sam.

21

mars

2015

« Le communisme désarmé » (Julian Mischi )

La question des classes populaires apparaît essentielle pour l’ensemble des partis politiques. En effet, en cas de crise, elles sont les premières à être touchées et leur réaction peut constituer un avant-goût du paysage politique futur d’un pays si ce dernier ne parvient pas à retrouver la croissance. Dans ce contexte, le travail effectué par le sociologue Julian Mischi sur les raisons ayant conduit les classes populaires à se détourner du PCF semble particulièrement intéressant. Retour sur sa conférence du 19 mars à Clermont-Ferrand.

Depuis la fin des années 1970, le PCF enregistre un déclin continu aussi bien au niveau de ses effectifs militants que de ses scores électoraux. Ce déclin s’est couplé avec un décrochage du Parti avec les milieux populaires mais également avec un embourgeoisement des effectifs militants.


Comment ce décrochage avec les classes populaires peut-il s’expliquer ? Julian Mischi perçoit différentes raisons. La première semble liée au développement du chômage et de la précarité chez les classes populaires qui rend l’engagement militant de plus en plus ardu.


L’érosion de la classe ouvrière dans un contexte de désindustrialisation peut également apparaître comme une cause explicative. Cependant cette érosion est nettement moins forte que celle des scores électoraux du PCF. De plus, la baisse du nombre d’ouvriers est en partie compensée par la hausse du nombre d’employés. On peut même estimer qu’il s’agit d’un rééquilibrage hommes-femmes sur le marché du travail, puisque 80 % des ouvriers sont des hommes et que 80 % des employés sont des femmes.


La relégation spatiale des classes populaires vers des zones rurales ou périurbaines peut également expliquer une partie de ce décrochage des classes populaires avec le PCF tout comme l’affaissement du syndicalisme.

Enfin la chute de l’Union Soviétique et la dépolitisation des classes populaires dans les années 80 ont probablement accru cet éloignement entre le parti et les classes populaires tout comme l’évolution de notre régime politique vers un système présidentiel et bi-partisan.


Mais ces éléments externes ne suffisent pas à expliquer le divorce entre le PCF et les classes populaires. Il importe également de s’intéresser aux éléments internes.

L’émergence d’un discours misérabiliste à la fin des années 70 en fait partie. Le PCF devient le porte-parole des pauvres et non plus celui de la lutte des classes. Un décalage est alors créé avec les militants ouvriers qui se ne retrouvent pas dans cette image peu valorisante.


Le PCF se pose également en représentant de la diversité et abandonne les thématiques de classes.  La forte féminisation du PCF dès la fin des années 70 et l’obtention de la parité dès la fin des années 90, s’effectue par exemple en défaveur des classes populaires. Ainsi les femmes intégrant le PCF sont plus issues de classes moyennes ou aisées que des classes populaires. Globalement le PCF intègre de moins en moins les classes populaires dans son organigramme et ne fait appel à ces dernières que lors des échéances électorales afin de remporter leurs voix.


Le fait de délaisser les individus qui subissent le plus la domination des classes aisées et d’abandonner la lutte des classes pour une rhétorique humaniste beaucoup plus généraliste, créent des difficultés à prendre en compte l’essor des nouvelles figures populaires  comme les employés des services et les descendants des travailleurs immigrés du Maghreb.


Ce phénomène d’exclusion des classes populaires est accentué par l’abandon progressif des dispositifs de valorisation et de formation des militants. La disparition de ces écoles est d’autant plus problématique qu’elle favorisait l’évolution au sein du PCF des cadres issus de la classe ouvrière. 


On assiste alors au remplacement dans l’encadrement du parti des membres issus des classes populaires par les membres issus des classes moyennes ou élevées, qui prennent naturellement le pas grâce à leur aisance à l’oral. Progressivement les permanents ouvriers laissent ainsi leur place aux cadres de la fonction publique territoriale. A l’arrivée on s’aperçoit que les qualités de gestionnaire se retrouvent plus valorisées que les qualités de militants et les élus locaux ont tendance à prendre le pas sur les cadres du parti. En effet, par rapport au déclin global de la structure, le nombre d’élus locaux a tendance à mieux résister. Le problème est que le PCF tend à se réduire à ses élus.

Deux mouvements peuvent expliquer ces évolutions. Le premier est le développement de stratégies autonomistes chez les élus, qui prennent des libertés par rapport en part en désignant par exemple leurs successeurs. C’est l’exemple de François Asensi, Maire de Tremblay-en-France depuis 1991 et député de la Seine Saint-Denis depuis 1981, qui a tendance à se replier sur son fief lorsqu’il est exclu du comité central en 1984.



