lun.

09

mars

2015

Léa Salamé, ou l'art de faire rentrer l'invité dans le rang...

Ce matin, Michel Onfray était l'invité de la Matinale d'Inter, plus précisément de la journaliste Léa Salamé, bien connue de nos lecteurs assidus.

Ce matin, plus encore qu'à l'accoutumée, à l'écoute de l'interview, l'auditeur eut droit à une démonstration en bonne et due forme de ce qu'il convient de nommer « la méthode Salamé » : un art redoutable, en vérité, qui consiste à faire avouer à l'invité qu'il est « Charlie » dans tous les domaines non consensuels de la politique, qu'il l'a toujours été, et n'en changera jamais.

Interview commentée

Patrick Cohen : Léa Salamé, vous êtes en ligne avec le philosophe Michel Onfray...


Léa Salamé : Bonjour, Michel Onfray.


Michel Onfray : Bonjour.


Léa Salamé : Manuel Valls vous a nommément accusé hier de participer à la perte de repères, au brouillage des cartes entre la gauche et l'extrême droite. Vous répondez quoi ?


(Accusé, défends-toi!)


Michel Onfray : Ah, je réponds comme dans la cour de récréation que c'est celui qui dit qu'y est... parce que je trouve quand même étonnant qu'un monsieur qui veut en finir avec les 35 heures, un monsieur qui a été filmé sur son marché et qui nous disait qu'il n'y avait pas beaucoup de « blancos », un monsieur qui voulait en finir avec le socialisme, un monsieur qui était désiré par Sarkozy pour son gouvernement d'ouverture, un monsieur qui incarne l'aile droite du Parti Socialiste ou un monsieur qui s'avère totalement indistinct de François Bayrou, que ce soit ce monsieur qui me dise que je contribue, moi, à brouiller les cartes ?, alors qu'il n'a pas lu le texte que j'avais écrit.

Je ne disais pas que je préférais Alain de Benoist à Bernard Henri Lévy mais que je préférais une analyse juste d'Alain de Benoist à une analyse fausse de Bernard Henri Lévy et que je préférerais un analyse juste de de Bernard Henri Lévy à une analyse fausse d'Alain de Benoist. Ça me paraît tellement de bon sens que je suis étonné qu'il n'y ait pas souscrit.


Léa Salamé : Dans cette interview du Point, puisque c'est celle-là qui est visée, implicitement, en fait ce qui se passe, c'est qu'on vous pose la question : «  Quels sont les intellectuels de droite dont vous vous sentez le plus proche ? Et là, vous répondez de vous même « Alain de Benoist », c'est pas qu'on vous pose un question sur Alain de Benoist, c'est vous-même qui mettez Alain de Benoist, théoricien de l'extrême droite, de la nouvelle droite, c'est vous-même qui le citez ; pourquoi le citer ainsi ?

(Accusé ? Vous n'avez pas répondu!)


Michel Onfray  : Vous en connaissez un autre, un intellectuel de droite ?


Léa Salamé : Y'en a d'autres...


Michel Onfray  : Moi j'en connais pas... Ah oui, qui ça ?



L'interview en question : Léa Salamé et Michel Onfray

Léa Salamé : Je ne sais pas, est-ce qu'Alain Finkielkraut ne serait pas un intellectuel de droite ? Est-ce qu'Eric Zemmour... ?


(Génial ! Donc, Onfray aurait du citer Zemmour ? )


Michel Onfray : Il... il n'a jamais dit qu'il était un intellectuel ; je ne suis pas sûr qu'il avait écrit son texte... ou si, il avait écrit son texte mais ceci dit, je n'ai pas pensé à Zemmour comme un penseur. C'est un journaliste et je fais la distinction entre les journalistes et les penseurs. (Heureusement, Michel, heureusement...)On me demande si je lis des intellectuels de droite et je dis : «  Ecoutez pour moi, des gens comme Alain Minc, Jacques Attali ou Bernard Henri Lévy se prétendent de gauche mais sont des gens de droite, donc je ne lis pas ces gens-là » et je dis : «  si vous voulez me faire dire que je préférerais une analyse juste de … » et je cite Alain de Benoist parce qu'il me semble que comme intellectuel de droite il n'y a à peu près que lui. Alors, d'extrême droite, si vous voulez, mais y'a plein de gens qui me parlent aujourd'hui d'Alain de Benoist sans jamais l'avoir lu et qui me disent qu'il est fasciste, d'extrême droite etc... et je dis « Quel livre avez-vous lu ? » et personne n'a lu un seul livre d'Alain de Benoist. Mais pourtant tout le monde a une idée sur Alain de Benoist.


