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11

mai

2015

Les électeurs du Front de Gauche perdus face à l'euro

En 2014, IPSOS a fait paraître une étude très intéressante intitulée nouvelles Fractures, référence certaine au bouquin de Christophe Guilluy, fractures françaises, paru 4 ans plus tôt.

Dans cette étude, un chapitre en particulier interroge le panel de citoyens quant à sa perception de l'Union européenne et de l'€uro, en fonction du vote, de la classe sociale, et les rapportant aux résultats d'une étude précédente.

Le constat est sans appel : alors qu'il apparaît clairement que l'Union européenne et a fortiori la monnaie unique desservent les intérêts des plus fragiles économiquement, les électeurs du Front de Gauche tergiversent...

Pire, ils semblent, malgré un scepticisme marqué envers Bruxelles, refuser de s'associer à toute idée de retour au franc sous prétexte que le Front National, lui, le défend sans se cacher.

 

Panorama global : l'euroscepticisme se renforce


Si l'on constate globalement que l'idée générale de souveraineté nationale reprend du terrain, nous sommes loin d'un unanimisme équitablement réparti. Les réponses varient fortement en fonction de la classe sociale (CSP).

En effet, si l'Union Européenne est un "bonne chose" pour 67% des cadres, c'est en revanche une "mauvaise chose" pour 55% des ouvriers, les autres CSP s'intercalant entre les deux de manière assez logique. (en fonction de l'exposition à la mondialisation et donc à la précarité).

Les retraités, quant à eux, soutiennent encore plutôt l'Europe ( comportement patrimonial + préférence pour la stabilité + préférence idéologique )


On a donc ici une variable économique très éclairante quant à la nature de la construction européenne et de l'Euro aujourd'hui. La position sociale occupée dans la société explique le soutien ou non du projet continental et de la monnaie unique.


Intéressons-nous à présent au comportement des électeurs en fonction du parti pour lequel ils votent et plus particulièrement au Front National et au Front de Gauche, qui revendiquent aujourd'hui le vote populaire.



Si ces deux partis se démarquent clairement de tous les autres au sujet de l'Europe (on notera la remarquable homogénéité des opinions PS - MODEM- UMP), les électeurs du Front de Gauche apparaissent toutefois moins tranchés ; voire même hésitants... Certes 44% considèrent l'Europe comme une "mauvaise chose". Mais 39% pensent le contraire. Sans surprise, compte tenu du flou idéologique au sommet du parti, 17% ne savent pas quoi en penser...

Les électeurs du Front National, quant à eux, suivent largement la ligne de Marine Le Pen : contre l'Europe. (71%)


Manque de clarté donc au Front de Gauche. Et le constat est plus sévère encore lorsque l'on s'intéresse à la monnaie unique et à ses représentations.

 

Malgré un scepticisme grandissant envers les institutions européennes, (car beaucoup font le constat de l'inefficacité des politiques de rigueur et de la monnaie unique), la proportion d'électeurs du Front de Gauche défendant une sortie de la France de la zone euro diminue fortement par rapport à l'étude précédente (-7 points). A l'inverse, au Front National, les électeurs s'affirment plus encore en faveur d'un retour au franc (+ 4 points ).

 

Conséquence, le discours sur la souveraineté monétaire (mais, de fait, populaire) progresse à l'extrême droite, à droite en général, et s'effrite du côté de la gauche radicale...


Dans le même temps, le soutien à l'euro a varié fortement en fonction de la CSP de l'électeur.

Les cadres font bloc derrière l'euro. Les ouvriers sont aujourd'hui majoritairement en faveur d'un retour au franc.


Aurélien Bernier, auteur de : La gauche radicale et ses tabous
Aurélien Bernier, auteur de : La gauche radicale et ses tabous

 

Ainsi que l'a très bien montré Aurélien Bernier dans son livre La gauche radicale et ses tabous, la question de la souveraineté populaire ( politique, monétaire...) est une condition sine qua non à quiconque prétend conduire une politique qui puisse être profitable aux plus fragiles en France.

A moins de vouloir acter un basculement définitif et total des électeurs les plus précaires vers le Front National, la gauche radicale ( prochainement en congrès ) doit absolument et urgemment prendre parti pour un programme qui envisage clairement l'abandon de l'euro, et finalement de toute forme de supranationalité ne permettant pas l'application de mesures sociales.

 

 

Antoine Lamnège

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Commentaires : 2
  • #1

    Tommy li jhaunes (mardi, 12 mai 2015 16:48)

    Bonne analyse, j'ai lu le bouquin de Bernier qui est vraiment fort. Le constat est bon, mais le parti ne semble pas encore avoir pris en compte les modifications nécessaires. Bernier est-il au PG d'ailleurs ?

  • #2

    Horror (mardi, 19 mai 2015 13:26)

    Mais le FDG est terrorisé par le FN qui lui a taillé dans le gras qu'il lui restait.
    Pour reprendre une formule d'un homme politique je ne sais plus lequel qui disait que ce n'est pas parce que le FN dit qu'il fait beau et qu'il y a un grand soleil que je vais me sentir obligé de dire le contraire.
    Le FDG en est encore là et se sent obligé tactiquement, perdant toute ligne stratégique claire pour le plus grand bonheur du FN.