sam.

14

mars

2015

Napoléon : chantre du protectionnisme économique et pourfendeur du libre-échange anglais

Nous vous proposons aujourd'hui un article issu du livre Mémorial de Saint-Hélène, qu'Emmanuel de Las Cases avait rédigé sur Napoléon suite à ses nombreux entretiens avec l'Empereur au cours de son exil final. Napoléon y livre une analyse saisissante de l'économie politique à mettre en place pour une économie comme la France. Il précise notamment que le libre-échange ne peut convenir qu'à l'économie industrielle la plus puissante ou à des économies uniquement basées sur le commerce extérieure. La similitude avait notre situation présente est frappante. Il suffit simplement de considérer que l'économie dominante sous l'Empire était l'Angleterre et qu'actuellement il s'agit des Etats-Unis. On aura alors tout le temps de regretter d'avoir François Hollande à la tête du pays à l'heure de mener les négociations sur le Grand Marché Transatlantique.  

Il (Napoléon) est passé de là au commerce, à ses principes, aux systèmes qu’il  a enfantés.  L’Empereur a combattu, les économistes dont les principes pouvaient être vrais dans leur énoncé, mais devenaient vicieux dans leur application La combinaison politique des divers États, continuait-il, rendait ces principes fautifs ; les localités particulières demandaient à chaque instant des déviations de leur grande uniformité Les douanes que les économistes blâmaient ne devaient point être un objet de fisc, il est vrai ; mais elles devaient être la garantie et les soutiens d un peuple ; elles devaient suivre la nature et l’objet du commerce. La Hollande, sans productions, sans manufactures n’ayant qu’un commerce d’entrepôts et de commission, ne devait connaître ni entraves ni barrière. La France, au contraire, riche en productions, en industrie de toute sorte, devait sans cesse être en garde contre les importations d’une rivale qui lui demeurait encore supérieure ; elle devait l être contre l’avidité, l’égoïsme,  l’indifférence des purs commissionnaires. « Je n’ai garde, disait l’Empereur, de tomber dans la faute des hommes à systèmes modernes ; de me croire, par moi seul et par mes idées, la sagesse des nations. La vraie sagesse des nations, c’est l’expérience. Et voyez comme raisonnent les économistes : ils nous vantent sans cesse la prospérité de l’Angleterre,  et nous la montrent constamment pour modèle Mais c est elle dont le système des douanes est le plus lourd, le plus absolu, et ils déclament sans cesse contre les douanes ; ils voudraient nous les interdire. Ils proscrivent aussi les prohibitions ; et l’Angleterre est le pays qui donne l’exemple des prohibitions ; et elles sont en effet nécessaires pour certains objet ; elles ne sauraient être suppléées par la force des droits : la contrebande et la fantaisie feraient manquer le but du législateur Nous demeurons encore en France bien arriérés sur ces matières délicates : elles sont encore étrangères ou confuses pour la masse de la société. Cependant quel pas n’avions nous pas fait, quelle rectitude d’idées n avait pas répandue la seule classification graduelle que j avais consacrée de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ! Objets si distincts et d’une graduation si réelle et si grande !


1.       L’agriculture ; l’âme, la base première de l’Empire.

2.       L’industrie ; l’aisance, le bonheur de la population.

3.        Le commerce extérieur ;  la surabondance, le bon emploi des deux autres.


« L’agriculture n’a cessé de gagner durant tout le cours de la Révolution. Les étrangers la croyaient perdue chez nous. En 1814, les Anglais ont été pourtant contraints de confesser qu’ils avaient peu ou point à nous montrer.


« L’industrie ou les manufactures et le commerce intérieur ont fait sous moi des progrès immenses. L’application de la chimie aux manufactures les a fait avancer à pas de géant. J’ai imprimé un élan qui sera partagé de toute l’Europe.


« Le commerce extérieur, infiniment au dessous dans ses résultats aux deux autres,  leur a été aussi constamment subordonné dans ma pensée. Celui-ci est fait pour les deux autres ; les deux autres ne sont pas faits pour lui. Les intérêts de ces trois bases essentielles sont divergents, souvent opposés. Je les ai constamment servis dans leur rang naturel, mais n’ai jamais pu ni dû les satisfaire à la fois. Le temps fera connaître ce qu’ils me doivent tous, les ressources nationales que je leur ai créées, l’affranchissement des Anglais que j avais ménagé. Nous avons à présent le secret du traité de commerce de 1783. La France crie encore contre son auteur ; mais les Anglais l’avaient exigé sous peine de recommencer la guerre. Ils voulurent m’en faire autant après le traité d’Amiens ; mais j’étais puissant et haut de cent coudées Je répondis qu’ils seraient maîtres des hauteurs de Montmartre, que je m’y refuserais encore ; et ces paroles remplirent l’Europe.

