sam.

28

mars

2015

Départementales 2015 : qui a voté quoi ?

Un sondage réalisé le 22 mars par l’IFOP sur le vote des Français à l’occasion du premier tour des élections départementales est particulièrement intéressant pour comprendre la sociologie du vote des différents mouvements politiques.


La méthodologie de l’IFOP a consisté à analyser le vote en faveur des principaux partis (FdG, PS, DVG, EELV, DVD, FN, alliance UMP-UDI-Modem…) en fonction de différents critères tels que le sexe, l’âge, la profession, le statut et le niveau d’éducation.

Ces différentes approches permettent de cerner avec une assez bonne précision l’électorat de chaque parti. Ainsi si l’on prend l’exemple du Parti Socialiste, on s’aperçoit sans surprise que ce parti réalise ses meilleurs scores chez un électorat appartenant aux catégories socio-professionnelles les plus élevées, ayant un fort niveau d’éducation et étant salarié du secteur public. Le PS réalise 24 % chez les titulaires d’un diplôme supérieur (Bac + 3 et plus), 28 % chez les professions libérales et cadres supérieurs et 29 % chez les salariés du secteur public. En un mot, le PS réalise ses meilleurs scores chez les gagnants de la mondialisation. A l’inverse le PS réalise ses scores les plus faibles chez les artisans ou commerçants (10 %), les ouvriers (15 %), les employés (19 %) ou les inactifs non retraités (19 %). On aura aisément reconnu les perdants de la mondialisation en dehors de certains chefs d’entreprises appartenant à la catégorie « Artisan ou commerçant ». L’analyse par niveau d’éducation donne un résultat similaire puisque le PS ne réalise que 8 % chez les non diplômés. Ce parti est également en difficulté chez les salariés du secteur privé (18 %) ou chez les indépendants sans salarié ou employeur (15 %). 

L’analyse du score de l’alliance UMP-UDI-Modem amène une analyse similaire à quelques exceptions près. Pour ce mouvement, l’âge semble présenter une plus grande importance que pour le PS dans le sens où un score important est réalisé chez les retraités (40 %). De plus, ce mouvement est particulièrement performant chez les CSP+ (32 %) et contrairement au PS, cette performance se situe non seulement chez les professions libérales (33 %) mais également chez les artisans et commerçants (29 %). Dans la même veine, le score réalisé par l’alliance UMP-UDI-Modem chez les indépendants sans salarié et employeurs (31 %) est à noter.  Au regard du niveau d’étude, ce mouvement réalise sans surprise sa meilleurs performance chez les diplômés supérieurs (36 %). Le bilan de l’UMP-UDI-Modem est donc similaire à celui du PS puisqu'ils recueillent les votes des gagnants de la mondialisation. La mince différence entre les deux partis est que l’UMP-UDI-Modem séduit plus les chefs d’entreprises, artisans, commerçants et les retraités et le PS les cadres de la fonction publique et les femmes. Pour les classes populaires, c’est « circulez, il n’y a rien à voir ».

Pour un Parti comme le Front de Gauche, il est difficile de déterminer une véritable tendance. Un exemple ? L’analyse par niveau d’éducation montre que le FDG réalise son meilleur score chez les diplômés supérieurs (7 %) et chez les sans diplômes (7 %).  Une explication hasardeuse pourrait peut être décelé l’influence du PCF chez les sans diplômés et celle du Parti de Gauche chez les diplômés supérieurs. Sinon il semblerait que le FdG soit plutôt plus performant dans le secteur public et chez les ouvriers et les employés mais sans qu’une tendance nette se dégage.

Reste donc le Front National et là encore l’analyse des chiffres confirme la tendance de nos derniers articles. Jugez plutôt : 43 % chez les ouvriers, 38 % chez les employés, 34 % chez les 50-64 ans  (cette catégorie d’âge qui subit de plein fouet ce qu’il est commun d’appeler le « chômage des seniors »), 50 % chez les sans diplômes et 34 % chez les habitants de communes rurales (qui voient leur offre de services publics se restreindre alors que leurs impôts augmentent). Le constat est implacable, plus les électeurs subissent les conséquences néfastes de la mondialisation et plus ils votent FN.