Léa Salamé : Et votre idée, vous, sur Alain de Benoist, c'est qu'il est pas d'extrême droite, c'est ça ? (cette manie de poser des questions faussement naïve, sous-entendant qu'on est peut-être proche du FN, quel talent...)

Michel Onfray : Je pense qu'il y a des analyses d'Alain de Benoist avec lesquelles on doit pouvoir souscrire, parce que je ne vois étonnement personne qui soit capable de dire qu'il détient la totalité de la vérité quel que soit le parti, quel que soit le philosophe. Il y a des analyses d'Alain de Benoist auxquelles je souscris, oui,


Léa Salamé : Hmm... (pas très Charlie tout ça...)


Michel Onfray : Son analyse de l'Europe, par exemple, l'analyse qu'il fait de Poutine visant un empire eurasien, on n'a pas a être pour ou contre, ça me paraît être une lecture évidente, et puis y'a aussi des analyses de Bernard Henri Lévy auxquelles je souscris et personne ne me le reproche quand je défends la démocratie par exemple et que je souscris à l'analyse qu'il fait de la démocratie.


(Eh, oui, il faut bien rassurer Léa Salamé... avec quelques poncifs et un auteur passe-partout)


Léa Salamé : Hmm... (c'est mieux...) D'accord, on relira Alain de Benoist qui dans sa jeunesse, avait défendu l'OAS et le régime d'apartheid et Afrique du sud... euh... (mais je te balance quand même une vanne dans ta face..., sous entendant que t'es quand même pas loin d'être un faf, mon gars...)


Michel Onfray : Moui, oui...


Léa Salamé : Oui,oui... (jubilation)




Michel Onfray : Oui, Bernard Henri Lévy a défendu aussi les maoïstes. Et puis, vous avez pratiquement tous les intellectuels aujourd'hui : ils ont défendu Pol Pot, Alain de Benoist, les Maoïstes, Bernard Henri Lévy, Sollers était Maoïste...


(Argument de bon sens, qui va déstabiliser Léa Salamé... Voyons.)


Léa Salamé : Nan, mais c'est ça, ce que je veux dire, c'est la critique de Manuel Valls, c'est de brouiller les cartes aujourd'hui, de dire tout le monde a défendu tout monde, du coup...


(grotesque, ce n'est pas du tout ce qu'elle voulait dire...)


Michel Onfray : Mais c'est lui qui brouille les cartes ! C'est son parti qui brouille les cartes depuis 1983, depuis que Mitterrand s'est converti au libéralisme et que la gauche n'est plus de gauche mais qu'elle prétend qu'elle l'est en inventant des marqueurs sociaux pour dire que c'est pas exactement la même chose que Sarkozy. Écoutez, en 2005, quand on sollicite le peuple par référendum pour lui demander ce qu'il pense de l'Europe et que le peuple dit «  on ne veut pas de cette Europe », que font Sarkozy et Hollande ? A l'époque, ils nous disent, «  on passe par le parlement et puis onméprise les voix du peuple », ce sont ces gens-là qui fabrique Marine Le Pen et qui nous disent que ce sont nous, les intellectuels de gauche, qui brouillons les cartes.


(Je n'ai rien à ajouter, je fais mienne cette analyse)


Léa Salamé : Donc, l'idée, votre idée Michel Onfray, d'une certaine manière, quand on vous écoute, c'est quoi ? C'est de punir la gauche, c'est ça ? C'est quitte à utiliser le Front National, c'est la fin justifie les moyens, finalement, il faut punir cette gauche là qui s'est trompée, c'est ça que vous voulez dire ?


(Torquémada... sors de ce studio)


Michel Onfray : Je ne la punis pas, je dis simplement que j'ai toujours voté à gauche et que donc, je vais cesser de voter , même complètement, parce que j'ai voté longtemps pour le candidat de gauche le mieux placé au deuxième tour, c'est à dire souvent pour le candidat du Parti Socialiste, et que je ne peux pas voter pour ces gens-là qui défendent la même chose que Nicolas Sarkozy, le même monde, c'est à dire l'euro, l'Europe, le libéralisme, le marché qui fait la loi, la disparition des campagnes et de la ruralité, je ne peux pas souscrire à ça.