«  Ils en imposeront un aujourd’hui, à moins que la clameur publique, toute la masse de la nation ne les forcent à reculer ; et ce servage, en effet, serait une infamie de plus aux yeux de cette même nation, qui commence à posséder aujourd’hui de vraies lumières sur ses intérêts.


«  Quand je pris le gouvernement, les Américains, qui venaient chez nous à l’aide de leur neutralité, nous apportaient les matières brutes, et avaient l’impertinence de repartir à vide pour aller se remplir à Londres des manufactures anglaises.  Ils avaient la seconde impertinence de nous faire leurs payements, s’ils en avaient à faire, sur Londres ; de là les grands profits des manufacturiers et des commissionnaires anglais entièrement,  à notre détriment.  J’exigeai qu’aucun Américain ne pût importer aucune valeur, sans exporter aussitôt son exact équivalent ; on jeta les hauts cris parmi nous, j’avais tout perdu, disait-on. Qu’arriva-t-il néanmoins ? C’est que mes ports fermés en dépit même des Anglais qui donnaient la loi sur les mers les Américains revinrent se soumettre à mes ordonnances. Que n’eussé-je donc pas obtenu dans une meilleure situation !


« C’est ainsi que j’avais naturalisé au milieu de nous les manufactures de coton qui comportent :


                      1.       Du coton filé. Nous ne le filions pas ; les Anglais le fournissaient même comme une espèce de faveur.

                         2.       Le tissu. Nous ne le faisions point encore ; il nous venait de l’étranger.

                         3.       Enfin l’impression. C était notre seul travail. Je voulus acquérir les deux premières branches ; je proposai au Conseil d État d’en prohiber l’importation ; on y pâlit. Je fis venir Oberkampf ; je causai longtemps avec lui ; j’en obtins que cela occasionnerait une secousse sans doute, mais qu’au bout d’un an ou deux de constance, ce serait une conquête dont nous recueillerions d immenses avantages. Alors je lançai mon décret en dépit de tous ; ce fut un vrai coup d État


 « Je me contentai d abord de prohiber le tissu ; j arrivai enfin au coton filé, et nous possédons aujourd’hui les trois branches, à l avantage immense de notre population, au détriment et à la douleur insigne des Anglais : ce qui prouve qu’en administration comme à la guerre, pour réussir il faut souvent mettre du caractère. Si j avais pu réussir à faire filer le lin comme le coton, et j’avais offert un million pour prix de l’invention que j’aurais obtenue indubitablement sans nos malheureuses circonstances, j’en serais venu à prohiber le coton, si je n’eusse pu le naturaliser sur le continent.


«  Je ne m’occupais pas moins d’encourager les soies. Comme Empereur et Roi d’Italie, je comptais cent vingt millions de rente en récolte de soie Le système des licences était vicieux sans doute ! Dieu me garde de l avoir posé comme principe. Il était de l’invention des Anglais ; pour moi, ce n’était qu’une ressource du moment. Le système continental lui même dans son étendue et sa rigueur, n’était dans mes opinions, qu’une mesure de guerre et de circonstance. La souffrance et l’anéantissement du commerce extérieur, sous mon règne, étaient dans la force des choses, dans les accidents du temps. Un moment de paix l’eût ramené aussitôt à son niveau naturel. »

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Commentaires : 2
  • #1

    Portauxfrancais (dimanche, 15 mars 2015 09:02)

    Texte vraiment passionant. Il faut savoir effectivement que le Continent s'est effectivement industrialisé grâce au blocus continental, que ce soit la France ou l'Allemagne. Tout ceci est bien à mettre au crédit de Napoléon et de son caractère, mais évidemment on ne le dit jamais. La comparaison avec aujourd'hui est frappante.

  • #2

    Johnathan Razorback (dimanche, 22 mars 2015 12:23)

    “The philosophy of protectionism is a philosophy of war. The wars of our age are not at variance with popular economic doctrines; they are, on the contrary, the inescapable result of a consistent application of these doctrines.”
    -Ludwig von Mises, Human Action, p. 683; p. 687.

    “The slogan “Away with foreign goods!” would lead us, if we accepted all its implications, to abolish the division of labor altogether. For the principle that makes the international division of labor seem advantageous is precisely the principle which recommends division of labor in any circumstances.”
    -Ludwig von Mises, Socialism, p. 288.