dim.

15

févr.

2015

« Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible » Jean-Jacques Rousseau

Yanis Varoufakis
Yanis Varoufakis

7 janvier 2015, deux terroristes islamistes Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo armés de fusils d’assaut et assassinent onze personnes dont huit membres de la rédaction. Le 8 janvier 2015, un complice des frères Kouachi, Amedy Coulibaly assassine une policière municipale à Montrouge avant de tuer le lendemain quatre personnes de confession juive lors d’une prise d’otage dans une supérette casher porte de Vincennes à Paris.

25 janvier 2015, le parti de gauche radicale Syriza remporte 149 sièges sur 300 lors des élections législatives grecs. Le 26 janvier Syriza choisit de s’allier avec le parti souverainiste de droite des Grecs indépendants afin de former un gouvernement. Le 28 janvier 2015, le leader de Syriza, Alexis Tsipras est nommé premier ministre.


L’histoire s’accélère. Les évènements du début de l’année 2015 vont au-delà de nos propres vies. L’histoire de l’humanité n’a jamais ressemblé à un long fleuve tranquille. Le changement est perpétuel. Il y a 100 ans, les peuples d’Europe étaient engagés dans un conflit sanglant dont les pertes matérielles et humaines atteignirent des niveaux inimaginables, liées à la mondialisation et à l’industrialisation du conflit. 100 ans plus tôt, l’empire français de Napoléon vivait ses dernières heures avant de s’éteindre définitivement dans la bataille de Waterloo. Dans le même temps, l’Angleterre voyait la révolution industrielle se développer à grande vitesse. Elle allait bouleverser les modes de vie.


En 2015, il apparait difficile de prévoir ce que nous réserve l’avenir. La seule chose dont nous pouvons être certains est que nous allons au devant de profonds bouleversements. Le premier d’entre-eux pourrait bien être l’effacement de la pertinence du clivage « gauche-droite ». Comment percevoir autrement la réaction du Président de la République Française après la nomination d’Alexis Tsipras au poste de 1er Ministre Grec :

 

« La Grèce est un défi. Le défi n’est pas nouveau. La situation est connue depuis quatre ans. L’austérité qui lui a été imposée a suscité un rejet, rejet du peuple grec. Mais pas un rejet de l’euro, pas un rejet de l’Europe. » « Le rôle de la France, c’est de trouver une solution, de contribuer à un accord, mais dans le respect, le respect du vote des Grecs, mais respect des règles européennes, et respect des engagements. C’est sur ces bases-là que je travaille, avec nos partenaires européens. »

 

Autrement dit, François Hollande prend note de la volonté de Syriza de mettre fin aux politiques d’austérité imposées par la Troïka composée du FMI, de la BCE et de l’Union Européenne mais il souhaite que la Grèce respecte ses engagements. On ne saurait aussi bien se contredire en une seule phrase et se positionner en adversaire de la politique de Syriza, qui correspond pourtant à une véritable politique de gauche. Mais la meilleure preuve de l’effacement de ce clivage est le choix de Syriza de s’associer au parti de droite des Grecs indépendants plutôt qu’au parti de gauche de To Potami. Un tel choix correspond à privilégier la souveraineté nationale par rapport aux mesures sociétales. La première mesure symbolique de cette union ? L’arrêt de la privatisation du Port du Pirée. L’avenir nous dévoilera la solidité de cette évolution, mais il est possible que les élections législatives grecques aient définitivement validé le passage d’un clivage « gauche-droite » vers un clivage « souveraineté nationale-mondialisation ».

Ce retour vers une république une et indivisible, où chaque citoyen dispose des mêmes droits et où la solidarité nationale n’est pas un vain mot impose l’émergence d’un Etat capable de faire respecter la souveraineté des peuples. La République doit pouvoir mettre en place une lutte véritablement efficace contre l’évasion fiscale dans laquelle nombre de nos élites financières se vautrent honteusement mais également vis-à-vis des entreprises multinationales dont le pouvoir est au- dessus des Etats uniquement parce que ces derniers l’acceptent.


C’est uniquement à ce prix que la vision française du vivre ensemble pourra émerger au détriment de la vision anglo-saxonne qui fractionne la vie par communauté. Pour parvenir à ce but, l’exemple doit inévitablement venir d’en-haut. Nos dirigeants, garants de notre souveraineté nationale, ne doivent plus accepter que cette dernière soit bafouée. Il importe donc de récupérer l’usage de notre politique monétaire ainsi que de notre politique budgétaire.


La République doit également éviter à tout prix un scénario où chaque communauté s’extrêmiserait dans une logique pouvant mener à un clivage sur une base purement communautaire. La République doit rester une et indivisible. Or l’hétérogénéité des croyances sur le sol français oblige la République pour y parvenir à accompagner la souveraineté nationale de la laïcité. Il importe dans cet objectif de bien faire la différence entre la sphère privée et la sphère publique. Les questions religieuses doivent se limiter à la sphère privée. Dans la sphère public, il importe que chacun oublie ses croyances afin d’œuvrer en faveur du bien commun et de favoriser le vivre ensemble. Pour enfin appliquer l’article 1er de notre constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »

 

Theux