(Je fais mienne cette analyse, encore une fois)


Léa Salamé : Et le Front de gauche ?


Michel Onfray : Le Front de gauche ?


Léa Salamé : On se souvient de votre tribune, en 2012, «  Pourquoi je ne voterai pas pour Mélenchon », et vous citiez notamment Mélenchon qui vantait les mérites de Chavez ou qui disait « Cuba n'est pas une dictature » ; est-ce que aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon qui déclare sur la Russie « la première victime politique de l'assassinat de Boris Nemtsov, est Vladimir Poutine », vous en pensez quoi ?


(Oui, parlons de la Russie. Un bon test ça...)


Michel Onfray : Vous aurez la réponse demain dans Libération, qui publie un de mes rebonds, que j'ai proposé il y a quelques jours, parce que j'ai entendu Jean-Luc Mélenchon se dissocier de cette réunion contre l'islamophobie, et j'ai trouvé que quand il disait qu'il fallait bien distinguer la libre critique de la religion et l'islamophobie, j'ai trouvé qu'il avait raison. En ce sens...


Léa Salamé : Et sur Poutine ? (il ne m'a pas répondu, l'animal!)


Michel Onfray : Je suis dans la même logique. Bah, écoutez, j'ai écouté vos informations tout à l'heure, il semble qu'effectivement les tchétchènes qui ont assassiné cet opposant avaient des intérêts à faire de la sorte et je pense que Poutine n'est pas un saint pour autant. On peut tenir les deux bouts en même temps, considérer qu'on instrumentalise Poutine parce que Poutine instrumentalise aussi les tchétchènes...


Léa Salamé : Poutine est une victime, comme dit Mélenchon ? (bon, il va la cracher sa saloperie sur Poutine, ou merde...?)


Michel Onfray : Non, sûrement pas, sûrement pas !


Léa Salamé : Ah ! ( soulagement ultime...)


Michel Onfray : Non, sûrement pas. Un individu comme ça n'est pas une victime, c'est un dictateur. Et si je ne souscris pas à Mélenchon, c'est justement sur des questions de politique étrangère. Politique intérieure, ça me va absolument. C'est comme le Parti Communiste, ça me va absolument ; politique étrangère, non ! Pas Chavez, pas Ahmadinejad, pas Castro, pas ces-gens là, pas Poutine, non.


(mission accomplie ! Charlie à sa base, Charlie, à sa base...)


Léa Salamé : Une dernière question ,Michel Onfray : au delà de la petite polémique d'Alain de Benoist avec Manuel Valls (euh, c'est pour ça que tu l'as invité, je crois...), est-ce qu'on ne peut pas constater, quand même, que les intellectuels se mobilisaient "beaucoup beaucoup" (sic) quand le Front National était à 15, 20% et qu'aujourd'hui qu'il est à 25, 30%, il y a au moins un certain relativisme, voire un silence des intellectuels et notamment des intellectuels de gauche ? (ça nous rappelle pas une sombre période de notre histoire ça ? )

Michel Onfray : Moi, je ne crois pas qu'il y ait un silence des intellectuels de gauche. J'ai fait savoir qu'il y avait des intellectuels à gauche, et une aile droite avec Bernard Henri Lévy, quoi qu'on en pense, et une aile gauche avec Alain Badiou, et puis moi qui suis dans une logique de socialisme libertaire et puis un certain nombre d'autres, probablement, qui sommes tous des gens qui nous exprimons. On dit des choses. Alors, on est d'accord, on n'est pas d'accord, mais il y a des intellectuels des gauche. C'est pas ma faute si la gauche mobilise Yannick Noah, si elle mobilise Joey Starr pour l'inviter à dîner à l'Elysée plutôt que les intellectuels. Moi, je n'ai jamais été invité par la gauche quand elle a été au pouvoir, ni par un premier ministre...

 

 

Léa Salamé : C'est un appel à François Hollande ? Qu'il vous invite à l’Élysée, c'est ça ?

 


 

Michel Onfray : Oh, pas du tout, pas du tout ! Non, non, non, non, non ! Je ne veux pas lui infliger une réponse qui serait négative, je veux dire qu'au minimum, on voit bien que ce qui les intéresse, c'est plutôt Madame Cotillard que les intellectuels donc c'est pas ma faute si le Parti Socialiste joue d'un côté la carte bling-bling des paillettes et de l'autre côté souhaiterait des intellectuels qu'il n'invite pas ou qu'il méprise. Quand Fleur Pellerin nous explique qu'elle n'a jamais lu un seul livre de Modiano, je ne suis pas bien sûr que la gauche soit réjouie dans cette configuration là.