François Asensi et Clémentine Autain
François Asensi et Clémentine Autain

Le 2ème mouvement qui explique la prise de pouvoir des élus au sein du PCF est la remise en cause de la règle historique du PCF qui interdisait aux dirigeants du PCF d’être des élus. Cette remise en cause intervient dans les années 90, lorsque le part n’a plus les moyens de rétribuer ses permanents et où ses derniers cherchent à obtenir des mandats pour être rémunérés.


Les conséquences sont doubles. Tout d’abord, on assiste à un basculement du centre de gravité du Parti  qui devient le lieu de travail des élus, l’hôtel du département par exemple, au détriment du siège local du parti. C’est ainsi que dans l’Allier les réunions se déplacent de plus en plus fréquemment du siège local du Parti à Montluçon vers l’hôtel du département à Moulins.


La deuxième conséquence est l’éclatement des écosystèmes communistes locaux. Les militants vont avoir tendance à militer d’une manière de plus en plus locale. On va alors assister à une segmentation du militantisme par cause, ce qui est aussi une segmentation sociale. Les militants des classes populaires vont militer au sein de leurs entreprises alors que ceux des classes moyennes vont se diriger vers des structures comme ATTAC.

Il importe cependant de relativiser ces évolutions dans le sens où elles sont moins marquées que dans les autres partis politiques mais également qu’elles s’analysent par rapport à un passé, où beaucoup de mesures étaient réalisées en faveur des classes populaires.


De plus, il existe tout de même une relève avec des jeunes militants communistes issus des classes populaires. Le problème est que lorsqu’ils se présentent aux élections, les zones les circonscriptions les plus difficiles leurs sont réservées au contraire des candidats communistes sortants qui sont des cadres de la fonction publique.

Theux

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Commentaires : 5
  • #1

    Horror (lundi, 23 mars 2015 16:09)

    Il y a l'embarras du choix pourtant.
    Idéologie qui a échoué partout.
    Discours de Lutte des classes qui ne parle plus à personne.
    Discours misérabiliste qui ne fait "triquer" personne.
    Désindustrialisation qui voit l'ouvrier, client historique, disparaître.
    Les cadres sont devenus des apparatchiks, "intellos" nantis de la fonction Publique.
    Désintérêt du parti des salariés du Privé pour se concentrer inutilement sur ceux de la fonction Publique.
    Désintérêt complet des outsiders et des retraités.
    Double emploi et guéguerre avec les syndicats sur les mêmes mauvais terreaux.
    Négation du problème immigrationniste qui nuit en premier aux classes populaires.
    Pas de leader
    Collusion politicarde avec le PS pour conserver les fromages entre amis et en vendant son âme sur le dos des militants.
    .... j'en passe et des meilleurs.

    En fait le nouveau PC, c'est le FN!
    Il suffit de voir d'ou vient la poussée de ce dernier. Les laisser pour compte, les classes populaires et les jeunes, tous historiquement clients du PC.
    Le PC n'aura été qu'une petite verrue de l'histoire politique pour une raison simple, son idéologie ne pousse pas vers l'avant et le haut, elle tire tout le monde (excepté quelques cadres élus) vers le bas.

  • #2

    Pauline84 (mardi, 24 mars 2015 16:12)

    Donc vous Horror, votre truc c'est le racisme anti-pauvre :/

  • #3

    Horror (mercredi, 25 mars 2015 09:49)

    Quelle profondeur de réflexion Pauline!!!
    Si on n'est pas communiste, on est forcément un raciste anti pauvre?
    Vous venez de donner deux arguments de plus à ma liste non exhaustive, la médiocrité intellectuelle et le sectarisme aride.

  • #4

    marko Rel (mercredi, 25 mars 2015 12:10)

    @ horror;" En fait le nouveau PC, c'est le FN! "
    le programme n'est pas tout à fait le même il me semble. Par exemple, Marion maréchal le pen, hurlerait sans doute en vous entendant dire cela

    Quant à la ligne philippot, quoiqu'elle corresponde à une "aile gauche" du parti, on l'attend toujours sur un projet commun capable de fédérer pour vivre mieux...

  • #5

    Pauline84 (mercredi, 25 mars 2015 21:47)

    @Horror Il suffit de le dire: j'aime "Les laisser pour compte, les classes populaires et les jeunes"