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2015

« Marine Le Pen a le programme économique de l’extrême gauche » : la stratégie de Sarkozy fonctionnera-t-elle ? 

Les élections départementales se sont achevées dimanche et si la défaite du PS est incontestable, il apparaît plus délicat d’en déterminer les vainqueurs. L’approche purement pragmatique du résultat des élections donne tout de même une tendance nettement favorable aux alliances structurées autour de l’UMP et de son leader, un certain Nicolas Sarkozy.

 

En effet, la droite au sens large remporte environ 2 départements sur 3, ce qui s’apparente à un raz-de-marée. Le PS s’écroule et se contente des miettes laissées par la droite. Le PCF sauve les apparences en conservant le Val de Marne. Le FN fait chou blanc. 

Par rapport aux élections cantonales de 2011, ces forces de droite progressent de + 3,6 points. La progression est certes faible mais elle existe. La question qui se pose est alors de savoir si Nicolas Sarkozy pourra renouveler en 2017 son tour de force de la présidentielle de 2007. En effet, sa victoire avait été largement basée sur la droitisation de son discours notamment sur les thématiques de la sécurité et de l’identité nationale. Sa campagne s’était révélée particulièrement efficace puisque dès le premier tour, il avait atteint un score de 31,2 % des voix soit une amélioration de +11,3 points par rapport au score de Jacques Chirac en 2002. Or cette progression ne s’était pas réalisée par rapport aux forces de droite ou du centre puisqu’elles avaient également progressé de +3,9 points. Non, ce score avait été réalisé au détriment du FN, qui avait alors reculé de - 6,4 points par rapport à son score de 2002, où Jean-Marie Le Pen avait pourtant dû faire face à la concurrence de Bruno Mégret.


En fin stratège politique, Nicolas Sarkozy a parfaitement compris que la dynamique des forces soufflait actuellement en faveur du FN. Il s’interroge alors sur la manière de profiter de cette dynamique pour construire son succès de 2017. Pour triompher, il importe de surprendre en permanence. A la manière d’un Napoléon qui ne gagnait jamais une bataille de la même manière, il souhaite s’inspirer de sa stratégie de 2002 sans la copier.


Comment y parvenir ? En jouant sur les contradictions apparentes du FN. En effet, comment se fait-il qu’un parti d’extrême droite comme le FN en viennent à soutenir des partis de gauche radical comme Syriza ou Podemos ? Clairement c’est la ligne de Florian Philippot que vise Nicolas Sarkozy. Cette stratégie comporte différents avantages. Tout d’abord, elle permet clairement à l’UMP de se distinguer du FN et de trouver des points de clivage avec ce parti. Faute de quoi le FN aurait beau jeu d’affirmer que l’UMP se contente de courir derrière leurs idées. Comme un caniche derrière son maître.


Ensuite, elle permet de jouer sur les divisions internes du FN. En effet, ce parti à mesure qu’il grandit doit faire face aux mêmes problématiques que le PS et l’UMP. La ligne de scission principale pourrait se résumer à un combat entre les souverainistes, dont les idées s’inspirent largement du Gaullisme, et les identitaires, pour qui le rapport à l’immigré reste la priorité. En simplifiant on pourrait résumer cette ligne de fracture en un combat entre Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen.

Un sondage réalisé récemment par l’IFOP semble vouloir donner en partie raison à Nicolas Sarkozy. Ainsi on y apprend que les électeurs du FN font plus facilement leur priorité des questions migratoires (16 %) que des questions économiques (7 %).


Cependant Nicolas Sarkozy ne doit pas oublier que ce même sondage indique que les deux priorités des électeurs du FN sont d’exprimer leur mécontentement à l’égard des partis politiques (27%) et le fait de partager le constat que ce parti fait de l’état de la France (19 %).


On connaît trop bien le personnage et le caractère changeant des Français, pour écarter d’emblée une nouvelle lune de miel pour 2017. Sarkozy est parfaitement capable de faire le constat des malheurs des Français et ces derniers auront vite fait d’oublier la période 2007-2012 après avoir vécu celle de 2012-2017. Pour le mécontentement à l’égard des partis politiques, la situation du pays ne semble pas encore assez catastrophique pour que les Français donnent le pouvoir à un parti alternatif. L’exemple de la Grèce est particulièrement révélateur, puisque ce pays a dû attendre 2015 et plusieurs élections pour que le parti de gauche radical Syriza accède au pouvoir alors que la crise économique date de 2010.


Le projet de Sarkozy consiste donc à attirer une partie des classes populaires. Dans ce but, il semble capable de se positionner en adversaire de l’insécurité physique ou culturelle ou de l’assistanat. Il avait adopté cette tactique en 2007. Elle avait parfaitement fonctionné. Mais comme aucune réelle avancée n’avait eu lieu sur le terrain, les Français l’avaient rapidement rangé dans la catégorie des « beaux-parleurs ».


Après 5 ans de Parti Socialiste au pouvoir, la rhétorique de Sarkozy semble à nouveau pouvoir opérer sur les Français. Le problème est que ses belles paroles ne résisteront pas à la réalité des faits. En effet, la politique de Nicolas Sarkozy ne peut pas réellement fonctionner dans un système démocratique car ses idées sont en réalité contradictoires. Il fait mine de séduire les classes populaires en « s’intéressant » à leurs difficultés ou en égratignant les médias mais en réalité le discours qu’il soutient est celui des élites mondialisées. 