Le raisonnement inverse est également frappant. Quelle est la catégorie d’âge qui vote le moins pour le Front National ? Les 65 et plus (17 %). Quelle catégorie socio-professionnelle ? Les CSP+ (17 %), notamment les professions libérales et les cadres supérieurs (13 %).  Quel statut ? Les indépendants sans salarié et les employeurs (21 %). Quel niveau d’éducation ? Les diplômés supérieurs (16 %). On en sombrerait presque dans la caricature tellement le clivage semble évident entre les élites et les classes populaires, entre les partis de gouvernement (PS et UMP) et le Front National.

Quelle alternative resterait-il alors à ceux qui ne veulent pas choisir l’un de ces deux camps ? Le vote blanc ? Il ne sert à rien en pratique. Un autre parti comme le FdG ? Oui mais il importe de sortir du monde des bisounours et de proposer une véritable politique de soutien des classes populaires et de ne pas verser dans des dérives « bo-boïsantes » et dans un entre-soi qui exclut les classes populaires. Il faut afficher clairement des idées simples qui pourraient permettre à l’Etat de retrouver rapidement sa souveraineté afin d'effectuer tout son possible pour améliorer la situation : sortie de l’euro, fin de l’indépendance de la Banque de France, sortie de l’UE sans se fermer ensuite sur des projets européens avec nos partenaires, démondialisation…

 

 

Theux

PS : Retrouvez les principaux résultats du sondage dans le tableau ci-dessous :

Colonne2 FdG PS DVG EELV UMP, UDI, Modem DVD FN Autres
Ensemble 6,2 21,5 6,8 2,1 29,5 6,9 25,7 1,3
Sexe:
Homme 6 19 5 2 30 7 30 1
Femme 5 25 8 3 28 7 22 2
Age:
18 à 24 ans 5 19 10 3 29 9 23 2
25 à 34 ans 6 25 10 4 23 1 29 2
35 à 49 ans 7 19 6 3 26 8 29 2
50 à 64 ans 6 20 8 2 21 7 34 2
65 ans et plus 5 23 4 2 40 8 17 1
Profession:
Artisan ou Commerçant 5 10 9 3 29 14 28 2
Profession libérale, cadre sup. 5 28 8 3 33 6 13 4
Employé 7 18 6 2 24 2 38 3
Ouvrier 7 15 6 2 13 5 49 3
Retraité 5 23 4 2 37 8 20 1
Autre inactif 6 19 12 4 23 8 25 3
Statut:
Salarié secteur public 8 29 9 2 19 4 26 3
Salarié secteur privé 6 18 7 2 25 5 35 2
Indépendant ou Employeur 6 15 4 4 31 18 21 1
Niveau d'éducation:
Pas de diplôme 7 8 3 1 17 10 50 4
CEP/BEPC/CAP/BEP 4 23 4 2 23 7 35 2
Baccalauréat 6 17 7 3 26 10 29 2
Bac + 2 ans, niveau Bac +2 6 21 8 2 32 6 24 1
Diplôme supérieur 7 24 8 3 36 5 16 1
Catégorie d'agglomération:
Communes rurales 5 18 7 2 25 8 34 1
Communes urbaines de province 5 23 7 2 29 7 25 2
Agglomération parisienne 10 20 4 2 38 4 21 1

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Commentaires : 5
  • #1

    twim (samedi, 28 mars 2015 13:13)

    pas de diplôme : 50% FN.
    Certains y voient de la bêtise... les plus avisés savent qu'ils subissent plus le monde que les plus diplômés. Pas les mêmes chances, pas les mêmes préoccupation en somme.
    C'est ce qu'on appelle des classes sociales

  • #2

    gogo macron (jeudi, 02 avril 2015 08:22)

    confirmation au deuxième tour ! et si la prochaine élection était vraiment celle du basculement. Quand on est à 40% dans certains endroits, on peut espérer mobiliser au delà... non ?

  • #3

    Olivier (jeudi, 02 avril 2015 14:05)

    Très intéressant billet, merci.
    Par contre il y a un score que vous n'expliquez pas et qui m'intrigue : les 26% des salariés du secteur public. Ils ne sont pas exposés à la mondialisation ? A-t-on moyen de faire le tri entre la fonction public d'Etat et la territoriale ?

  • #4

    Olivier (jeudi, 02 avril 2015 19:22)

    En précision de mon commentaire ci-dessus : les 26% des salariés du secteur public ayant voté pour le FN (désolé pour le double-post).

  • #5

    patrick neito (jeudi, 07 mai 2015 12:29)

    Bravo, écrivez plus c'est vraiment intéressant