Léa Salamé : Merci Michel Onfray, d'avoir été avec nous ce matin. Belle journée à vous.



Antoine Lamnège (28 ans) est diplômé

de l'Institut d’Études Politiques de Rennes,

Instituteur à Vanves et co-rédacteur

de l'Espoir depuis 2012.

@libertengo

La démocratie a besoin de débat public, pas d'information ! (Christopher Lasch)
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Appelle Odoxa, ils sont trop forts en sondages bidons !
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Commentaires : 6
  • #1

    Raul bismuth (mardi, 10 mars 2015 12:54)

    Michel Onfray : Non, sûrement pas, sûrement pas !

    Léa Salamé : Ah ! ( soulagement ultime...)

    Ce passage est EXTRAORDINAIRE !

    merci, j'ai ri

  • #2

    Guadet (mardi, 10 mars 2015 13:12)

    S'il n'y avait que Léa Salamé ! Il semble que cela fasse partie du meilleur professionnalisme aujourd'hui, pour les journalistes, que de se présenter comme supérieurs à ceux qu'ils interrogent. On a trop peur que quelqu'un puisse exprimer une idée originale. Les journalistes font eux-mêmes la police de la pensée : le rêve des totalitarismes.

  • #3

    Antoine Lamnège (mardi, 10 mars 2015 16:52)

    @guadet : oui, c'est bien vrai. Mais Léa Salamé, plus encore que d'autres, exprime ses sentiments presque inconsciemment. (Ah! Euh... ). On sent qu'elle se retient, mais qu'elle échoue à ne pas dire ce qu'elle pense ELLE, et dont on se fiche, disons le. C'est en même temps génial et déprimant tant rien n'est subtil dans son interview.

  • #4

    Guadet (mercredi, 11 mars 2015 09:59)

    @Antoine Lamnège
    Vous avez raison. Il faut remarquer aussi que cette manière de faire va à l'encontre du devoir d'informer. Il aurait été intéressant d'interroger Michel Onfray sur le fond, sur ce qu'il apprécie chez Benoist, ce qui aurait permis de donner du poids tant à la critique de Valls qu'à la position d'Onfray. En en restant à un niveau superficiel, Léa Salamé donne en fait une occasion facile à Onfray d'attaquer Valls, involontairement je pense.
    D'après ce que je sais des deux philosophes, la rencontre pourrait se faire par exemple sur leur haine du judéo-christianisme, qui a souvent été un pont entre la gauche et l'extrême droite et a été l'une des bases des régimes fasciste et nazi au XXe siècle. Au niveau du fond, on aurait donc eu un débat fort intéressant entre deux dérives de la gauche : l'une fasciste représentée par Onfray, l'autre libérale avec Valls.
    Mais ça aurait pu faire réfléchir les auditeurs, alors que le travail des journalistes, comme vous le montrez bien, est de leur maintenir le nez dans l'ornière.

  • #5

    Samylanguille (mercredi, 11 mars 2015 17:44)

    Le cas de Léa Salamé ne mérite même pas une ligne (aïe, c'est déjà trop!).
    Onfray est dans le vrai, parfois, mais sa haine viscérale de toute forme de foi teinte toujours sa pensée philosophique. Il refuse de remettre en question ses positions séculières, c'est dommage pour un philosophe.
    Sa fréquentation assidue des divers plateaux télévisuels et des studios radiophoniques nous montre bien que dans le fond, il ne dérange pas beaucoup les "Maîtres du jeu" (le consortium politico-mediatico-financier). Les vrais perturbateurs, penseurs dignes de ce nom sont eux, habilement ignorés. Les maîtres du jeu savent donner à la plèbe l'illusion du choix: Voici pour toi l'idiot: la verve arrogante et puérile de Salamé et pour toi le dandy intello: le penseur Onfray qui tire à boulets rouges sur des cadavres depuis longtemps dépecés.

  • #6

    Tietie007 (lundi, 28 septembre 2015 13:19)

    Difficile de suivre Onfray en ce moment ...il tacle régulièrement Mélenchon pour son robespierrisme et se dit partisan du jacobin Chevènement ...allez comprendre.
    Salutations d'un Iepiste d'Aix-en-Provence, promotion 1990.