociant un défaut, une relance et des lignes de crédit, voire même une sortie de l’euro ; soit en mettant l’électeur désespéré face à un choix tout à fait dramatique : «  pour qui vais-je donc voter, maintenant que la gauche radicale a échoué ? »

A force de crier partout haut et fort que l’euro est une vache sacrée à laquelle il n’est pas question de toucher, sauf à être un marginal ou un fasciste, il y a fort à parier que l’affaire ne se pose de manière toujours plus radicale, et ne donne plus de crédit encore au Front National, qui – si l’on excepte le courageux Dupont-Aignan – est le seul parti à défendre l’abandon de la monnaie unique.

Alors, non, Charline, Nicolas Dupont-Aignan ne dit pas que des « euro conneries » ; Jacques Sapir, Frederic Lordon, et nombre d’autres économistes de sensibilité proche, comme nous, du Front de gauche défendent l’idée d’une sortie concertée de l’euro zone, et la création d’une monnaie commune destinée aux échanges extra-européens, assise sur des parités négociables entre monnaies-pays.

 

Combien sommes nous, à regretter et à considérer comme préoccupant le fait qu'aucun parti à gauche ne prenne clairement position en faveur d'une souveraineté recouvrée ; a fortiori d'une monnaie commune et non plus unique ?


Car, ce que ces économistes de renom partagent tous, c’est d’abord l’idée que la souveraineté populaire est étroitement liée à la monnaie. Qu’ensuite, les différences de compétitivité entre états de la zone sont irréconciliables tant que l’euro existe, conduisant celle-ci à une concentration politiquement dangereuse de l’industrie continentale autour du seul bassin allemand.

Tsipras, effectivement, pourrait bientôt se heurter à cette douloureuse réalité. Si l’Europe n’était pas conciliante, et s’il se refusait évidemment à manger son chapeau, une sortie grecque de l’Euro deviendrait inévitable.

 

Et alors… c’est certain, on verrait en masse les éditorialistes, journalistes économiques, politiques, faiseurs d’opinion moqueurs et dédaigneux venir s’excuser pour le mépris dont ils firent montre jadis, aveuglés qu'ils étaient. C’est certain.



Antoine Lamnège

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Commentaires : 5
  • #1

    porthus (samedi, 31 janvier 2015 16:09)

    LA suffisance de Denisot est caractéristique de cette caste médiatique qui n'a pas besoin de respecter les élus sous pretexte qu'elle a de l'argent. On peut se moquer de quelqu'un sans lui laisser le droit de répondre !

  • #2

    Horror (dimanche, 01 février 2015 21:09)

    En fait derrière votre grande idée de souveraineté populaire, il n'y a que l'idée éculée et expérimentée par tous, sans exception, les pays communistes de pouvoir faire tourner la planche à billet en faisant pousser l'argent Public sur les arbres.
    Tous, sans exception, ont fini ruinés qui a conduit a leur implosion avec un Peuple exsangue et affame.
    Quel beau programme!

  • #3

    Antoine Lamnège (lundi, 02 février 2015 13:00)

    @horror : vous soulevez un vraie question malgré votre ton provocateur : que faire lorsque l'on contrôle à nouveau les leviers économiques. On peut faire n'importe quoi, c'est vrai mais pas forcément ; d'abord, plus personne en France n'est communiste au sens stalinien dont vous parlez ; voir Pol Pot arriver au pouvoir en France me semble une hypothèse tout à fait fantaisiste ;

    ensuite, la planche à billet : c'est vrai, elle est un moyen somme toute assez modéré de laisser l'inflation suffisamment présente pour attaquer les rentes du patrimoine et ne pas rembourser toutes ses dettes (ce qui est bien pratique) ; il ne faut pas en abuser voilà tout ;

    dernier point, la souveraineté autorise la dévaluation et le contrôle des tarifs douaniers, qui sont un moyen de s'ajuster régulièrement à son niveau de compétitivité réel et de défendre l'emploi sur le territoire national.

    Mon tout, permet d'expliquer aux citoyens que l'on peut CHOISIR, et que les choix ont des conséquences. Bref, on vote, mais on est responsable, ce qui actuellement n'est plus le cas.

  • #4

    Raphael (mardi, 03 février 2015 00:20)

    Aujourd'hui les pays communistes n'ont pas le monopole de la planche à billets. Les programmes de rachat des banques centrales des USA, du Royaume-Uni, du Japon et de l'UE y ressemble furieusement...

  • #5

    Candide (mardi, 03 février 2015 16:45)

    Parmi les partis politiques qui défendent de la sortie de l'euro, il y à aussi l'UPR, que d'aucuns classent à droite, alors que c'est le seul qui propose actuellement de revenir à un programme national de la résistance actualisé.
    Voir en particulier cette interview de Vincent Brousseau sur l'euro:
    http://www.upr.fr/actualite/europe/interview-de-vincent-brousseau-actualite-economique
    ainsi que:
    http://www.upr.fr/actualite/monde/quelques-reflexions-sur-la-crise-du-rouble-par-vincent-brousseau