En effet lorsqu’il indique que le programme économique du FN est d’extrême gauche, il se sépare de fait des classes populaires. Peut-être parviendra-t-il à les séduire lors d’une campagne présidentielle, mais il sombrera inexorablement dans l’échec lors de son mandat. En effet comment la France peut-elle lutter contre la désindustrialisation, le chômage et les inégalités sociales sans utiliser le protectionnisme, la politique monétaire ou une politique fiscale redistributrice ?


Mais certainement que le projet de Sarkozy ne s’étend pas au-delà de 2017. Son objectif étant l’accès à la fonction présidentielle et non pas l’amélioration de la situation économique du pays. Avec cette stratégie, il s’assurera le soutien des élites et temporairement celui d’une partie des classes populaires. On pourra simplement regretter que les Français aient oublié 2007-2012 mais tel est le fonctionnement des hommes.


En attendant, le FN poursuit sa progression et continue à s’enraciner dans les classes populaires en adaptant son programme aux attentes de ces dernières. Peut-être qu’ils ne prendront jamais le pouvoir à l’image du PCF de l’après-guerre. Dans un tel cas ils influenceront quoi qu’il arrive la marche politique de notre pays.  Peut-être aussi qu’ils accéderont au pouvoir et personne ne peut réellement prévoir quelle sera leur politique. Ce qui est sûr est que le temps pour construire une véritable politique de gauche est de plus en plus restreint.


Reconquérir les classes populaires ne sera pas une chose aisée. Il faudra pour cela construire ou s’appuyer sur un mouvement incluant  ces dernières dans son fonctionnement, ne plus se compromettre dans des alliances avec des partis néolibéraux (PS, Modem, UMP ou UDI) et défendre avec clarté les idées permettant l’amélioration des conditions de vie des classes populaires. Et si Jean-Pierre Chevènement avait-eu 15 ans d’avance ?



Theux

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Commentaires : 6
  • #1

    porthus (mardi, 31 mars 2015 21:27)

    Analyse lucide mais qui ne répond pas, au delà de la démarcation d'avec les grands partis, à ce point essentiel : le gauche radicale peut elle faire abstraction de la question de l'immigration si elle veut toucher l'électorat qui la vit - à tort ou à raison - comme une forme d'insécurité.
    Faut-il considérer cela comme un problème passager, dû au chômage notamment ou bien comme une question centrale ? Pourquoi Mélenchon descend-il quand Le Pen monte ?

  • #2

    Guadet (mercredi, 01 avril 2015 16:16)

    Il faudrait comparer le "raz-de-marée" UMP de cette élection à celui du PS lors d'élections intermédiaires pendant la présidence Sarkozy. Je ne pense pas qu'il fasse le même score. Et puis comment parler de succès de Sarkozy alors que les élections ne font depuis longtemps que marquer un rejet. Je ne pense pas que les Français aient oublié leur dégoût d'avant 2012. Mais où y a-t-il une alternative crédible ? Mélenchon est trop attaché à l'Europe et les Le Pen au libéralisme sécuritaire.

  • #3

    Horror (jeudi, 02 avril 2015 19:08)

    " En effet comment la France peut-elle lutter contre la désindustrialisation, le chômage et les inégalités sociales sans utiliser le protectionnisme, la politique monétaire ou une politique fiscale redistributrice ?"

    En filant du boulot aux fameuses classes populaires qui n'en ont plus, ce qu'avait particulièrement bien réussi à faire l'UMP avant la première crise de 2008. Ce qu'est incapable de faire aujourd'hui le PS alors que tous les autres pays avec des approches plus libérales y arrivent aujourd'hui sans protectionnisme, sans politique monétaire et sans politique fiscale redistributrice qui conduisent dans l'impasse FN ou FDG qui donnerait la même chose que maintenant en pire! CQFD

  • #4

    Guadet (samedi, 04 avril 2015 01:24)

    @ horror
    "En filant du boulot aux fameuses classes populaires qui n'en ont plus, ce qu'avait particulièrement bien réussi à faire l'UMP avant la première crise de 2008."
    !!!???!!!???!!!!??!!!!
    Vous avez vu jouer Ben Hur en relief !
    Quant à la réduction du chômage, "les autres pays avec des approches plus libérales" qui " y arrivent aujourd'hui sans protectionnisme" ressemblent fort à l'URSS des années 70 et 80, avec un appauvrissement de la majorité de la population qui obère dramatiquement le futur.

  • #5

    Horror (samedi, 04 avril 2015 17:00)

    Faut réviser ses classiques Guadet et regarder la courbe 2005-2008.
    Bien sur tous les autres ont des emplois et des jobs d'enfants pakistanais.
    Compare donc également les taux de croissances de ces différents pays soviétiques et la nôtre car c'est ça qui fait que les emplois se créent ailleurs et continuent à se détruire chez nous.

  • #6

    cheap mont blanc pens (jeudi, 09 avril 2015 12:53)

    Thanks for sharing such a great and informative post with all of us.